. Pour quelle erreur doit-on sortir un nouveau Séfer Torah.

15.07.19

Question

Question : Chalom, je suis responsable d'une synagogue et nous avons baroukh Achem 2 Sifré Torah. Malheureusement, ils sont un petit peu vieux, et il arrive qu'on y trouve des fautes. Aussi, j'aimerai savoir pour quelle faute doit-on arrêter de lire dedans. Merci d'avance pour votre réponse, tizcou lamitsvote !
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, votre question est très complexe, mais béézrat Achem, nous allons essayer de voir ensemble les différents genres de fautes qu'il peut y avoir et ce qu'il convient de faire alors. Nous allons voir qu'il y a des divergences entre les séfarades et les ashkénazes. Alors, béézrat Achem, nous allons essayer de ramener tous les avis. Enfin, il faut savoir que si cela arrive souvent, il faudrait peut-être penser à se procurer un nouveau séfer écrit par un bon soffer.

Le Troumat Adéchen ainsi que d'autres Richonim ashkénazes pensent qu'aujourd'hui nous ne sommes pas à même de connaitre la véritable orthographe des mots. La guémara de Kiddouchin (30a) rapporte un avis qu'on ne peut savoir le nombre exact de lettres de la Torah, puisqu'on n'est pas sûr de l'orthographe de certains mots. Aussi, si l'on vient à changer de séfer torah en y voyant une erreur, qui nous dit que le 2ème est plus parfait que le 1er. Le Bet Yossef (siman 143) n'est pas d'accord avec cet avis et il pense qu'il est préférable de prendre ce qui est de l'ordre du sûr, c'est-à-dire le fait qu'il y a une faute dans le 1er, plutôt que de croire que le 2ème est plus faux, ce qui n'est qu'une présomption. Sur ce, le Rama (Orah' H'aïm, 143, 4) fait la différence entre les fautes importantes et celles qui sont que des erreurs d'orthographe, mais qui ne diffèrent pas, dans leur diction. Par exemple, si normalement il devrait être marqué "lémor" (en disant) avec un vav, et qu'il ne s'y trouve pas, ou l'inverse, on ne changera pas le séfer torah. Si par contre, la faute provoque une différence par rapport à celle du texte d'origine, même si c'est un synonyme, comme "késsev"' et "kévess" (mouton), ou que l'erreur ne s'entend pas, mais qu'elle donne une nouvelle signification au mot, comme "vénimtsa damo" (et le sang a été aspergé), s'il y a un hé à la fin de "vénimtsa". En revanche, s'il est écrit avec un alef cela voudra dire : "et le sang a été trouvé".  Dans ces 2 cas, il faudra faire sortir un nouveau séfer. Pour les séfarades, quelque soit la différence avec le texte initial, il faudra toujours sortir un autre séfer, (Kaf Ah'aïm, 143, 32, Alakh'a Broura, 143, 22). 
Aussi, s'il y a un espace au milieu d'un mot qui pourrait laisser à penser qu'il y en a 2 ou l'inverse. On demandera à un enfant de 6-7 ans qui ne sait que déchiffrer les lettres sans savoir lire les mots en entiers, si ce qu'il voit sont 2 mots ou 1. On prendra comme référence ce qu'il a dit et s'il dit qu'il y a 2 mots, alors que c'est un seul, il faudra changer de séfer. Ceci est valable aussi pour les séfarades.

Si l'écriture s'efface, mais qu'on la voit clairement, mais simplement qu'elle a éclairci, là aussi on fera appel à un enfant pour voir si cela est encore lisible. De même, si elle a pris une teinte brunâtre, d'après le H'atam Soffer, tout dépend si l'encre est nouvelle ou ancienne. En effet, si elle est ancienne, et que c'est le temps qui est la cause de ce changement, il n'y a pas de problème, car on considère que cela a été écrit avec de l'encre cacher. Cependant, si c'est une nouvelle encre, elle ne peut être appelé noir comme le veut la halakha, le séfer torah est invalide, et il faudra en sortir un autre.
Un autre cas, c'est si le séfer n'est pas cousu convenablement. Les parchemins sont rattachés par des coutures, si à un endroit, il ne reste moins que 5 coutures, cela rend le séfer invalide, et on ne pourra plus continuer à lire dedans. (Choulh'an Aroukh, Yoré Déa, 278, 3).

Quand 2 lettres se touchent et qu'elles changent leur forme initiale, cela n'est pas valable. Par exemple, un Kaf suivi d'un vav qui se touchent, formant ainsi la lettre mem. Si par contre, elles ne changent pas la lecture (comme un chin suivi d'un kaf), on pourra continuer de lire dedans. Là on fera la distinction si cela a été fait pendant l'écriture ou après. S'ils se sont collés, une fois que chaque lettre a été bien formée, on ne sortira pas de 2ème séfer. Le Maguen Avraam (143, 7) dit de ramener un nouveau. Le H'ayé Adam écrit dans tous les cas, il n'y a pas besoin d"en sortir un autre et ainsi pense le Michna Broura (143, 25). Pour les séfarades, le Kaf Ah'aïm (143, 35) et le Halakha Broura pensent que quelque soit la façon dont les 2 lettres sont collées, il faut en sortir un autre. En contrepartie, le Yabia Omer (tome 7, Orah' H'aïm, 2) écrit qu'une erreur qu'on peut arranger pour les téfilines et les mézouzot, alors qu'il faut qu'elles soient écrites selon l'ordre écrit. Ces fautes n'en sont pas des vraies puisqu'on peut les corriger. Pour de telles erreurs, on n'a pas besoin de rapporter un autre séfer torah.

Enfin, il y a les lettres qui sont plus grandes (comme le bet de béréchit) ou plus petites que les autres (comme le alef de Vayikra), si elles apparaissent comme des lettres normales dans le séfer, il faut évidemment les corriger. Toutefois, il n'y aura pas besoin de sortir un autre séfer. (Rav Péalim, tome 2, 4, Kol Yaacov, 274, 18-19 et Michna Broura, 143, 27).
Les décisionnaires ashkénazes rajoutent également le cas où la faute se trouve dans un autre H'oumach (Béréchit, Chémot, Vayikra, Bamidbar et Dévarim sont chacun un H'oumach) que celui qu'on lit, il n'y aura pas besoin de sortir un autre séfer. Selon les décisionnaires séfarades, il faudra changer de séfer.
Enfin, comme l'écrit le Michna Broura, la règle essentielle, c'est de savoir que tout ce qui rend invalide le séfer, on devra en sortir un autre. cependant, si l'erreur est l'objet d'une discussion dans les décisionnaires, on peut continuer de lire sans changer, mais il faudra tout de même la corriger.

En conclusion, nous avons vu qu'il y a plusieurs avis et il conviendra de faire comme l'habitude de la communauté. Il est à noter, qu'il tient à chacun qui monte à la Torah, d'être vigilant de vérifier qu'il n'y a pas de fautes. Une fois, qu'il aura pris connaissance de tout ce qu'on vient de dire, il saura sur quoi, il doit faire attention !
Béhatslah'a !