L'interdiction de se venger.

23.06.19

Question

Question : Bonsoir, baroukh Achem, l'année dernière, nous avons fait la bar mitsva de notre fils. Un de mes amis que je croyais proche, est venu, mais il ne nous a pas amené de cadeau. Maintenant, il nous a envoyé une invitation pour la bar mitsva de son fils, aussi je n'ai pas très envie de lui donner un cadeau, mais j'ai un peu peur que cela soit de la vengeance. Merci de m'éclairer sur ce qu'il convient de faire qans un cas pareil.
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, votre question est extrêmement intéressante, aussi nous allons essayer de voir dans quels cas, la torah a interdit de se venger. Ainsi, béézrat Achem, nous pourrons établir ce qu'il faut faire pour la bar mitsva du fils de votre "ami".

Dans la paracha Kédochim (19, 18), il est marqué : "tu ne te vengeras pas, et tu ne garderas pas rancune, tu aimeras ton prochain comme toi-même". La guémara (Yoma 23 a) rapporte l'exemple de celui qui demande à son voisin de lui prêter sa faucille, et le second lui refuse. Le lendemain, le second dit au premier s'il peut emprunter sa hache, c'est alors que le premier lui répond : "je ne te prête pas ma hache, comme toi, tu n'as pas voulu me prêter ta faucille". Ceci est de la vengeance et c'est interdit. Qu'est-ce que tenir rancune ? C'est lorsque le premier prête au second sa hache en lui disant : "tu vois, moi, je te prête ma hache, pas comme toi, qui ne m'a pas prêté ta faucille !" Le Messilat Yécharim (chap. 11), explique que l'on transgresse cette interdiction, même si on se conduit avec moins d'amitié envers cette personne.

Celui qui cause un dommage envers son prochain par haine gratuite, transgresse aussi cet interdit, (Rambam, mitsvat 'assé, 302). D'un autre coté, si quelqu'un nous cause un préjudice corporel ou financier, il est permis de lui en tenir rigueur et de le traîner au Bet Din, pour récupérer la réparation de ce méfait. Par contre, s'il ne nous a pas rendu service, comme l'exemple de la faucille, cité plus haut, lui en tenir rigueur, c'est enfreindre l'interdiction de se venger.
Ne pas prêter un objet à quelqu'un, par crainte qu'il l'abîme mais aussi par vengeance est aussi interdit, bien que ce n'est pas par pure revanche, (Ahavat H'essed, chap. 7, 2).

En ce qui concerne, les enfants et les élèves, quelquefois, on a besoin de leur faire comprendre un message, on doit alors leur refaire ce qu'eux-mêmes ont fait subir à autrui, on a le droit. Ceci à condition, qu'il n'y est pas d'esprit de vengeance, mais juste au nom du H'inoukh, (par éducation) dans cette attitude. Par contre, avec son prochain ou son conjoint, ce n'est pas permis, car la plupart du temps se mêle alors l'envie de revanche.

Un Rav, qui a essuyé un affront en public, et n'a pas reçu d'excuse, se doit de se venger et de garder rancune comme un serpent, jusqu'à qu'on vienne lui présenter ses excuses. Il rajoute que si le Talmid H'akham ne garde pas rancune, il sera puni sur le fait que la Torah a été déshonorée ! Toutefois, si cela a été fait en privé, il convient de pardonner, car c'est la conduite digne d'un Talmid H'akham, (Rambam, chap. 7, hilkhot talmoud torah, halakha 13). Le Ritva (Yoma 23a) écrit que le Talmid H'akham a le droit de se venger, uniquement si cela touche un sujet de Torah, sinon cela restera interdit, et il faudra pardonner.

Aussi, dans votre cas, aujourd'hui dans la société, (surtout en Israël), ne pas donner un cadeau, n'est pas un dommage. C'est plus exactement un "révélateur d'amitié", c'est-à-dire que plus on est proche d'une personne, plus le cadeau de la bar mitsva ou du mariage, sera précieux. Les grands-parents offrent un plus beau présent que les collègues du travail, bien que leur cadeau soit plus recherché que celui d'un cousin éloigné qu'on a perdu de vue depuis longtemps, qui ne se déplacera peut-être même pas, et téléphonera juste pour souhaiter Mazal Tov! On peut dire que votre "ami", quand il ne vous a pas offert de cadeau pour la bar mitsva de votre fils, il s'est défini dans l'échelle de vos amis plus bas que vous ne le pensiez ! C'est pour ça que si vous ne lui amenez pas de présent à sa fête, vous ne vous vengez pas, vous vous situez avec lui au degré d'estime auquel il se considère également.

Cependant, attention, on ne peut pas dire la même chose, pour l'exemple de la guémara, que celui qui a choisi de ne pas prêter la faucille s'est défini comme une connaissance qu'on ne peut à ce point faire confiance jusqu'à lui confier ses outils. La raison, comme l'explique le H'afets H'aïm dans son Ahavat H'essed, c'est que prêter un objet à son prochain n'amène pas de perte d'argent, et nous sommes astreints de faire du h'essed, (bonté) à son prochain, contrairement au cadeau, qui est dépendant des liens qu'on a avec la personne qui organise le joyeux évènement.

En conclusion, vous avez le droit de ne pas lui offrir de cadeau. Seulement, vous devrez faire attention de ne garder aucune rancune envers cette personne et de vous conduire avec lui de même manière que vous vous êtes avec les gens de ce niveau de connaissance, c'est-à-dire sans aucune animosité.
Béatslah'a et kol touv!