Histoires de TsadikimShoah

L’étonnante requête d’un père à son fils, avant d’être déporté à Auschwitz.

« Papa, criai-je, pourquoi as-tu besoin d’une chemise repassée ? Ils vont nous tuer, ou dans le meilleur des cas, nous faire travailler comme des esclaves ! »

Une voix résonna dans toute la ville : « Ordre est donné à tous les juifs de se rassembler sur la place centrale de la ville à cinq heures du matin, avec une valise de 10 kg maximum. Vous serez transférés dans un camps de travail », leur annoncèrent les allemands. Certains juifs – qui avaient déjà entendu parler des camps d’extermination – comprirent immédiatement qu’ils seraient envoyés vers une mort certaine, mais la majorité de la population ne se doutait pas du sort terrible qui les attendait. De nombreux juifs se mirent à rassembler leurs affaires les plus précieuses. Ils fourrèrent de l’argent dans leurs poches, glissèrent de l’or dans les doublures de leurs vêtements ou avalèrent des pierres précieuses en pensant pouvoir les recracher une fois arrivés. Ils mirent plusieurs couches de vêtements de manière à emporter autant de choses que possible, et à se prémunir contre le froid de l’hiver qui approchait, car qui sait ? Peut-être seraient-ils envoyés en Sibérie ?…

« Mon père », raconte l’un des rares survivants de cette ville, « n’a pas réagi comme tout le monde. Il n’a pas préparé de valise, et n’a pas chercher à dissimuler de l’or ou de l’argent. Il m’a tout simplement demandé… de lui repasser une chemise ! Je me souviens l’avoir regardé avec pitié en me disant : »Il n’a pas conscience de ce qui est en train de se passer. »

« Papa, criai-je, pourquoi as-tu besoin d’une chemise repassée ? Ils vont nous tuer, ou dans le meilleur des cas, nous faire travailler comme des esclaves ! »

« Peu importe, répondit mon père, repasse-moi une chemise s’il te plaît. »

Lorsque j’eus terminé, mon père me demanda de cirer ses chaussures. Cette demande ne fit qu’accroître ma stupéfaction. « Papa, nous perdons du temps ! L’heure du rendez-vous approche, et nous n’avons encore rien préparé ! »

Mon père ne semblait pas tenir compte de mes remarques. Il mit sa chemise, noua sa cravate, et continua à se préparer comme s’il se rendait à un mariage. Après avoir accompli les requêtes pour le moins saugrenues de mon père, celui-ci remarqua mon visage soucieux et mon air effaré. Il m’expliqua alors : « Mon fils, ceux qui se chargent d’or, d’argent, et de pierres précieuses ne savent pas que les Nazis – maudits soient-ils – vont les dépouiller de leurs bien avant ou après les avoir assassinés. Quant à moi, je viens de t’offrir un cadeau qui te sauvera la vie, car il est écrit dans la Torah :’Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent’. Grâce à la Mitsva que tu viens d’accomplir dans ces moments difficiles, tu auras, avec l’aide de D., la vie sauve. »

« Et me voici devant vous aujourd’hui, le jour du mariage de mon petit-fils, conclut le rescapé. Je suis l’un des seuls survivants de ma ville, et je suis certain que le fait d’avoir obéi à mon père dans ces moments si déterminants, m’a permis de survivre aux horreurs de la guerre, conformément à la bénédiction de mon père. »

Tiré du site « Dirchou », adaptation française Elisheva Uzan

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