Histoires de TsadikimTéchouva/ Premiers pas vers la Torah

Les larmes du Rav de Poniovitch

“Le Rav Kahaneman essaya de parler à ma mère, mais quand il comprit qu’elle n’était pas prête à l’écouter, il s’assit sur une chaise et pleura dix longues minutes sur l’enfant juif que j’étais et auquel on interdisait de rejoindre le chemin de la Torah et des Mitsvot.”

Le Rav Itshak Zilberstein, membre du Conseil des Sages de la Torah, et Rav de la communauté de Ramat El’hanan à Bnei Brak rapporta un récit bouleversant au sujet du Rav Yossef Chlomo Kahaneman zatsal, fondateur de la Yechiva de Poniovitch, qui parvint à ramener un juif à la Techouva 60 ans après l’avoir rencontré.

Cette histoire lui a été racontée par Rav Eliahou Faivelson, Roch Yechiva de l’institut “Pit’hé Olam” dédié aux Baalé Techouva.

“Un jour, un homme d’environ 70 ans se présenta un jour chez moi et m’expliqua qu’il était professeur au sein d’une célèbre université israélienne. “Depuis que j’ai pris ma retraite, j’ai commencé à respecter le Chabbat », m’expliqua-t-il. “Je souhaiterais que ma femme emprunte tout comme moi, le chemin de la Torah et des Mitsvot, c’est pourquoi, je suis venu solliciter votre aide, car je sais l’action que vous menez auprès des Baalé Techouva. Peut-être parviendrez-vous à la convaincre ?”, me demanda le vieil homme.

“Bien entendu, je lui répondis que je ferai tout ce qui était en mon pouvoir pour l’aider mais une question me taraudait : “Comment se fait-il qu’un homme de votre âge, décide tout à coup de respecter Chabbat ?”

Le vieil homme me répondit : “Permettez-moi de vous raconter un fait qui a marqué mon enfance. Mes parents ont traversé la terrible épreuve de la Shoah. Par la suite, ils se sont mariés, et sont venus s’installer en Israël, à Ashdod. Mon oncle, qui vivait lui aussi en Israël, était un homme pratiquant, et lorsque ma mère lui demanda dans quel établissement scolaire elle pouvait m’inscrire, il l’orienta vers l’école du Rav Yossef Chlomo Kahaneman, à Bnei Brak, qui était aussi le fondateur de la Yechiva de Poniovitch. Ma mère suivit ce conseil et m’y envoya. 

Comme il m’était impossible d’effectuer le trajet entre Ashdod et Bnei Brak tous les jours, j’ai intégré l’internat de l’établissement au sein duquel j’étais. Compte-tenu de la distance qui nous séparait, ma mère ne venait pas me rendre visite. Mais un jour, alors qu’elle se trouvait aux environs de Bnei Brak, elle décida de venir me voir. En entrant dans l’école, elle se figea. Elle me fit appeler et me dit sur un ton déterminé :« Rassemble tes affaires, nous partons d’ici.”

“J’ai pris le premier bus pour Ashdod. Je voulais comprendre ce qui se passait.”

“J’ai pris ma valise, et nous sommes rentrés à la maison. J’avais 9 ans. Je n’ai pas conservé beaucoup de souvenirs de cette période, mais il y a un événement que je ne peux oublier. Chaque fois que j’y pense, les larmes me montent aux yeux, avoua le professeur, visiblement ému. 

Quelques jours plus tard, poursuivit-il, un juif se présenta au domicile de mes parents. “Je m’appelle Yossef Kahaneman, dit-il. Je suis le directeur de l’école Beit Avot de Bnei Brak. Lors de ma visite quotidienne au sein de l’établissement, je me suis rendu compte qu’un élève manquait à l’appel. Lorsque j’ai interrogé le personnel, j’ai appris que vous aviez définitivement retiré votre enfant de notre école. J’ai pris le premier bus pour Ashdod, et je suis venu jusque chez vous pour comprendre ce qui vous a poussé à prendre une décision aussi radicale. Manquait-il de quelque chose au sein de notre structure ? Je suis prêt à faire le nécessaire pour qu’il s’y sente bien, déclara le Roch Yechiva.

Ce à quoi ma mère répondit : “Non, le problème ne vient pas de l’établissement. Vous devez savoir que mon mari et moi sommes des survivants de la Shoah. Les Nazis, maudits soient-ils, nous ont fait subir des atrocités, et je refuse que mon fils soit religieux”.

Le Rav Kahaneman essaya de la raisonner et argumenta longuement, mais il finit par comprendre que ses efforts étaient vains. Alors il demanda un siège, s’y assit, et pleura dix longues minutes sur l’enfant juif que j’étais, et auquel on interdisait de rejoindre le chemin de la Torah et des Mitsvot. Après cela, il salua mes parents et s’en alla.

Ce fait s’est déroulé il y a 60 ans, dit encore le professeur au Rav Faybelson, mais je n’ai jamais pu oublier les larmes du Rav de Poniovitch. Chaque fois que j’y pense, je ne peux m’empêcher de trembler. Aujourd’hui, j’ai décidé de rejoindre le droit chemin et je souhaiterais que vous convainquiez ma femme d’en faire de même.”

Le Rav Faivelson parla à l’épouse de ce vieil homme, et ses paroles portèrent leurs fruits. Aujourd’hui, tous deux ont fait Techouva, et progressent sur le chemin de la Torah et des Mitsvot.

Yonathan Halévi, adaptation française Elisheva Uzan

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