Quelle bérakha sur des légumes consommés à la fin du repas ?

02.08.19

Question

Question : Bonjour, je suis restaurateur. Baroukh Achem, il est sous surveillance rabbinique et une grande partie de la clientèle sont des religieux. C'est un restaurant assez spécial car il est diététique. Une de nos spécialités c'est de proposer à la fin du repas des légumes frais et crus. Aussi, la question revient souvent, c'est de savoir s'il faut faire la bérakha dessus ou pas. Pourriez-vous nous éclairer à ce sujet. Merci d'avance et tizcou lamitsvote !
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, votre question est très intéressante et il convient de voir ensemble les différents avis concernant ce sujet, béézrat Achem.
Dans le Choulh'an Aroukh (Orah' H'aïm, 177, 1), il est écrit que les aliments venant accompagner le repas, on ne fait pas de bérakha avant, si on a fait Motsi. C'est-à-dire que si ce sont des choses qui viennent accompagner le pain, ou qui sont faits pour nourrir même si elles n'accompagnent pas le pain, on ne fera pas "chéhakol" ou "haadama" dessus. Cela peut être de la viande, des œufs ou des légumes et toutes choses qui y ressemblent. Par contre, si elles viennent en tant que dessert et qu'on n'a pas l'habitude de fixer un repas dessus avec du pain, on fera la bérakha d'avant. C'est pour cela qu'on fait "ha'ets" sur des fruits. Le Bet David pense que seuls les légumes cuits ou en conserve sont acquittés par le Motsi. Par contre, lorsqu'ils sont crus, il faudra réciter la bérakha avant. En effet, seulement quand ils sont cuits, ils viennent pour nourrir et calmer l'appétit, ce qui n'est pas le cas quand ils sont crus.

Il rapporte une preuve à cela. En effet, les Richonim posent la question pourquoi ne fait-on pas le soir du Séder de Pessah' sur le Maror, la bérakha de "boré péri haadama" ? Rachi, les Tossafot, Rachbam et le Roch répondent que c'est parce que la Torah a rendu obligatoire la consommation du Maror et ainsi il est rendu quitte par la bérakha du Motsi. Le Rachba répond que le Maror, a déjà été dispensé par la bérakha du Karpass. Quoi qu'il en soit, on voit bien que pour tous ces Richonim, il est clair que l'on doit faire la bérakha sur un légume cru. Le H'ida écrit que c'est d'ailleurs la coutume, de faire la bérakha. Le Michna Béroura (siman 177, 5) explique qu'il faut faire la bérakha, à moins que les légumes soient accompagnés de viande. Dans ce cas, on fera la bérakha uniquement sur la viande. Les légumes étant secondaires sont acquittés par le chéhakol fait pour la viande, comme l'écrit le Choulh'an Aroukh (212, 1).
Le Kodché David lui, pense que l'on ne doit pas faire la bérakha sur les légumes crus et qu'ils sont inclus dans la bérakha du Motsi. Cependant, bien que cela soit une discussion parmi les décisionnaires, on peut tout de même faire la bérakha sans craindre le principe de "safèk bérakhot léhakel" (dans le doute on s'abstient de faire la bérakha, de peur de prononcer le Nom Divin pour rien). Le Téroumat Adéchen écrit qu'il n'y a pas lieu de se préoccuper de cette règle, quand il y a un minhag (coutume) de faire la bérakha.

Le H'ida soulève une autre question. Si on a mangé des légumes cuits dispensés de la bérakha. Ensuite, au cours du repas, on amène ce même légume cru, faut-il faire la bérakha ou pas ? Il répond que puisqu'ils ont un autre aspect, on ne peut considérer qu'ils soient dispensés par le Motsi, même si des légumes identiques mais cuits les ont précédés. Toutefois, le Kodché David, n'est pas d'accord. Il conteste à cause de 2 points :
  1. Les légumes crus viennent aussi pour apaiser l'appétit, ils font donc partie du repas et ils sont acquittés grâce au Motsi.
  2. De plus, ces légumes ont fait partie du repas lorsqu'ils étaient sous leur forme cuite.  Aussi le Zékhor Léyitsh'ak conseille de réciter la bérakha sur une autre sorte de légume qui n'a pas était consommé auparavant ou de laisser ces légumes pour après le Birkat Amazon. Le Kaf Ah'aïm et le Ben Ich H'aï partage cet avis.

Le Pétah' Adévir rapporte que l'habitude est de manger pendant le repas sans prononcer la bérakha et donc il n'y a pas lieu de craindre de réciter une bérakha en vain. Même s'il a mangé la même espèce cuite avant, il n'y a pas besoin de faire de différence. Dans tous les cas, on ne fera pas la bérakha. Le Rav Ovadia Yossef dans le Yéh'avé Daat écrit que la halakha est comme le Pétah' Adévir, et donc qu'on dira la bérakha sur des légumes crus au cours du repas.

En conclusion, celui qui consomme des légumes crus au cours d'un repas fera la bérakha sur ces légumes. C'est le cas même s'il a fait Motsi puisqu'ils ne viennent ni pour accompagner le pain, ni pour rassasier. C'est pour cette raison qu'on ne prononce pas la bérakha "boré péri haadama" sur le Maror, pendant le soir du Séder. Il en sera de même, s'il a déjà mangé au cours du repas, cette même sorte de légumes cuits. Il sera tout de même préférable de faire la bérakha sur une autre sorte de légumes (crus), si c'est possible. D'après la question que vous avez posée, il convient donc de faire la bérakha sur ces légumes.
Béatslah'a !