. Le zimoun dans une Yéchiva.

10.07.19

Question

Question : Chalom, j'étudie dans une Yéchiva, baroukh Achem. Évidemment, nous mangeons et dormons à la Yéchiva. Souvent, nous avons le problème quand nous avons fini de manger, si on peut faire zimoun entre nous. En effet, quelquefois, il arrive que nous devons nous associer à des bah'ourim (élèves) d'un autre chiour (classe) et avec qui, on a pratiquement jamais parlé. J'ai oublié de vous dire que nottre Yéchiva compte presqu'un millier de bah'ourim, bli ayin ara, alors, vous imaginez qu'on ne se connait pas tous. Donc, je voulais savoir si on pouvait faire le zimoun dans de telles conditions. Merci d'avance pour votre réponse !
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, votre question est très intéressante et je vais y répondre, béézrat Achem. Cependant, je tiens à vous demander de questionner votre Roch Yéchiva sur le sujet. En effet, le Roch Yéchiva est considéré dans sa Yéchiva comme l'autorité suprême à laquelle il faut se plier, et si ma réponse ne correspond pas à celle de votre Roch Yéchiva, alors il faut l'écouter à lui. En fait, je ne réponds que pour les personnes à qui la question peut intéresser et qui nous lisent. Voilà, vous êtes prévenu, cette réponse s'adresse à tout le monde sauf à vous !

La guémara de Brakhot 50a écrit que si 2 groupes de personnes mangent dans la même maison ou dans 2 maisons différentes, ils peuvent s'associer au zimoun, à la condition qu'ils peuvent se voir entre eux. Le Choulh'an Aroukh (Orah' H'aïm, 195,1) rapporte cela dans la halakha . Apparemment, ce devrait être le cas également dans les Yéchivot.
Toutefois, le Rabbi Akiva Eigger ramène le Rachbach (Richon) que c'est seulement si chacun des groupes a suffisamment de personnes pour faire zimoun. Ce qui revient à dire que si chacun des groupes comportent au moins 3 personnes, ils pourront s'associer pour un zimoun de 6 mais pas pour le zimoun de 10.

De plus, le Maguen Avraam explique que d'après le Choulh'an Aroukh, dans une même maison, seulement si on a pensé à s'associer, on pourra faire le zimoun ensemble, sinon on ne pourra pas.
Il y a plusieurs façons de s'associer. Voyons ensemble, celles qui sont ramenées dans les Posskim. Le Biour Halakha ramène le Ramban et le Rachba qui tiennent que s'ils sont venus en pensant dès le début pour faire le zimoun ensemble, ils pourront faire le zimoun même s'ils sont assis à des tables différentes, à condition qu'ils puissent se voir les uns, les autres.

De plus, bien que le Choulh'an Aroukh (193,2) établit qu'il faut être fixés ensemble pour s'associer, et que le Michna Broura explique que cela consiste à être à la même table ou avec la même nappe, le Yalkout Yossef (p.376) démontre que s'asseoir à plusieurs tables ne représentent pas qu'ils veulent se séparer obligatoirement. Quelquefois, s'ils s'assoient à des tables différentes, c'est tout simplement parce qu'il n'y a pas de place ailleurs.
 Le Michna Broura (193, 18) dit que le maître de maison et les membres de sa famille sont considérés ensemble même assis à des tables différentes. Cependant, il reste une condition qu'énonce le Choulh'an Aroukh (195, 3), c'est qu'ils puissent entendre celui qui fait le zimoun.
Il en ressort donc apparemment que les bah'ourim à la Yéchiva, assis à des tables différentes peuvent s'associer. En effet, ils sont considérés comme "fixés" ensemble, car ils sont comparables au maître de maison et sa famille qui s'associent, car ils mangent ensemble et à heure fixe. Ainsi, tranchent le Minh'at Ytsh'ak (tome 8, 8) et le Rav Eliachiv (ramené dans Vézot Abrakha). Par contre, si au moment du repas, chacun vient au moment qu'il veut, en groupes qui n'ont aucun lien entre eux, ils ne pourront pas s'associer au zimoun. Ainsi tranche le Or Létsion (tome 2, chap.13, 10) et le Halakha Broura (tome 10, p.59). Ils rajoutent que s'ils veulent faire le zimoun ensemble, ils devront avant de manger dire : "venez, nous allons manger ensemble". Il est à noter que le Halikhot Olam (tome 2, korah', 3) écrit qu'il n'est pas nécessaire de dire cela à chaque repas, mais il suffit de le dire une seule fois. Le Choulh'an Aroukh (167, 12) écrit que cela est considéré alors comme s'ils mangeaient ensemble. Par contre, le Chabbat, où les bah'ourim viennent manger au même moment et partagent leur repas ensemble, il n'y aura pas besoin de dire cette formule. Tout ceci ne concerne que le zimoun à 10, où on cite le Nom d'Achem. Pour le zimoun à 3 on est plus coulant, car on ne cite pas Le Nom d'Achem.

En conclusion, ans les Yéchivot, tout dépend si les repas sont à des heures fixes et que tout les bah'ourim viennent à la même heure, comme lors des repas de Chabbat. Dans ce cas, on pourra s'associer avec les personnes des autres tables. Sinon, on ne pourra pas à moins que l'on se soit dit avant de manger que l'on mange ensemble afin de faire le zimoun à 10. D'après le Rav Ovadia Yossef, cette condition peut être énoncée qu'une seule fois.
Béatslah'a !