Peut-on déduire les frais de scolarité du Maasser ?

26.06.19

Question

Question : Bonjour, je donne le Maasser de mes revenus, baroukh Achem, depuis quelque temps. Mais nous avons, bli 'ayin ara', de nombreux enfants scolarisés, et cela devient financièrement, un peu lourd pour nous. Aussi, on s'est posé la question si on pouvait déduire ces frais de scolarités du Maasser ? Merci, pour vos réponses et tizcou lamitsvote !
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, vous posez là une question forte intéressante, et bien délicate. Aussi, je vous propose avant d'y répondre, d'essayer de nous poser une autre question, c'est de savoir si on est obligé de donner le Maasser ? Il existe 3 avis à ce sujet :
  1. Tossafotes dans Taanit 9a pense que c'est une obligation de la Torah, provenant du verset : "vous prélèverez le Maasser, (la dîme), de tous les produits de tes semailles", (Réé, 14, 22). Il explique que le mot "kol" en hébreu, (tous les), inclut les revenus. C'est-à-dire, bien que le verset parle au sujet des produits agricoles, il faut aussi prélever de l'argent que l'on reçoit.
  2. Le Taz, dans Yoré Déa 331, 32 et le H'ida pensent que ce sont les H'akhamim qui ont institué ce devoir d'enlever 1/10ème de ses revenus.
  3. Le Bah', à la fin du siman 331 et le Avkat Rokhel, (ouvrage écrit par le Rav Yossef Karo, l'auteur du Choulh'an Aroukh), pensent que ce n'est qu'une coutume, et qu'il n'y a pas d'obligation à donner le Maasser. Ainsi pense le Rav Ovadia Yossef, comme il l'écrit dans Yéh'avé Daat, tome 3, 76. D'après ce dernier avis, bien qu'il soit important de donner le Maasser, car c'est une habitude, et il n'est pas permis de se dispenser d'une coutume que les autres ont pris comme habitude. Cependant, s'il est dans le besoin, il sera permis de déduire les dépenses pour les enfants au dessus de 6 ans. Enfin, il est bon qu'avant de prendre cette habitude de prélever le Maasser, de dire qu'il prend ce minhag à condition qu'il puisse faire les mitsvot qu'il veut à partir de cet argent. S'il n'a jamais fait cette condition, alors il faut annuler son vœu devant 3 Rabbanim, sur le fait qu'il n'a pas dit qu'il allait faire cette habitude, "bli néder", sans que ce soit un vœu. Voilà ce qu'écrit le Yéh'avé Daat, cité plus haut. Les décisionnaires rajoutent de dire que tout l'argent donné à la Tsédaka, à partir de Roch Achana jusqu'à la fin de l'année, sera décompté du Maasser et au besoin du 1/5ème, (h'omech). En effet, certains pensent qu'il faut donner le Maasser, la somme exacte correspondante au 1/10ème de ses revenus, ni plus ni moins.

Pour revenir à votre question, il faut donc savoir que l'on ne peut s'acquitter d'une obligation avec l'argent du Maasser. Seulement si c'est un don facultatif, alors on pourra utiliser cet argent. Donc, il faut savoir si mettre les enfants à l'école, ou à la yéchiva est une obligation ou pas. Si c'est obligé, on ne pourra pas utiliser l'argent du Maasser.

La guémara Kiddouchin 29a écrit que le père a le devoir d'enseigner la Torah à son fils.  Rachi explique que cela ne comprend que la Torah écrite, c'est-à-dire H'oumach et Navi, mais cela exclut la Michna et la Guémara. Car cela, il peut l'apprendre de lui-même. Le Choulh'an Aroukh (Yoré Déa, 245, 4), écrit qu'on doit même, payer un enseignant à son fils, qui lui apprendra la Torah écrite. Par contre, on ne sera pas obligé de payer pour lui enseigner la Torah orale. Le Rama écrit qu'on pourra obliger un père récalcitrant à payer à son fils un professeur.

