Est-ce vrai que les mitsvot de celui qui dit du lachon ara passent chez la personne sur laquelle il a parlé ?

10.07.19

Question

Question : Chalom, j'ai entendu que celui qui dit du lachon ara sur quelqu'un, toutes ses mitsvot passent alors chez celui sur lequel il a parlé. Je voulais savoir si cela a une source. De plus, si c'est vrai, j'aurais voulu savoir comment ça marche et pourquoi cela est ainsi. Merci de me répondre et tizcou lamitsvote !
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, votre question est très intéressante, et il convient de voir ensemble les sources de cet enseignement, et béézrat Achem, nous verrons comment fonctionne cette punition.

Le Midrach Choh'er Tov (mizmor 52) sur le verset : "ne laisse pas ta bouche faire fauter ta chair. Pourquoi l'Eternel doit-Il se mettre en colère sur ta voix et blesser l'œuvre de tes mains." (Kohélét, 5, 5)."Blesser l'œuvre de tes mains", c'est le peu de Torah qu'il a. Ce qui signifie que celui qui dit du lachon ara ("ta bouche qui fait fauter ta chair"), perd le mérite de la Torah qu'il a. Le Chmirat Alachon (zékhira, début chap.7) explique que cela fait allusion au fait que ses mérites soient redonnés à celui sur lequel il a parlé. Aussi, le H'ovot Alévavot (devoir des cœurs, chaar akéni'a, chap.7) écrit que dans le Monde Futur, certains seront étonnés de voir que certaines des mitsvots qu'il a fait n'apparaissent pas dans leur compte. De même, il risque de trouver dans son "dossier" certaines fautes qu'il n'a jamais accomplies. La raison, c'est qu'une fois il a dit du lachon ara, ses mitsvot passent chez celui sur lequel il a parlé, et que les fautes de celui-ci passent chez lui.  Aussi, ceci apparait également dans le Maguid Mécharim (Vayakel, p.36), ce sont les choses dites par l'ange qui aidait le Rav Yossef Karo. Il lui dit que si les gens étaient conscients de cette chose, ils devraient se réjouir, quand une personne parle sur eux, comme si on leur avait donné de l'or ou de l'argent. On voit cette notion aussi dans le Orh'ot Tsadikim (les chemins des justes, chaar ha'anava," hachlichi").

Le Chmirat Alachon (2ème partie, chap.8) explique ainsi pourquoi on est appelé à oublier notre nom dans le Monde Futur. C'est du fait que nos mitsvot sont passées chez quelqu'un d'autre, et que nos fautes viennent peut-être d'un individu sur lequel on a parlé du lachon ara. Il ne faut pas s'étonner qu'on ait du mal à se reconnaitre soi-même. Aussi, plutôt que d'utiliser uniquement la fameuse "ségoula" de dire un verset commençant par la 1ère lettre de notre prénom et finissant par la dernière à la fin de la Amida, il serait peut-être préférable de ne plus parler de lachon ara pour sauvegarder nos mitsvot et ne pas attraper les "'avérot" de quelqu'un d'autre ! Ainsi, on aura plus de chance de se reconnaitre !

Pourquoi cette punition si dure et apparemment quelque part "injuste" pour celui qui parle du mal de son prochain ? Le Rav Friedlander (Sifté H'aïm, Midot, tome 1, p.23) explique que le médisant pense se grandir aux yeux des autres au travers les défauts de celui sur lequel il parle. Aussi, "mesure contre mesure" ("mida kénégued mida"), sa punition est que l'on va grandir son prochain à ses dépens, en lui faisant passer ses mitsvots chez la victime.
Il y a lieu de se poser la question est-ce que c'est la totalité des mitsvot et des 'avérot qui viennent à passer? D'après le Hatam Soffer (Drachot, 7 Adar 5596, "baramabam"), c'est bien la totalité des mitsvot et des 'avérot qui vont passées de l'un à l'autre. C'est aussi l'avis du H'ida (Roch David, Tazria-Métsora). Cependant, du Maguid Mécharim, il semble que ce n'est pas la totalité, mais comme il le dit :"on lui enlève de ses mérites", ce qui laisse entendre que c'est une partie et non pas la totalité. Selon le Chmirat Alachon (tome 1, chaar hazékhira, chap. 3) tout dépend du niveau du lachon ara. C'est-à-dire que s'il a causé une grande honte, plus de fautes passeront chez celui qui l'a dit.
Au bout de combien de fois que l'on a dit du lachon ara, cette punition arrive ? Le Orh'ot H'aïm (21) qui est un commentaire sur le Chmirat Alachon déduit du texte du Chmirat Alachon que ce n'est que celui qui est enracinée dans cette faute du lachon ara qui est concerné par cette punition. De même, le Rav H'aïm Kaniewski (Halikhot H'aïm, tome 2, p.189, 408) partage cet avis. Qui est considéré comme "enraciné" ? On ramène au nom du Rav et aussi au nom du Rav Yéouda Tsadka (dans Tal Orot) que c'est celui qui ne fait pas attention à parler du lachon ara.
Enfin, que se passe-t-il quand on vient à demander pardon à celui sur lequel on a parlé du mal. Est-ce que les mitsvot et 'avérot reviennent chez leur propriétaire initial? Le Rav Steinmann (Ayélet Achah'ar, Vayikra, 19, 16) pense que les mérites repassent chez celui qui a parlé, mais le mérite d'avoir pardonné pèse autant que ces mitsvots "perdus" par la victime. D'après le Erets Atsvi (tome 2, p. 397), les mitsvot restent chez la victime et elles seront comptées aussi pour leur vrai propriétaire.

En conclusion, il existe bien un transfert de mitsvot et de 'avérot entre celui qui parle du lachon ara et sa victime. Il convient donc de faire très attention de se garder de parler du mal de quelqu'un. C'est pour cela qu'à la fin de la Amida, on demande à Achem de nous garder notre langue du mal et seulement après, nous demandons qu'Il ouvre notre cœur à la Torah.
Béatslah'a et kol touv !