Peut-on acheter des cigarettes pour son père ?

27.06.19

Question

Question : Bonjour, j'habite en France et baroukh Achem, j'étudie à la yéchiva en Israël. Aussi, pour ben azmanim (les vacances), je repars chez mes parents en France. Je remercie Achem que mes parents m'ont envoyé étudier et je leur en suis très reconnaissant. Ma question, en fait, c'est que mon père est fumeur, et à chaque fois que je reviens de la yéchiva, il me demande de lui acheter des cartouches de cigarettes. D'un coté je n'ai pas envie de lui faire de la peine et de ne pas lui acheter, parce que je lui dois beaucoup. D'un autre coté, quoi qu'il en dise, la cigarette c'est dangereux, et je ne sais pas si j'ai le droit d'après la halakha de lui procurer une chose qui lui abime sa santé. J'aurais aimé savoir ce que dit la halakha là-dessus, et ce qu'en pratique je dois faire. Merci et tizcou lamitsvote !
 

Réponse

 Réponse : Chalom ouvrakha, c'est une question vraiment excellente ! C'est vraiment un dilemme qu'il convient de résoudre et de voir ce que nous dit la halakha sur cela.
Aussi, nous devons savoir si c'est une avéra (faute) que de fumer. Si c'est le cas, vous n'êtes pas obligé de lui acheter ses cigarettes. En effet, la guémara de Baba Metsia 32a rapporte le verset qui dit :"vous devrez craindre votre mère et votre père, mes chabbat, vous garderez, Je suis Achem" (Kédochim, 19, 3). Du fait, que les deux sujets sont mis l'un à coté de l'autre, c'est pour nous enseigner, que si un père dit à son fils de commettre une avéra, il sera interdit de l'écouter car le père et le fils ont l'obligation de respecter Achem, c'est ce que dit la Torah à la fin du verset :"Je suis Achem".

Le Choulh'an Aroukh (H'ochen Michpat, 427, 9-10) explique que beaucoup de choses ont été interdites par les H'akhamim car elles sont dangereuses…celui qui viendrait à transgresser ces choses là…est passible de "makat mardout", (flagellation instituée par les H'akhamim), et celui qui vient à les observer, sera béni. D'après cela, étant donné qu'il est reconnu médicalement que le tabac est mortel, il en découle donc que c'est interdit de fumer. Le Rav Israël Méir Hacohen, l'auteur du Michna Broura, dans son livre, le Likouté Amarim (chap.13) écrit que cela est interdit, car il transgresse l'interdit de se mettre en danger.

Ce problème a été débattu par les H'akhamim contemporains. Le Tsits Eliézer (tome 15, 39) et le Rav Moché Shternbuch dans son Tchouvot Véanhagot (tome 3, 354) tranchent tous deux d'interdire de fumer.
Cependant, il y a lieu d'émettre une nuance concernant ce fait établi. C'est que bien que la plupart des malades proviennent de l'ensemble des fumeurs, on ne peut pas dire que la plupart des fumeurs ne sont pas obligatoirement souffrants. De plus, on ne peut dire que fumer est complètement nocifs. Il est réputé aider à la digestion. C'est ainsi que le Rav Moché Feinstein (Igrot Moché, tome 5, Yoré Déa, 49) rapporte qu'il n'y a pas d'interdiction à fumer selon la halakha car la majorité des fumeurs ne sont pas obligatoirement malades. Toutefois, il est certain qu'il ne faut pas commencer à fumer, car il n'y a aucun profit et aucune utilité pour ceux qui ne s'y sont pas encore habitués. Il fait appel au principe "qu'Achem protège les naïfs", c'est-à-dire que même s'il y a un danger, de toutes les façons Achem nous protège. Cette règle est valable en ce qui concerne les dangers qui ne sont pas inéluctables. En effet, ce n'est pas la majorité des fumeurs qui sont malades.

En fait, il faut faire la différence entre celui qui commence à fumer, qu'on doit considérer comme blâmable, car il peut s'empêcher de tomber dans cette addiction souvent dangereuse, pour des raisons puériles et faciles à surmonter devant le risque qu'il court à continuer. Par contre, celui qui est devenu fumeur invétéré, et que s'il s'arrête, c'est au prix de sa santé nerveuse et psychologique et peut-être de celle des autres, est-il si facile de le condamner de ne pas choisir d'arrêter. Surtout après que nous avons établi que le danger n'est pas si évident que cela.
Donc, il n'est pas possible de critiquer toutes les formes de tabagisme en les définissant tous comme interdit. De plus, le danger est causé par le cumul de tabac dans le corps. Qui nous dit que le stade causant un danger au corps a été atteint. C'est ainsi que le Rav Ovadia Yossef recommande vivement d'arrêter de fumer, mais il n'est jamais catégorique dans ses écrits pour le définir comme une chose interdite au même titre que de manger un aliment non-cachère (Halikhot Olam, tome 2, Bamidbar, 13, Yabia Omer, tome 5, Orah' H'aïm, 39, Yéh'avé Daat, tome 5, p. 181). De plus, le Rav Eliachiv (ramené dans Mévakché Torah, h'echvan 5759, p.174) dit qu'il n'y a pas de danger à fumer une cigarette par jour.

Enfin, le Yalkout Yossef (kiboud av vaem, p. 388) rapporte au nom de son père, le Rav Ovadia Yossef, qu'étant donné que ce danger de fumer, c'est une chose que la plupart des gens ne prête pas attention, annulant quelque part, la part de risque devant l'obligation de la Torah du devoir de respecter ses parents. Cela ressemble, aux professions qu'il est permis d'exercer malgré le risque qu'elles comportent car c'est une profession répandue, comme c'est le cas de travailler dans la police, par exemple.

En conclusion, il est certain qu'on ne doit pas commencer à fumer. Que celui qui fume se doit de s'efforcer d'arrêter ou, au moins de réduire le nombre de cigarettes fumées.
Aussi, si votre père vous demande de lui acheter des cartouches, si vous avez la possibilité de vous soustraire de lui en procurer, ou de lui expliquer avec douceur le danger qu'il puisse encourir, il est préférable de le faire. Si ce n'est pas possible, alors on sera tenu d'accomplir la mitsva de la Torah de respecter ses parents, tout en lui démontrant que c'est dangereux. Il est évident, que si le médecin a établi clairement que fumer peut être fatal pour le père, qu'il n'y a plus de mitsva d'écouter son père dans un cas pareil.
Béatslah'a et kol touv !