Peut-on vendre du vin non cachère?

07.03.19

Question

Question:
Bonjour, j'aurai voulu savoir ce que je dois faire d'une bouteille de vin que  m'a fait cadeau un goy?

 

Réponse

Réponse:
Chalom, avant de répondre à votre excellente question, je tiens à rappeler quelques notions concernant l'interdit de consommer du vin non cachère.
Il existe deux sortes de vin interdit:
  1. Le vin "nessékh", c'est un vin qui a servi à un service religieux idolâtre, par exemple à des libations, on n'a pas le droit d'en profiter ni de le boire, comme cela est ramener dans le traité de Avoda Zara 29b.C'est un interdit de la Torah.
  2. Le vin "stam; c'est un vin touché ou fabriqué par un goy mais qui n'a pas servi à l'idolâtrie. C'est une extension rabbinique de la première interdiction pour empêcher les mariages mixtes, sachant que le vin crée une certaine proximité.
Ce décret rabbinique reste identique que le premier prohibé par la Torah, avec les mêmes interdits. C'est-à-dire qu'on ne peut ni le boire et ni en profiter, si le goy qui l'a touché ou fabriqué est idolâtre. Par contre, si le goy n'adore pas les statues, il sera seulement interdit de le boire et il sera permis de le revendre.
Ainsi, le Taz (Yoré Déa 124,6) explique que les musulmans ne sont pas considérés comme idolâtres et donc un vin touché par eux, sera revendable bien qu'interdit à la consommation.
Le statut des autres goyim est sujet à discussion. Comme nous l'avons expliqué plus haut, l'interdit provient de la crainte qu'il vienne à faire une libation pour ses idoles.

Or, aujourd'hui, c'est chose rare qu'un goy fasse des libations en dehors d'un temple et en plus s'il ne fait pas partie des gens de religion, bien qu'avant cela se faisait par n'importe qui.
Le Rama 123,1 pense qu'à cause de cela, le vin des goyim est permis au profit, et il sera permis de le revendre, par contre, le Choulh'an Aroukh interdit d'en profiter.
Pour les séfarades, il ne sera pas permis de revendre ce vin et il conviendra se l'éliminer. Ainsi tranche le Ben Ich H'ay,(deuxième année, parachat Balak) et aussi dans le Halih'ot Olam.

Cependant, ces 2 avis ont chacun leur limite. En effet, si un goy doit de l'argent à un juif et qu'il lui rende la somme avec des bouteilles de vin, il sera permis même d'après le Choulh'an Aroukh de les revendre pour récupérer son argent. Ainsi l'écrit clairement le Choulh'an Aroukh dans Orah' Haim, 539,8. La raison est que c'est comme sauver cet argent de la main du goy, car il n'est pas du tout certain qu'il soit d'accord de reprendre ces  bouteilles et de rendre sa dette en espèces. Le Ben Ich Hay explique que le prêt en lui-même était permis, c'est pour cela qu'il n'y a aucun problème à le revendre.

Pour le Rama, il existe une limite dans sa permission de revendre un vin pas cachère. Dans le simane 123,1, il écrit:"…mais il est interdit de venir à vendre et racheter un tel vin pour en faire du commerce." Revendre un vin qui est arrivé dans nos mains par hasard, c'est permis, mais pas en faire une profession, et ce, même pour les ashkénazes.
D'après cela, il ne sera pas permis d'exercer aucune profession liée au vin. Le Choulh'an Aroukh dans le simane 133,5 ramène qu'il est interdit de faire l'interprète dans des transactions de vins non cachère. Le Alikhot Olam tome 7 p.135 dit également que l'on ne pourra être agent commercial pour de tels vins. Tout cela parce que ces personnes qui exercent de telles professions veulent que ce vin continue d'exister et en profitent, c'est pour cela que  c'est interdit. Le Rav Chlomo Zaffrani dans Yavo Yédid tome2, p.157 ramène au nom du Zéra Emet que pour les séfarades, il faudra détruire l'argent du salaire perçu pour ne pas en profiter.
En conclusion, si un goy d'origine catholique donne une bouteille de vin à un juif:
  1. Si c'est d'ordre commercial, pour tout le monde c'est interdit d'exercer une telle profession. Cependant, pour les séfarades, il faudra détruire la bouteille.
  2. Si c'est parce que le goy devait de l'argent, alors il sera permis de la revendre. (Evidemment toujours à condition que ce n'est pas lié à un commerce de vin).
  3. Si c'est un simple cadeau, pour les séfarades, il faut jeter la bouteille, pour les ashkénazes, on pourra la revendre.
Enfin, si ce goy est musulman, on pourra revendre le vin, en vérifiant qu'il n'a pas été fabriqué par un autre goy, car sinon, il faudra appliquer la loi plus haut. Si par contre, on a affaire à un goy qui adore des idoles, pour tout le monde, ce vin doit être éliminé.
Béatslah'a, kol touv!