Est-on obligé de manger de la viande à yom tov ?

05.06.19

Question

Question : Bonjour, j'ai un problème à chaque fois à Chavouot, moi je voudrai faire tous les repas h'alavi, mais mon mari ne veut pas. Aussi, il dit que c'est obligé de manger de la viande pour yom tov. Pourriez-vous me dire est-ce qu'il a raison, ou est-ce qu'on peut faire comme j'en ai envie ? Merci pour votre réponse, et h'ag saméah'!
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, votre question est très intéressante, mais aussi apparemment plutôt urgente. Tout d'abord, voyons avec votre permisson, l'origine de l'habitude de consommer des mets lactés à Chavouot. Le Rama dans Orah' Haïm, 494, 3 rapporte cette habitude et explique que c'est en souvenir des 2 pains de blé qui étaient offert ce jour là au Temple. De même, en consommant un repas h'alavi, (lacté) et un autre bassari, (de viande), on s'oblige à apporter à table 2 pains. En effet, le pain servi dans un repas de lait et ouvert ne pourra être resservi avec de la viande, car on craint que les mains aient laissé quelques traces de lait sur ce pain. D'autres raisons ont été dites, comme que la Torah a été comparé à du lait dans Chir Achirim:"du miel et du lait sont dessous ta langue", (4, 11). C'est pour cela que certains ont la coutume de manger aussi du miel.
Nous allons essayer de répondre à 2 questions :
  1.  Est-on obligé de faire un repas de lait ou alors il suffit de boire du lait?
  2. Y-a-t-il un devoir de consommer de la viande pour yom tov, et si oui, doit-on en prendre à chaque séouda, (repas) ?
Le Or Létsion, tome 3, p. 196 répond à notre 1ère question. Il prouve qu'il faut faire un repas. En effet, d'après l'origine de cette coutume ramenée par le Rama cité plus haut, il faut mettre à table un pain pour le lait et un autre pour la viande, il faut donc faire un repas à chaque fois. Cependant, il termine que l'on peut être acquitté de cette habitude, même en mangeant une glace h'alavite. Et cela, d'après la 2ème raison ci-dessus, cqui est afin de se rappeler du verset où la Torah est comparée à du lait. (Pareillement à lui, elle convient aux enfants comme aux adultes. Le lait ne se garde que dans un contenant de matière simple, aussi la Torah est chez les personnes modestes.)

Pour répondre à la 2ème question, est-ce qu'il y a un devoir de consommer de la viande, sur ce point les avis sont partagés. La guémara de Pessah'im, 109a écrit qu'au temps du Bet Amikdach, on ne pouvait accomplir la mitsva de se réjouir pour la fête, seulement en mangeant de la viande des sacrifices de chlamim, maintenant que le Temple n'est plus, il n'y a de simh'a, qu'avec le vin. Le Rambam, (yom tov, 6, 18), marque que la simh'a ne s'accomplie qu'avec du vin et de la viande. Le Bet Yosssef, (siman 529), demande pourquoi le Rambam cite-t-il la viande, d'après la guémara, cela suffît qu'avec du vin ?  Le 'Erekh Achoulh'an du Rav Ytsh'ak Taïeb répond que même aujourd'hui, qu'il n'y a plus le Bet Amikdach, la simh'a continue de se réaliser avec de la viande. Toutefois, l'essentiel de la simh'a ne s'acquiert qu'avec le vin. Le Rambam, lui-même dans le Séfer Amitsvote, (154), explique que le vin est plus spécifique à la simh'a que la viande. Par contre, le Maguen Avraam, (596, 15), pense qu'il suffit de boire du vin comme le semble dire la guémara ci-dessus, et que cette obligation de manger de la viande ne concerne que l'époque du Temple où on pouvait faire des sacrifices. Le Rav Ovadia Yossef rapporte ces différents avis et tranchent comme le Rambam laisse entendre, c'est-à-dire qu'on a l'obligation de manger de la viande pendant yom tov. Malgré cela, il écrit que celui qui ne supporte pas la viande pour raison de santé ou de cacherout pourra consommer du poulet. Il s'appuie sur un Tossafot dans Bétsa 8a qui dit clairement qu'il y a une simh'a à yom tov aussi avec du poulet.
Enfin, le Or Létsion p. 195 note qu'il est préférable de manger de la viande surtout au cours de la séouda du jour plus qu'à celle de la nuit.

Rajoutons qu'à Chavouot, tout spécialement, il y a une obligation de se réjouir d'après tout le monde, comme le dit la guémara Pessah'im 68b, il convient donc d'être pointilleux sur cela ce jour là.
En fait, l'idéal, comme le marque le Or Létsion, c'est de faire le matin, un repas h'alavi avec du pain. Puis, après s'être reposé de la veillée, manger une séouda avec de la viande et du vin pour accomplir la mitsva de simh'a comme il convient selon tous les avis. Certains ont l'habitude de faire la séouda h'alavite le soir, mais le Rav écrit que ce n'est pas recommandé à cause de la veillée car le lait alourdit et donne envie de dormir. Dans tous les cas, les décisionnaires sont quasiment unanimes qu'on ne peut faire que des repas h'alavi, car c'est possible qu'on n'aura pas accompli la mitsva de simh'a.

Bien que pour les femmes la simh'a s'exprime autrement, (en achetant un nouvel habit ou un bijou, cf. Choulh'an Aroukh, 529, 2), il n'est pas conseillé que le jour de fête, une épouse et son mari mangent "chacun dans son coin", l'un h'alavi et l'autre Bassari, que ce soit pour le Chalom bayit ou même d'après la halakha, (cf. Even Aezer, 70, 2).
En bref, pour répondre à votre question, il est préférable de manger un repas h'alavi le matin, après la veillée, ou sinon, faire ce repas le soir en tâchant qu'il ne soit pas trop lourd.
Béatslah'a et h'ag saméah'!