Histoires vécues

Un restaurateur en colère, une serveuse en larmes, et un juif pieux

Comment a réagi ce juif lorsqu’un restaurateur l’a réprimandé alors qu’il était parfaitement dans ses droits ? Une histoire émouvante et riche en enseignements. Lisez plutôt…

Le récit suivant a été rapporté par le principal protagoniste de l’histoire, un Talmid Hakham âgé d’une quarantaine d’année.

« Pendant les vacances, ma famille et moi-même sommes partis en excursion dans le Nord d’Israël. Le soir venu, alors que nous nous apprêtions à prendre la route du retour, l’un de mes enfants exprima le besoin d’aller aux toilettes. Nous nous sommes alors mis à chercher des W.C jusqu’à ce que nous remarquions un restaurant Cacher Laméhadrin.

Nous nous sommes alors approchés de l’hôtesse qui se tenait à l’entrée de l’établissement et lui avons demandé s’il était possible d’aller aux toilettes. Question à laquelle la jeune femme répondit par l’affirmative.

Alors que nous nous dirigions vers la sortie, nous sommes tombés nez à nez avec le propriétaire du restaurant, qui comprit rapidement que nous n’étions pas venus pour consommer. Furieux, il se mit à crier : « C’est un restaurant ici, pas des toilettes publiques ! Qui vous a autorisé à entrer ? »

Je n’ai pas répondu, et il a continué à hurler : « Vous qui êtes religieux, comment vous octroyez-vous le droit d’utiliser les toilettes de mon restaurant sans permission !? »

J’étais confus. J’aurais pu lui répondre tout simplement : « Monsieur, vous faites erreur, nous avons demandé la permission à l’hôtesse qui se trouve à l’entrée du restaurant avant d’y entrer. » Mais je savais que si je disais une telle chose, le propriétaire réprimanderait très certainement la jeune femme qui nous avait donné son accord. Ce serait ni plus ni moins que de l’ingratitude et de la médisance. De plus, l’employée, qui avait suivi la scène de loin, semblait effrayée.

D’un autre côté, attendu que nous étions identifiables comme des personnes religieuses, je craignais que cet incident n’entraîne un ‘Hilloul Hachem… Je devais prouver à ce restaurateur ainsi qu’à toutes les personnes attablées que nous n’avions pas utilisé ces toilettes sans autorisation. Mais comment parvenir à cette fin, sans « dénoncer » l’hôtesse qui nous avait rendu service ?

Avec l’aide d’Hachem, une idée me vint tout à coup à l’esprit : « Cher monsieur, dis-je à l’homme en colère, vous vous énervez pour rien. Ma famille et moi-même, sommes sur le point de passer commande dans votre restaurant. » (J’ai bien précisé « nous sommes sur le point » et non pas « nous avions l’intention », car cela aurait été un mensonge…)

« Oh, je suis désolé, s’excusa le propriétaire. Comprenez-moi, certaines personnes prennent mon restaurant pour des toilettes publiques, alors j’ai cru que… »

« Pas de problème, dis-je en l’interrompant, dites-nous simplement où nous pouvons nous installer »…

« Combien êtes-vous ? », demanda l’homme.

« Nous sommes neuf, répondis-je avant de demander à mon fils d’aller chercher le reste de la famille qui nous attendait dans la voiture…

Un serveur s’est approché de notre table pour nous apporter les menus. Les prix étaient vraiment élevés mais malgré tout, nous avons décidé de commander un plat par personne.

A la fin de ce copieux repas, le propriétaire du restaurant est venu s’asseoir près de moi et m’a dit : « Ecoute, lorsque vous vous êtes assis, j’ai remarqué que l’hôtesse pleurait. Quand je lui en ai demandé la raison, elle m’a avoué avec appréhension que c’est elle qui vous avait donné la permission d’aller aux toilettes et lorsqu’elle a vu que je m’en prenais à toi, elle était sûre que tu la désignerais comme responsable et que je la renverrai pour cette faute… Mais tu n’as rien fait de tout cela. Tu as agi comme un Tsaddik et tu as été prêt à dépenser une somme considérable plutôt que de lui causer du tort…. Alors elle s’est remise à pleurer, d’émotion cette fois. Elle m’a avoué que jusqu’à présent, personne ne s’était jamais soucié d’elle à ce point. Tu es quelqu’un d’exceptionnel ! »

L’homme a poursuivi : « Pendant que vous étiez en train de manger, toute l’équipe du restaurant s’est retrouvée dans la cuisine. Nous avons tous été très émus par ce que tu as fait… » Lorsqu’il eut fini de parler, il déposa l’addition sur la table avant de partir.

J’ouvris la pochette en cuir dans laquelle était censée se trouver la note, mais elle ne s’y trouvait pas. A la place, il y avait un bon de réduction de 50% pour la prochaine commande.

J’appelai alors le propriétaire et lui dit : « Merci beaucoup pour la prochaine fois, mais qu’en est-il du règlement de ce repas ? »

« C’est offert par la maison, répondit-il. La politique de notre restaurant est de faire payer les hommes, pas les anges… »

Cette histoire entraîna un grand Kiddouch Hachem (sanctification du nom d’Hachem), mais posons-nous à présent la question suivante : d’un point du vue halakhique, comment-faut-il réagir dans une situation où le restaurateur se met en colère contre moi alors que je suis dans mes droits ?

Réponse :

Lorsque le propriétaire est regardant, il faut acheter quelque chose

Il est permis d’utiliser les toilettes d’un restaurant après avoir obtenu l’autorisation d’un employé. En théorie, ce dernier respecte les consignes qu’il a reçues et par conséquent, s’il nous autorise à aller aux toilettes, c’est que le propriétaire n’y voit pas d’inconvénient. Mais si le directeur nous fait par la suite remarquer que les toilettes sont réservées à la clientèle, il faudra acheter quelque chose dans le restaurant. Il ne s’agit pas forcément de commander un plat, une simple boisson suffit.

Les Bnei Israël sont bienveillants, timides et charitables

Précisons que le restaurateur qui se met en colère contre les personnes qui utilisent ses toilettes, ne se comporte pas comme un juif car ainsi enseignent nos Sages : « Israël se caractérise par 3 qualités essentielles: La bienveillance, la pitié et la pratique du bien.« 

Le Rambam écrit que « la cruauté et la colère sont les principaux attributs des idolatres. Mais le peuple juif, descendant d’Avraham Avinou, a reçu la Torah d’Hachem qui comporte des décrets et des lois justes. A l’image du Créateur, ils sont bienveillants et miséricordieux. »

Rav Erez Hazani, adaptation française Elisheva Uzan

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