Doit-on faire une brakha sur un chewing-gum ?

06.06.19

Question

Question : Bonjour, je sais que l'on doit faire une bénédiction sur chaque aliment que l'on mange. Toutefois, je n'arrive pas à comprendre pourquoi on doit en faire une sur du chewing-gum. En effet, le corps ne profite pas du tout, lorsqu'on mâche du chewing-gum, alors pourquoi doit-on faire une brakha dessus ? Je vous remercie par avance pour votre réponse.
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, votre question est extrèmement intéressante et très juste. Aussi, béézrat Achem, nous allons essayer d'y répondre.
Comme vous l'avez dit, en effet, la guémara Brakhot 35 a, écrit qu'il est interdit de profiter de ce monde sans brakha, et celui qui profite ici-bas sans faire de bénédiction est comparé à celui qui volerai un objet sacré dans le Temple. D'ici, on apprend qu'il faut faire une bénédiction avant de manger, de boire ou de sentir quelque chose qui nous amène un plaisir à notre corps. C'est pour cela aussi que celui qui avale un médicament sans saveur, et qui ne nourrit pas, comme par exemple, un comprimé pour un mal de tête, il ne devra pas faire de brakha. La question qui convient d'être posée, maintenant, c'est de savoir si un goût qui ne nourrit pas s'appelle un profit sur lequel il faut faire une brakha. Voyons ce que tranche le Choulh'an Aroukh à ce sujet.

Le Choulh'an Aroukh, Orah' Haïm, 210, 2 écrit que celui qui goûte un plat, tant qu'il n'a pas dépassé une réviit, (8.6 cl), il n'a pas besoin de faire de brakha, même s'il avale. Le Michna Broura explique que l'on parle de quelqu'un qui veut savoir si le plat est suffisamment salé ou épicé. Par contre, s'il pense aussi à s'alimenter, dans le Chaar Atsioune, 30, il ramène le H'ayé Adam qui pense qu'il faudra faire la brakha. Aussi, le Rav Ytsh'ak Berda chlita, dans son livre Ytsh'ak Yéranen, tome 2, 11 marque que celui qui mâche du chewing-gum, lui aussi ne pense qu'à occuper ses mâchoires et à les renforcer. Donc, son but n'est pas de s'alimenter et il n'y a pas besoin de faire de brakha comme lorsqu'on goûte à un plat. Sur ce, le Rav Ovadia Yossef dans Yabia Omer, tome 7, 33 n'est pas d'accord avec cela. Il pense que les 2 cas ne sont pas comparables, car quand on vient à goûter à un plat, on n'est pas intéressé du tout de profiter, ni de se nourrir et ni de prendre plaisir à la saveur du plat. Par contre, quand on mâche un chewing-gum, on en, retire 2 profits : le fait de mâcher, et donc d'occuper ou de renforcer ses muscles maxillaires, mais aussi, le goût fraise ou menthe, qu'il y a au début dans le chewing-gum. Il est clair que fait de vouloir renforcer ses mâchoires, ne peut venir à dispenser de la brakha, car il y a toujours la saveur qu'on obtient au début. A partir de cela le Tal Orot, p. 4 b déduit que la brakha est dite pour le profit qu'on a de l'aliment, même si on ne l'avale pas. Puisqu'il en est ainsi, dès qu'on a mis un morceau de nourriture dans la bouche, et qu'on a perçu et profiter de sa saveur, il sera permis de parler. On n'est donc pas obligé d'attendre de l'avaler obligatoirement.  

Le Rav Moché Lévy zatsal dans Birkat Achem, tome 2, p. 41 rapporte le Maguen Avraam dans le siman 567, qui permet de goûter à un plat pendant un jeûne, à condition qu'on n'avale pas. Le Rav veut prouver de cela que le fait d'avoir un goût dans la bouche sans avaler l'aliment n'est pas appelé un profit, et donc, il en sera de même pour le chewing-gum puisqu'on ne l'avale pas, on n'a pas besoin de faire la brakha avant. Le Yabia Omer dans le tome 9, 108, 94 répond aussi à cela que la comparaison est erronée. Pour les jeûnes les H'akhamim ont interdit de manger, mais ils n'ont pas défendu de profiter. C'est d'ailleurs pourquoi, il est aussi permis de sentir des bonnes odeurs au cours des jeûnes. Goûter en recrachant, ce n'est pas manger, et c'est pourquoi cela est permis, bien qu'à n'en pas douter, c'est un plaisir agréable. Par contre, comme l'a dit la guémara ci-dessus, on doit faire une brakha pour chaque profit qu'on a dans ce monde, c'est pourquoi il faut faire la brakha avant de manger un chewing-gum. Évidemment, cela ne veut pas dire qu'on aura le droit de mâcher un chewing-gum pendant un jeûne, parce que, comme le dit le Rav dans le Yabia Omer, il est certain que le sucre qui se trouve dans le chewing-gum, qui a été mis dans l'usine passe maintenant dans le corps de celui qui le mâche. Même s'il est sans sucre, il y a quand même, des composants qui donnent du goût qui sont absorbés. De plus, il rajoute que des experts expliquent que parmi les composants, se trouve un qui sert à rassasier, il en ressort clairement qu'il convient de faire la brakha de Chéhakol sur un chewing-gum. Par contre, (excusez-moi de l'exemple !), si l'on veut remettre en bouche un chewing-gum, qui a déjà été mâché, là on n'aura pas besoin de faire de brakha, car il ne profite même plus du goût. Le Or Létsion, tome 2, chap. 14, 8 dit de même.

En conclusion, bien que certains décisionnaires, pensent qu'il n'y a pas à faire de brakha sur un chewing-gum, la plupart pensent qu'il faut faire Chéakol, car on fait la bénédiction sur le plaisir engendré par l'aliment et non pas sur le fait de manger.
Béhatslah'a et kol touv !  
(Yom 4, 2 Sivan, 5779).