Béréchit

Hayé Sara. Le vestibule et la salle de séjour

« Je ne suis qu’un étranger résidant parmi vous » (Béréchit 23,4)

Le Maguid de Douvno, dans le Ohel Ya’aqov, s’étonne de l’expression employée par le verset : guer vetochav – un étranger résidant. En effet, un étranger est par définition une personne établie temporairement dans un pays qui n’est pas le sien. Par conséquent, si Avraham se considérait comme un véritable résidant, pourquoi se qualifia-t-il d’étranger ? Le Maguid explique que par cette expression singulière, la Tora nous révèle l’immense piété d’Avraham, qui se refusait de proférer la moindre parole mensongère même dans le cas où la bienséance l’y aurait autorisé. Avraham savait en effet que lui-même était le seul véritable résidant de cette terre – puisqu’elle lui avait été promise par D.ieu – mais craignant de heurter les enfants de ‘Heth, il leur tint ce discours équivoque : « Je ne suis qu’un étranger résidant parmi vous ». Cette tournure peut en effet s’entendre : Moi et vous-mêmes [dont il est fait allusion ici par les mots : parmi vous] sommes des étrangers résidants. Ses interlocuteurs purent ainsi comprendre ce qu’ils voulaient, notamment qu’Avraham était étranger en terre de Cana’an et qu’eux-mêmes en étaient les hôtes, alors qu’en fait, le contraire était vrai.

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Nous retrouvons une idée de cet ordre également dans le verset : « Car vous n’êtes que des étrangers domiciliés chez Moi » (Vayiqra 25,23). Nos Sages interprètent cette annonce comme suit : « Ce monde-ci, comparé au Monde futur, ressemble à un vestibule : prépare-toi dans le vestibule avant de pénétrer dans la salle de séjour. » Cet enseignement vient rappeler à l’homme que sur terre, il n’est qu’un étranger en exil. Le Psalmiste évoque cette idée : « Je suis un simple étranger sur la terre, ne me cache pas Tes commandements » (Téhilim 119,19) ; autrement dit, notre existence terrestre n’est que passagère, et le but de notre présence ici-bas est d’y accumuler toujours plus de Tora et de mitsvot, afin qu’elles nous accompagnent dans le Monde futur. C’est pourquoi – dit le roi David – « ne me cache pas Tes commandements » ! Il nous incombe donc de nous écarter des valeurs de ce monde éphémère, afin que l’étude de la Tora demeure notre occupation principale et que nos activités profanes restent secondaires.

Cette réalité est également articulée par allusion au début du verset évoqué plus haut : « Nulle terre ne sera vendue irrévocablement… » La terre est uniquement un lieu d’attache provisoire en ce bas monde, destinée à assister l’homme dans son service, mais nullement un lieu où il peut s’établir comme un résidant qui prendrait racine définitivement. Et pour cause, poursuit le verset : « …Car vous n’êtes que des étrangers domiciliés chez Moi. » Autrement dit, vous devrez choisir qui, d’entre vous et Moi, sera l’étranger sur terre. En effet, si l’homme considère ses activités matérielles comme provisoires, secondaires, et place la Tora et les mitsvot au centre de ses préoccupations, alors il est comme un étranger dans ce monde et le Saint béni soit-Il en est le véritable résidant. Inversement, lorsque l’homme est entièrement absorbé par ses affaires et qu’il n’accorde à la Tora qu’une place secondaire, le Saint béni soit-Il devient alors étranger au monde. Notre devoir est donc de nous imprégner du sentiment que notre droit de résidence sur terre n’est pas acquis, et c’est cette prise de conscience qui nous permettra de vivre à tout instant dans la proximité du Créateur.

Dans ses paraboles, le ‘Hafets ‘Hayim illustre cette idée avec l’image suivante (Michlé ha’Hafets ‘Hayim 63) : Un jour, un homme richissime fit appel à un architecte renommé pour la construction d’une magnifique résidence, et lui formula cette requête: « Je voudrais une belle salle de séjour, très spacieuse. Toutefois, il ne faudra pas négliger pour autant le vestibule qui devra l’être également. » L’architecte se rendit sur le terrain en question et après plusieurs calculs, il retourna auprès de son client avec les conclusions suivantes : « Au regard des différentes possibilités, il est impossible d’adapter vos exigences à ce terrain : si c’est la salle de séjour que vous voulez grande, il faudra nécessairement amoindrir les dimensions du vestibule dans la mesure où chaque mètre accordé à celui-ci sera pris sur le salon. Le choix vous est donné d’accorder plus d’importance à l’une ou à l’autre de ces pièces, mais je vous suggère de réduire la taille du vestibule pour laisser plus de place à la salle de séjour. En effet, le salon est généralement un espace de vie alors que l’usage du hall d’entrée n’est somme toute que provisoire. Il serait donc aberrant de lui attribuer des dimensions démesurées. »

Les années passées en ce monde sont consacrées à la construction de notre salle de séjour dans le Monde futur, comme l’expriment nos Sages dans le Midrach Michlé : « Pour t’enseigner que celui qui acquiert des paroles de Tora en ce monde acquiert une maison dans le Monde futur. » Or que faisons-nous durant toutes ces années ? Nous nous évertuons à agrandir et à embellir notre vestibule. Et plus nous investissons dans le hall d’entrée, plus nous rongeons notre salle de séjour éternelle. N’est-ce pas là une attitude totalement absurde ?

Cet extrait est issu du livre « Lekah Tov » publié par les éditions Jérusalem Publications, avec leur aimable autorisation. Tous droits réservés.

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