Donner de la nourriture à une personne qui ne fait pas les bérakhot.

28.07.19

Question

Question : Chalom, j'aide le chamach dans ma synagogue et je m'occupe d'organiser la séouda chlichit. Baroukh Achem, il y a beaucoup de monde qui y participe. C'est le moment de se retrouver et d'écouter un chiour où tout le monde peut émettre son avis et poser des questions. Il y a vraiment une bonne ambiance, baroukh Achem. Toutefois, une partie des personnes n'est pas très religieuse et ils ne font pas nétilat yadaïm ni même ne disent les bérakhot. Aussi, je leur ai fait plusieurs fois la remarque, mais rares sont ceux qui changent leur habitude. De plus, si j'insiste trop, je crains qu'ils ne se vexent et qu'ils ne viennent plus. Alors, je voudrais savoir si j'ai le droit de continuer de m'occuper de cette séouda chlichit ou mieux vaut que je me retire, puisque cela entraine des 'avérot pour certains. Merci pour votre réponse et tizcou lamitsvote !
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, votre question est excellente et nous allons voir béézrat Achem ce que dit la halakha à ce propos.

Dans la guémara H'oulin 107b il est écrit que l'on n'a pas le droit de donner un morceau de pain au chamach (ici cela a la signification de serveur), si ce n'est que l'on sait qu'il a fait nétilat yadaïm. On apprend de cette guémara qu'on ne peut donner à manger qu'à celui qui fera tout selon la halakha d'une façon certaine. C'est ainsi que le Choulh'an Aroukh (Orah' H'aïm, 169, 1) écrit que l'on peut donner du pain au chamach que si l'on sait qu'il a fait nétila. Ensuite, dans le séif 2, il explique qu'on ne peut donner à manger qu'à celui que l'on est certain qu'il fera les bérakhot. Le Rama rajoute qu'il y en a qui permette de donner à un pauvre en tant que tsédaka. En effet, le Michna Béroura explique que la crainte qu'il ne fera pas la bérakha ne peut repousser la mitsva de tsédaka. C'est pour cela qu'on lui donnera à manger même si on n'est pas sûr qu'il fasse la bérakha. Cependant, cette différence pour la tsédaka n'est pas citée par le Choulh'an Aroukh, c'est pour cela que le Halakha Béroura (169, 6) tranche que seulement si l'on sait que ce pauvre fait les bérakhot, alors on pourra lui donner à manger. En ce qui concerne une personne qui n'est pas nécessiteuse et donc quand il n'y a pas de mitsva de tsédaka, le Biour Halakha précise que pour celui qui est présumée pratiquant, il n'y a pas de crainte à lui donner. Par contre, spécialement le chamach, il y a lieu de craindre qu'il oublie de faire nétila car il est occupé.

Il en ressort apparemment qu'on n'aura pas le droit de donner à manger à celui qui ne fera pas les bérakhot ou nétila d'une façon certaine même si c'est pour de la tsédaka. La raison provient de l'interdiction de poser un obstacle devant l'aveugle (Vayikra, 19, 14). Les H'akhamim expliquent que cela fait allusion qu'on n'a pas le droit d'aider une personne à commettre une 'avéra (faute). Celui qui est en train de vouloir faire une faute est comme un aveugle devant l'envie de fauter.

Si l'on n'est pas certain, on pourra lui donner en tant que tsédaka d'après le Rama. Selon le Choulh'an Aroukh on ne pourra pas (Halakha Béroura).
Toutefois, les décisionnaires contemporains, dans le cas du doute s'il va faire la bérakha ou pas, le H'azon Ich (Chévi'it, 12, 9) pense que si l'on vient à ne pas lui donner, on risque de s'empêcher de faire du H'essed et de développer une haine entre nous et les personnes ignorantes. Car ce n'est que par ignorance de l'importance des bérakhot ou de la nétila qu'ils ne le font pas. De plus, il faut craindre de l'emmener à transgresser l'interdiction de haïr son prochain, c'est pour cela que les H'akhamim ont évalué, que dans le doute, il valait mieux leur donner à manger. Tous les décisionnaires pratiquement vont dans ce même sens.

Lorsque c'est certain qu'il ne fera pas la bérakha, s'il y a une possibilité qu'il en vienne à se vexer ou à penser du mal des religieux à cause de cela, on essaiera de faire en sorte qu'il y ait une possibilité de faire la bérakha. C'est ainsi que selon le Rave Wozner (Chévét Alévy, tome 1, 37) il faudra malgré tout lui proposer de faire la bérakha. Si même en faisant cela, il risque de se vexer, on pourra tout de même lui donner pour ne pas qu'il en vienne à haïr, ce qui est une plus grande faute. Il est possible aussi de faire la bérakha devant lui en pensant à l'acquitter et même s'il ne répond pas Amen, cela peut marcher pour lui (Pisské Téchouvot, 169, 3I). Enfin, le Rav Eliachiv (Ma'assé Ich, tome 1, 20) conseille aux commerçants de poser un écriteau invitant les clients à faire la bérakha et nétila.

En conclusion, pour répondre à votre question, il faut en premier lieu, essayer de leur rappeler de faire la bérakha et nétila. S'ils risquent de se vexer, on peut encore le dire à toute l'assemblée pour ainsi faire en sorte de montrer que ce n'est pas personnel. Si on est certain que malgré cela, ils ne feront pas la bérakha, on fera les bérakhot à voix haute, en disant que celui qui veut s'acquitter dise Amen. En fait, même s'ils ne répondent pas, ils sont acquittés comme l'écrit le Choulh'an Aroukh (Orah' H'aïm, 213, 2). Enfin, il reste toujours la possibilité d'accrocher un écriteau indiquant la marche à suivre selon la halakha pour une séouda. Il serait bien que dans les cours qui sont donnés, d'essayer d'en dédier un sur le sujet des bérakhot et de la nétilat yadaïm, en soulignant bien l'importance et les différentes ségoulot qui les accompagnent.

Je terminerais en rapportant le Chévet Akéhati (t.4, 329) qui écrit que lorsqu'on organise un séminaire pour ramener les gens à la Torah, on n'a pas besoin d'être pointilleux avec eux au niveau de la halakha, sur la façon qu'ils se comportent car au contraire cela risquerait de les éloigner. Aussi, cette règle s'applique tout à fait à votre situation puisque vos séoudot chlichit sont apparemment des mini-séminaires !
Béatslah'a !