Mettre les Téfilines avant la levée du jour.

23.07.19

Question

Question : Bonjour, j'habite dans la Région Parisienne et baroukh Achem, je mets les téfilines tous les jours. Toutefois, j'ai un problème en hiver. En effet, je pars tôt le matin avant l'heure de mise des téfilines. Quand je termine le travail, il fait déjà nuit. Aussi, j'ai un problème pour mettre les téfilines. En plus, dans mon lieu professionnel, c'est impossible de m'isoler pour les mettre, même au moment du repas. Évidemment, j'ai vérifié, dans les environs, je n'ai aucun endroit pour pouvoir les mettre. Je viens avec les transports en commun, donc je n'ai pas de voiture où je pourrais les mettre. Je pense bien sûr à trouver un autre travail à cause de cela, mais entre temps, je ne sais pas quoi faire. N'y aurait-il pas possibilité de les mettre avant la levée du jour ? Merci de votre aide.

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, je vois votre peine au travers les lignes que vous avez écrit, et je suis certain, béézrat Achem que vous allez trouvez prochainement un endroit plus adéquat pour pouvoir pratiquer les mitsvot tranquillement.
La guémara de Bérakhot 9b écrit que le moment où on peut commencer à mettre les téfilines, c'est quand on peut reconnaitre une connaissance à 4 amots (environ 2 mètres). Le Rabénou Yona explique que la raison pour laquelle ce moment a été choisi, c'est parce que les téfilines ont besoin d'être visibles, comme il est écrit : "et tous les gens de la terre verront que Le Nom d'Achem se trouve sur toi" (Dévarim, 28, 10), ce verset fait allusion au téfilines de la tête qui sont visibles. Ce moment, est une heure avant le nets ah'ama (la levée du soleil) d'après le Kaf Ah'aïm (18,18). Le Halikhot Olam (tome 1, p. 19) n'est pas d'accord et il pense que c'est 66 minutes avant le nets, mais qu'il est mieux de faire comme l'a écrit le Kaf Ah'aïm. Quant au Or Létsion (tome 2, chap.3, note 4), il pense comme le Kaf Ah'aïm, mais d'après lui, il est préférable de ne les mettre que 50 minutes avant le nets. Certains décisionnaires (Bérour Halakha et Zmané Halakha Léma'assé du Rav Ménat) pensent que ces temps ne sont valables que pour Jérusalem, mais pour les autres endroits du monde, il faudra vérifier quand le soleil est à 12 degré au dessous de la ligne d'horizon pour 60 minute avant le Nets ou 11.5 degré pour 52 minutes avant.

Dans le cas où on doit commencer la prière avant ce temps, comme pour des ouvriers qui commencent tôt, il faudra prier jusqu'après Ychtabah'. Puis mettre le talith et les téfilines avec la bérakha.
Dans la guémara de Ménah'ot 36a, il est écrit que celui qui doit sortir en chemin tôt le matin, il mettra ses téfilines sans bérakha et au moment où on peut les mettre, il les bougera et fera la bérakha. Le Bet Yossef (Orah' H'aïm, 30, 3) explique que le Rambam n'a pas rapporté cette guémara, car il pense qu'il est interdit d'après la Torah de les mettre pendant la nuit. Par contre, le Rif et le Roch ont rapporté cette guémara. C'est pour cela que le Bet Yossef, écrit tout cela pour la halakha. D'ailleurs, cette halakha est ramené dans le Choulh'an Aroukh. Il semblerait donc que le Choulh'an Aroukh pense que la nuit est un moment où l'on peut mettre les téfilines selon la Torah. Cependant, les H'akhamim ont interdit de peur qu'on s'endorme et que l'on vienne à avoir des gaz et à manquer de respect aux téfilines. La plupart des Richonim pensent ainsi, mise à part le Rambam.

C'est en s'appuyant sur cela que le Igrot Moché (tome 1, Orah' H'aïm, 10) tranche qu'il sera permis de mettre les téfilines pour celui qui part au travail toute la journée et n'a pas le temps de les mettre. De plus, la crainte est qu'on en vienne à s'endormir avec. Par contre, si on les met plus tôt que leur temps normal, on craint moins qu'on s'endorme puisqu'il vient de se réveiller. De plus, il écrit de faire la brakha, en s'appuyant également sur le Rabénou Pérets, qui pense que ce n'est pas interdit de les mettre le matin. Le Rav Shternboukh dans son Téchouvot Véanhagot (tome 1, 49) écrit de même, cependant il dit de ne pas faire la brakha. Il rajoute que concernant les décrets faits par les H'akhamim, la guézéra (décret) s'annule si à cause d'elle, on doit perdre une mitsva positive de la Torah.
Le Igrot Moché écrit qu'on aura le droit de continuer à travailler dans cet endroit et ne pas perdre ainsi son gagne-pain. En effet, la halakha n'oblige à dépenser seulement 1/5ème de sa fortune pour une mitsva positive. Par conséquent, on pourra continuer de travailler dans de telles conditions tant qu'on n'a pas trouver autre chose. Perdre son travail représente souvent perdre la totalité de sa richesse.

En conclusion, celui qui sait qu'il ne pourra pas mettre ses téfilines pendant la journée, il pourra les mettre sans bérakha avant le jour. Toutefois, il convient de rechercher le moyen de les mettre pendant le jour, pour s'acquitter de cette mitsva de la Torah. Même s'il semble que les gens qui nous entourent ne nous comprendront pas, si on met les téfilines ou toute autre marque religieuse, cela vaut le coup d'essayer de prendre le risque. En effet, il faut savoir que, quelquefois, on est agréablement surpris du degré de compréhension des personnes en général.
 Béatslah'a !