ElloulHistoires de TsadikimLa Vie après la Vie

C’est ainsi que le Rav Karlistein évita à une âme de revenir dans ce bas monde

« Je me suis assis sur l’amas de terre qui recouvrait son caveau, et j’ai pleuré toute la nuit. » Un récit bouleversant sur le pouvoir du pardon.

Le Rav Reouven Karlinstein, surnommé le Maggid Misharim, était connu pour rechercher la paix. Durant ses Chiva, un juif qui se trouvait dans l’assemblée, prit la parole et raconta une histoire troublante.

«Deux amis d’enfance du Rav Reuven Karlenstein, s’associèrent pour faire commerce. leurs affaires fructifièrent et ils se retrouvèrent rapidement à la tête d’une grande fortune. Malheureusement, l’un des partenaires fit un mauvais placement, et l’entreprise qui connaissait jusque là un succès notoire, se trouva acculée à la faillite. Conscient des conséquences dramatiques de son erreur, l’homme vendit sa maison et tous les biens qu’il possédait avant de s’enfuir à l’étranger. Quant à son associé, il fut contraint de vendre sa propriété, et se trouva du jour au lendemain, sans le moindre sou. Il n’était nullement disposé à pardonner à son partenaire les énormes pertes qu’il avait subies. L’associé qui avait fui à l’étranger, fut rongé par les remords. Il  développa un cancer du foie et les médecins lui annoncèrent qu’il ne lui restait plus que quelques mois à vivre. Le malade contacta tous les créanciers auxquels il devait d’importantes sommes d’argent, et leur a annonça d’une voix tremblante qu’il était en phase terminale de sa maladie.« Il ne me reste que quelques mois à vivre « , leur dit-il. » Je vous supplie de me pardonner et d’annuler les dettes que je vous dois. » Pris de pitié tous les créanciers consentirent à accéder à cette ultime requête. Tous… sauf son associé. La perte financière qu’il avait subie était si importante, et la colère qui bouillonnait en lui était si intense, qu’il refusa de lui accorder son pardon.  Le malade décéda et le Rav Reouven Karlinstein, son ami de longue date assista aux funérailles. À la fin de l’enterrement, le partenaire du défunt s’approcha du Rav et lui proposa de le raccompagner à Bnei Brak. « Rav, savez-vous pourquoi j’ai tenu à assister à cet enterrement ? Je voulais m’assurer qu’il ne s’agit pas d’un mensonge et qu’il est bel et bien mort. Maintenant que je le sais au fond de cette fosse, mon esprit s’est apaisé…”

Le Rav Reouven fut profondément choqué par ces propos. Durant tout le trajet, qui dura près d’une demi-heure, il expliqua au conducteur les pérégrinations que traverse l’âme de celui qui a agi de façon malhonnête en ce monde. « Vous n’avez aucune idée des souffrances que son âme subit en ce moment même. Pour chaque dette qui ne lui a pas été pardonnée, ne s’agirait-il que d’un centime, l’âme doit redescendre sur terre pour réparer ce manquement, précisa le Rav Reuven. Il prévint également l’associé qu’il ferait, lui aussi, l’objet d’une réclamation dans le Ciel, compte-tenu du fait qu’il refusait d’accorder son pardon. Il décrivit les terribles punitions que l’âme d’un voleur devait subir pour obtenir expiation. 

Mais l’ancien partenaire ne se laissa pas attendrir par ce discours. Malgré tout ce qu’il venait d’entendre, il refusait d’oublier ce qui s’était passé. « Je ne peux vraiment pas lui pardonner, je ne peux pas! », lança-t-il. Le Rav Reouven répondit : « Accordez-vous le temps de la réflexion. Ne prenez pas de décision hâtive et demandez conseil à des Rabbanim. » Le véhicule s’immobilisa près de la maison du Rav Karlinstein, qui remercia chaleureusement son interlocuteur avant de rentrer chez lui. Le Rav et l’associé rancunier ne devaient plus jamais se rencontrer, et l’histoire semble s’achever ici. 

Ce qui suit fut révélé durant les Chiva du Rav Reouven Karlinstein : la personne qui raconta cette histoire à l’assemblée n’était autre que le fils du premier associé, qui avait quitté ce monde sans avoir remboursé ses dettes. Il continua ainsi son récit : « Le lendemain des funérailles, le partenaire de mon père vint nous rendre visite et s’adressa à nous d’une voix brisée: “Hier soir, nous dit-il, après l’enterrement de votre père, le Rav Reouven Karlinstein m’a expliqué à quel point l’âme souffre après sa mort. Après avoir déposé le Rav chez lui, je suis retourné au cimetière. Je me suis assis sur l’amas de terre qui recouvrait le caveau où il reposait, et j’ai pleuré toute la nuit. Au petit matin, ma rancœur avait disparu. Je lui ai dit que je le pardonnais pour tout le mal qu’il m’avait fait. Sachez que je n’ai plus de rancune à son égard. Il n’a plus aucune dette envers moi…”

Le Rav Reouven Karlinstein ne savait pas si ses paroles porteraient leurs fruits. Il fit ce qui lui semblait juste, et émit des reproches avec tact et douceur.  Grâce à sa sagesse, et son amour du prochain, il évita à une âme juive de se réincarner et de subir toutes les épreuves et souffrances associées à ce monde.

Naama Green, traduction et adaptation française Elisheva Uzan

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