Toldot

Todot. Une transaction pas comme les autres

« Essav dit à Jacob : ‘Fais moi donc avaler de ce roug, [de ce mets] rouge car je suis fatigué. C’est pourquoi, on l’appela Edom. Jacob dit : ‘Vends moi, comme ce jour, ton droit d’aïnesse. » (Berchit 25; 30-31)

Le Ran pose plusieurs questions au sujet de ce verset :

Premièrement, comment cela se fait-il que Yacov convoita ce qui appartenait à son frère. Puisqu’il n’était pas l’aîné, pourquoi chercha-t-il à récupérer le droit d’aînesse ?

Deuxièmement, s’il voulait faire affaire avec Essav, n’aurait-il pas été plus logique qu’il s’adresse à lui dans un moment calme et propice aux négociations ?

Or, Yaacov choisit précisément de réclamer le droit d’ainesse à son frère, alors que ce dernier revenait, épuisé, d’une partie de chasse. Nos Sages précisent qu’il était tellement affamé, que sa vie était en danger. Essav se tourna alors vers son frère et lui demanda un plat de lentilles. Yaacov vit que son frère était au bord du malaise. Mais au lieu de lui donner immédiatement de quoi se sustenter, il lui dit : « Tu veux manger ? Donne-moi ton droit d’ainesse ! »…

Est-ce ainsi que l’on doit se comporter ? Profiter de la faiblesse d’un homme pour lui soutirer son droit d’aînesse ?

Le Ran pose une troisième question : Yaacov proposa à Essav d’échanger son droit d’aînesse contre un plat de lentilles.

A quoi cela est-il comparable ? A un homme âgé, disposant d’un bel appartement, mais n’ayant plus toute sa tête. Un escroc décide alors de profiter de ce pauvre homme et lui dit :

-« Veux-tu une pastèque ? »

« Oui ! », répond l’homme. « Je veux de la pastèque. Je suis tout simplement affamé ! »

-« Pas de problème », lui répond l’arnaqueur. « Signe ce contrat devant un avocat, et je t’apporterai une pastèque… »

-« Et que dit ce contrat ? »

– « Il y est écrit que tu t’engages à me céder ton appartement en échange d’une pastèque »…

-« Pas de problème. Je vis dans une maison de retraite. A quoi me sert cet appartement ? En revanche, je n’ai pas de pastèque là bas. Marché conclu ! »…

N’est-ce pas ainsi que Yaacov agit avec Essav ? Il lui proposa de lui vendre son droit d’aînesse – et tout ce que cela impliquait – contre un plat de lentilles ? Comment put-il profiter de la faiblesse de son frère pour effectuer une telle transaction ? Lui, Yaacov, que l’on associe à la Mida de Emeth (Vérité) – tira avantage de son frère, alors qu’il était en danger de mort ?

***

Le Ran donne des réponses brillantes à chacune de ces questions :

Nos Sages enseignent que ce jour là, Avraham avait quitté ce monde. Yaacov préparait pour son père le traditionnel plat de lentilles que l’on sert aux endeuillés, lorsque Essav qui n’avait même pas pris la peine d’assister à l’enterrement, ni même de s’associer à la douleur de son père, rentra fatigué, de sa journée de chasse. En entrant dans la tente, il vit Yaacov s’affairer pour aider son père endeuillé, mais il ne prononça pas de parole de consolation à l’égard de son père. Il se précipita vers son frère en lui demandant de le nourrir comme un animal : « Verse le contenu de ce plat directement dans ma bouche, » lui dit-il. En voyant la façon dont se comportait son frère, Yaacov ne put soutenir l’idée qu’il prendrait un jour la relève des Patriarches : « Vends moi ton droit d’aînesse », lui dit-il alors.

Ce jour là, Essav avait tué Nimrod. Hachem avait décidé de prendre le même jour Avraham, qui était un homme saint, et Nimrod, qui était un impie notoire.

Lorsque Avraham quitta ce monde, disent nos Sages, toutes les Nations du monde se lamentèrent : « Malheur au monde qui a perdu son guide, et malheur au bateau qui n’a plus de capitaine ». Et tout le monde se joint à la Levaya de ce saint homme.

Avraham avait deux fils : Its’hak et Ichmaël. Mais il avait également deux petits fils : Yaacov et Essav. Dès qu’il apprit que son grand-père avait quitté ce monde, Yaacov quitta sa tente pour assister à l’enterrement. Mais où donc était Essav ? On le chercha partout, mais il restait introuvable. Comment était-il possible de commencer l’enterrement d’Avraham, sans son cher petit-fils, Essav ? Il fallut attendre.

Où était-il ?

Le Ran répond qu’il courait dans les champs, en essayant de capturer des animaux… « Puisque c’est ainsi, dirent les participants, il n’y a pas de raison de l’attendre. Procédons à l’enterrement sans lui ! »

Après l’enterrement, Its’hak rentra chez lui et s’assit par terre, conformément aux lois des endeuillés. Certes, il n’y avait pas d’affiche à cette époque, mais il est certain que de nombreuses personnes défilèrent chez Its’hak, qui était le Maître de la génération, afin de présenter leurs condoléances. A ce moment là, Essav revient du champs, épuisé. Nos Sages expliquent qu’il venait de commettre un meurtre. Il vit la foule, venue consoler son père, mais rien d’autre ne semblait l’intéresser que l’odeur qui émanait de la marmite devant laquelle se trouvait Yaacov. Il ignora son père, et demanda à Yaacov de lui verser directement dans la bouche de ce « plat rouge », qui était en fait la Séouda destinée aux endeuillés.

Profondément outré par le comportement animal de son frère, et par le mépris qu’il témoignait pour ses illustres parents et grands-parents, Yaacov ne put supporter l’idée que c’est à lui que reviendrait l’héritage matériel et spirituel des Avot. Essav n’en était pas digne. Pour sauver l’honneur de la famille, Yaaov décida alors de récupérer le droit d’aînesse.

C’est la raison pour laquelle, Yaacov saisit l’occasion de déposséder son frère du rang d’aîné qu’il ne méritait pas.

Chabbat Chalom !

Tiré du livre « Ye’hi Réouven », adaptation française Elisheva Uzan

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