Peut-on faire de la musique pour la hilloula de Rabbi Méir baal aness?

26.05.19

Question

Question: Bonjour, je suis chamach dans une communauté de la Région Parisienne.  Chaque année, baroukh Achem, un fidèle de la synagogue organise la hilloula de Rabbi Méir baal aness, et beaucoup de monde arrive. Cela se passe très bien, il y a des ventes de bougies qui rapportent à la synagogue, et tout le monde se régale de la Séouda et de l'ambiance. Maintenant, cette année, il aurait voulu rajouter quelque chose de plus, pour faire un changement. Il a pensé à amener un chanteur oriental, (religieux évidemment!). Baroukh Achem, notre communauté est très disciplinée et il n'y a pas de problème de tsniout, et il y a une méh'itsa. Mais, j'ai pensé que c'est le Omer et je voulais savoir si on peut faire de la musique. Merci de me répondre rapidement.
 

Réponse

Réponse: Chalom, votre question est excellente, car, en effet, cette hilloula que dans le monde séfarade, on commémore avec ferveur nous pose bien des questions, c'est-à-dire jusqu'où peut-on repousser l'habitude de ne pas écouter de musique pour le omer?

Tout d'abord, il faut savoir qu'on a l'habitude de ne pas écouter de musique jusqu'à lag baomer, pour se rappeler des 24 milles élèves de Rabbi Akiva, qui ont péri pendant cette période, comme le raconte le traité de Yébamot 62b. Le monde après cela était vidé de Torah, imaginez, quand un gadol ador, (un grand de la génération), nous quitte, combien on se sent seul. Qui va prier pour nous? La Torah de qui va pouvoir maintenant nous protéger? Là, au temps de Rabbi Akiva, c'était ni un, ni deux, mais 24 milles, la répercussion de cette perte se fait sentir de génération en génération, et c'est pourquoi on a l'obligation de porter ce  deuil. En effet, c'est afin qu'on se rende compte, combien sans eux, nous avons perdu de Torah et de mérite.

Cependant, lorsqu'il y a une joie pour une mitsva, il sera permis de montrer notre joie, en amenant de la musique, car c'est en quelque sorte la réparation de ce manque. C'est pourquoi, le Rav Ovadia Yossef dans Yéh'avé Daat, tome 6, 34 permet de faire de la musique, en l'honneur d'une brit mila, d'un Pidion, (rachat d'un premier-né) ou d'une bar mitsva. Aussi, la question qu'il convient de poser maintenant, c'est, est-ce qu'une hilloula est considérée comme une joie pour une mitsva? L'origine de cette permission de faire de la musique à ces moments, se trouve dans le Chiouré knesset aguédola, (551, 33 sur le Bet Yossef), qui permet d'amener des instruments musicaux pour une brit mila. Par contre, il ne cite pas l'éventualité de la hilloula. De même, le Yam chel Chlomo, Baba Kama, chap. 7, siman 37, cite toutes les différentes Séoudot Mitsva, mais là non plus pas de trace des hiloulot.
 
Aussi, le Yabia Omer tome 3, Orah' Haïm, 11, 9 rapporte au nom du Chem Aryé, qu'il faut faire la différence entre la hilloula de Rabbi Chimon Bar Yoh'aï et les autres hilloulot en ce qui concerne le fait de ne pas dire les Tah'anoun ce jour là, et qu'au contraire, il conviendrai de jeûner les jours anniversaires de décès des tsadikim, en pensant que ce sont nos fautes qui ont causées leur disparition, comme l'écrit le Choulh'an Aroukh, 580.
 De plus, il y a quelque doute concernant cette date d'anniversaire du décès de Rabbi Méir baaal aness, si c'est bien le 14 Iyar. Le Rav Ben Tsion Moutsaffi, dans Torah Bétsion écrit qu'il n'y a aucune source sûre par rapport à cette date. Seulement, dans le Taamei Haminhaguim p. 262, il est écrit au nom du Rav Margaliot qu'il n'est pas mort ce jour là. Les raisons pour lesquelles, ce jour a été choisi pour commémorer la hilloula de Rabbi Méir, c'est:
  1. Parce que c'est un jour qui ne tombe jamais chabbat. Afin, qu'il soit possible d'allumer les bougies et de pouvoir voyager sur sa tombe.
  2. C'est un jour où on ne dit pas Tah'anoun, de toute façon pour  permettre d'en faire une fête pour la hilloula.
  3. Ainsi, cela permet de faire une station à Tibériade, pour ceux qui vont pèleriner sur la Tombe de Rabbi Chimon bar Yoh'aï.
  4. Enfin, parce qu'en vérité, c'est l'anniversaire du jour où a été  inaugurée la synagogue qui se trouve à coté de la tombe de Rabbi Méir baal aness, en 1867.

Le Sdé H'émed, tome 6, p. 40 décrit que les rabbanim de sa génération ont assisté à cette inauguration et qu'ils ont étudié ce jour là, l'enseignement de Rabbi Méir et que cela s'est suivi par de la joie et de l'allégresse. Ils se sont promis alors de refaire cela chaque année et c'est ainsi qu'a été fixée cette hilloula. Aussi, dans le Guinzé Yérouchalaïm, il est écrit que c'est le Rav Raphael Maman, surnommé le "Malakh Réfael", qui aurait institué cette hilloula.

En conclusion, on voit bien que la commémoration de cette hilloula n'est pas une coutume très ancienne et qu'on ne peut se permettre d'y jouer de la musique. Surtout que pour les autres hilloulot, mise à part à Lag Baomer, il n'est pas certain qu'il convient de se réjouir. Au vu de tout cela, il vaut mieux éviter d'amener de la musique pour cette hilloula. Cependant, il sera bien de faire le sioum d'un traité talmudique, car dans ce cas, nombreux sont ceux qui permettent d'y écouter de la musique, (cf le Yam chel Chlomo cité plus haut).
Béatslah'a!