Se laver les mains entre le poisson et la viande.

28.05.19

Question

Question: Chalom, j'aurai voulu savoir si l'habitude de se laver les mains entre le poisson et la viande est obligatoire. Merci d'avance pour votre réponse.
 

Réponse

Réponse: Chalom ouvrakha, votre question étant forte intéressante, aussi voyons ensemble, béézrat Achem l'origine de cette habitude. La guémara dans le traité de Pessah'im 76b, rapporte que Rabba, qui habitait Parzikia, a interdit de manger dans un mets lacté, un poisson qui a été cuit au four en même temps que de la viande. Mar bar Rav Achi rajoute que seul avec du sel, c'est aussi interdit, car ce n'est pas bon pour l'haleine et que cela peut amener la lèpre.
Le Choulh'an Aroukh par 2 fois ramène l'obligation de se laver les mains entre le poisson et laviande. Dns Orah' Haïm, 173, 2 et dans Yoré déa, 116, 3. Il rajoute que le danger est plus grave que l'interdit. Cela signifie qu'il faut faire très attention à cet interdit puisq'il peut amener, h'ass véchalom, la lèpre.

Le Rama dans le Yoré Déa, 116, 3écrit qu'il n'y a à craindre le danger, seulement, s'ils sont cuits ensemble, par conséquent, il n'y a pas besoin de se laver les mains entre les 2, et qu'ainsi est le minhag chez les achkénazim. Cependant, il faudra manger et boire quelque chose entre les 2. En effet, en mangeant un aliment et en buvant entre, cela permet de nettoyer la bouche de tous résidus poissonneux et de la rincer. Le Choulh'an Aroukh écrit de manger du pain mouillé entre les 2, mais cela revient au même.

Le Maguen Avraam, pense qu'étant donné que la nature des choses ont changé depuis le temps de la guémara, il n'y a donc plus tellement de danger à craindre à notre époque. Beaucoup de décisionnaires, sont formellement en désaccord avec ce point de vue, et ils font remarquer qu'au contraire, la nature humaine s'est affaiblie, et il convient d'être encore plus vigilant sur ce point puisqu'on est plus fragile de nos jours.
Le Michna Béroura ramène le Rama cité plus haut et tranche la halakha comme lui. Il n'y a donc pas besoin de se laver les mains, mais il faut manger et boire quelque chose entre les 2.
Les décisionnaires séfarades écrivent de faire comme le Choulh'an Aroukh et donc de se laver les mains également.

En ce qui concerne l'interdiction de mélanger le poisson et la viande, si par exemple, un morceau de poisson est tombé dans de la viande, il y aune discussion est-ce que si le goût du poisson s'annule dans la viande cela suffit pour permettre le plat, comme dans un mélange de lait et viande ou que cela est différent. Le Taz, Y.D., 116, 2 pense qu'ici, c'est différent car c'est un problème de danger et l'on craint même s'il y a moins qu'1/60ème. Par contre, le Yabia Omer, tome 1, Y.D., 7 permet s'il y a 60 fois plus dans la viande. De plus, quand il n'y a pas 60 fois plus de viande, il permet même de rajouter de la viande pour qu'il y ait 60 fois plus de viande, après avoir enlever le poisson du mélange, et réchauffer de nouveau pour annuler le goût du poisson.

De plus, dans le Yabia Omer, tome 6, Y.D., 9, il indique bien que si, par exemple, on a cuit dans une marmite du poisson, on n'aura pas besoin d'attendre 24h pour y cuire de la viande. De même, un pain qui a été cuit dans un four en même temps que de la viande, on pourra le manger avec du poisson, bien qu'on ne pourra pas le cosommer avec du fromage, (Choulh'an Aroukh, Y.D., 97, 3). Enfin, il pense que si 2 personnes mangent sur la même table, l'un du poisson et l'autre de la viande, ils n'auront pas besoin de mettre quelque chose les séparant comme cans le cas, lorsque l'un mange de la viande et l'autre du fromage. Par contre, le Kaf Ah'aïm, Y.D., 116, 35 écrit de séparer entre 2 personnes, quand l'un mange du poisson et l'autre de la viande. Aussi, dans Orah' H'aïm, 173, il dit de ne pas metttre sur une même table de la viande et du poisson, au même titre que cela est interdit pour la viande et le lait. Le Yabia Omer n'est pas d'accord également avec ce dernier point, et il sera permis de poser à table de la viande et du poisson ensemble. Le Rav Ovadia Yossef explique sa position en s'appuyant sur ce qu'il a prouvé dans le tome 1, (Y.D, 8, 6), c'est à dire que l'interdiction de mélanger le poisson et la viande est une interdiction dérabanane, (rabbinique), et donc il n'y a pas lieu de faire autant de barrières que pour le lait et la viande, qui  sont interdits par la Torah. Il s'appuie sur plusieurs avis qui pensent que le danger est aujurd'hui écarté. Ainsi, le Beer Chéva pense que cela concerne seulement la sorte de poisson cité dans Pessah'im. Aussi, le Maharachdam rapporte au nom du Séfer Akané que le danger n'est que jusqu'au 5ème millénaire. Bien que l'on ne permette pas de les cuire ensemble, certaines facilités sont tolérées. C'est ainsi que le Yalkout Yossef, tome 3, p. 164 marque que celui qui utilise une fourchette, et qu'il est certain de ne pas avoir touché le poisson, même pas pour retirer les arêtes de sa bouche, s'il ne  se lave pas les mains, aura sur qui s'appuyer. De même, un malade, à qui on donne à manger, et n'est pas en contact avec la nourriture, n'a pas besooin de se laver ses mains. Par contre, si on a mangé du poisson et que l'on ne s'est pas lavé ses mains, et qu'il touche de la viande avec ses mains, on devra rincer l'endroit touché.

Enfin, bien qu'on a vu que les achkénazes n'ont pas l'habitude de faire cette nétila, le Rav Wozner nettoyait 3 de ses doigts qui touchent la nourriture, en général, (Piské téchouvot, 173, 2, note 15).
Terminons, en ramenant 2 points intéressants:
  1. Ce que rapporte le Choulh'an Atahor, séif 1, de faire très attention à se laver les mains entre le poisson et la viande, car cela contient un secret merveilleux, ce qui signifie qu'il y a aussi une raison cabbalistique.
  2. Ce qui est écrit dans le traité Avoda Zara, 31b, concernant ceux qui boivent des boissons laissées découvertes pendant la nuit, et qu'il ne leur arrive rien, en continuant de vivre tranquillement. Bien que la guémara considère cela comme dangereux, de peur qu'un serpent y aurait laissé son venin. La guémara explique la raison, pour laquelle il ne se passe rien pour eux, car ils mangent des reptiles et des animaux pas cachères, ce qui permet à leur corps de pouvoir affaiblir l'effet du venin. Ceci explique pourquoi aujourd'hui, on ne voit pas des gens atteints de lèpre. Sans compter que la lèpre du temps de la guémara, peut apparaître comme une autre maladie grave de notre époque.

En conclusion, les séfarades se doivent de se laver les mains entre le poisson et la viande, et de manger quelque chose puis de boire entre les 2. Les achkénazes n'ont pas l'habitude de se laver les mains, mais il faut d'après tout le monde, nettoyer sa bouche en mangeant et en buvant ou en en mangeant du pain mouillé. Celui qui est certain que ses doigts n'ont pas été en contact avec la nourriture, car il utilise une fourchette, pourra s'appuyer sur les avis plus coulants et ne pas se laver les mains.
Béatslah'a et kol touv!