Cependant, le Choulh'an Aroukh Arav (Talmoud Torah, Kountress Haah'aron) établit qu'aujourd'hui, l'essentiel de l'enseignement obligatoire, c'est de lui apprendre à savoir se débrouiller seul dans la Torah orale. Le H'azon Ich (Even Aezer, 145) explique que cela fait partie du devoir du père envers son fils d'aller dans les chemins d'Achem, et que ce n'est pas lié à la guémara citée plus haut.

Suite à cela, plusieurs décisionnaires tranchent qu'on ne peut utiliser l'argent du Maasser pour cela. En effet, puisque c'est obligatoire, on n'aura pas le droit de l'utiliser à ces fins, car le Maasser ne peut servir que pour des choses facultatives. Ceci est l'avis du Béer Chéva (41), le Ahavat H'essed du H'afets H'aïm (2ème partie, chap. 19, 2), et le Chévét Alévy (tome 5, Yoré Déa, 133).
Le H'azon Ich (Orh'ot Rabénou, tome 1, p. 297) lui pense qu'une dépense qu'on doit faire de toute façon ne peut venir du Maasser.

Enfin, il y a ceux qui pensent que cela est permis. Le Pri Ytsh'ak (tome 2, 27), écrit que c'est une grande mitsva que d'utiliser l'argent du Maasser pour payer un enseignant pour les enfants des nécessiteux. De même, puisqu'on ne peut obliger un père à engager un Rav qui apprendra la Torah orale à son fils, on peut donc prendre du Maasser pour le payer. Il rajoute que cela est valable aussi pour les personnes qui ont les moyens, car ce n'est pas une dépense obligatoire.

Les décisionnaires contemporains ont aussi tranché sur ce problème. Le Rav Bloy (Tsédaka Oumichpat, 6, 37) écrit qu'il n'est pas permis de prendre du Maasser pour les enfants de moins de 13 ans, mais pour les grands cela sera permis. Il faudra tout de même soustraire uniquement les frais pour les enseignants, mais pas ce qui correspond aux dépenses pour manger et dormir qu'on aurait de toute façon dépenser. Le Rav Eliachiv et le Rav Nissim Karéilits permettent seulement à celui qui est dans le besoin de prendre du Maasser pour les frais de scolarités des petits. Par contre, les enseignants en dehors des heures de scolarités (les heures de soutien), le Rav Karélits écrit que c'est sûr qu'il n'y a pas de problème. Enfin, le Rav Moché Shternboukh (Tchouvot Véanhagot, tome 5, 283) explique que bien que cela est permis dans tous les cas, il n'en reste que si on utilise le Maasser, on n'aura pas accompli la mitsva d'enseigner la Torah à ses enfants.

En ce qui concerne les filles, c'est aussi l'objet d'une discussion. Le Rav Moché Feinstein (Igrot Moché, Yoré Déa, tome 2, 113) pense qu'on ne peut prendre du Maasser, car de toutes les façons, on est obligés de scolariser les filles selon la loi civile. Par contre, le Rav Ytsh'ak Weiss (Minh'at Ytsh'ak, tome 10, 85), le permet, puisque d'après la Torah, on n'est pas tenue d'enseigner la Torah aux filles.

En conclusion, les avis sont diverses et il est certain que vous pouvez utiliser l'argent du Maasser pour payer les scolarités de vos enfants, car, comme cela a été ramené, vous aurez sur qui vous appuyez. Qu'Achem vous envoie une grande parnassa, et que vous puissiez voir de vos yeux ce qui est marqué dans le traité de Bétsa 16a. A savoir que toutes les dépenses de l'année sont prévues dans le Ciel entre Roch Achana et Yom Kippour, sauf l'argent dépensé en l'honneur du chabbat et des fêtes, ainsi que ce qui sera utilisé pour l'enseignement de la Torah pour nos enfants !
Béatslah'a et kol touv !