La mitsva de réprimander son prochain, mode d'emploi.

20.06.19

Question

Question : Bonjour ! Je suis une h'ozérét bitchouva et je viens d'un milieu familial très hostile à tout ce qui est religion. Aussi, j'évite d'aller aux fêtes familiales, quand elles sont contraires au courant de la Torah, mais je m'oblige à faire acte de présence et à donner un cadeau car je viens de ce milieu et je connais leur esprit, puisque moi-même je pensais comme eux avant ma téchouva. A chaque fois, je me heurte au même problème, c'est qu'obligatoirement, je vois des comportements contraires à la halakha, que dois-je faire, me taire et faire semblant de ne rien voir ou alors les réprimander, et ainsi accomplir ma mitsva de "tokhéh'a". Je sais, c'est une question compliquée, mais j'aimerai tant résoudre enfin ce dilemme. Merci d'avance !
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, tout d'abord bravo pour votre courage et vos efforts d'aller au devant de votre famille. Ce n'est pas une situation évidente et beaucoup aurait choisi de s'acquitter en n'assistant pas à ces réunions familiales. D'un autre coté y aller et y rester du début jusqu'à la fin, ce n'est pas toujours permis d'après la halakha. Votre choix est le bon, malgré les efforts que ça peut vous coûter, mais comme dit les Pirké Avot: "selon l'effort, vient le salaire". Il est certain que ne serait-ce qu'une personne qui ferait téchouva en voyant votre conduite, cela valait le coût. Je prie Achem pour qu'il vous envoie les forces pour pouvoir continuer ainsi.

Venons-en à votre question. Nous allons voir, béézrat Achem en quoi consiste ce devoir de réprimander, puis nous parlerons dans quels cas nous en sommes dispensés. Tout d'abord, il est clair que chaque juif a le devoir d'empêcher son prochain de fauter. Nous sommes tous garants les uns des autres, comme la fameuse parabole où l'un des passagers d'un bateau vient à faire un trou à sa place en disant que de toute façon, il a payé sa place. De même, que dans cette histoire celui qui le voit sera responsable de sa propre noyade qu'il aurait pu empêcher, ainsi celui qui voit un autre fauter et ne lui dit rien mérite d'être puni. Si on a la possibilité de l'en empêcher, c'est une obligation de la Torah (Chaar Atsioun, siman 347, 8). Il faut savoir que le Nétivot (siman 3) écrit qu'on a le droit de frapper quelqu'un pour qu'il accomplisse une mitsva à laquelle il est astreint, s'il ne veut pas le faire. Par contre le Ktsot pense que c'est uniquement s'il veut enfreindre un interdit. Bien sûr, aujourd'hui, il est clair qu'on ne frappe pas, tout simplement parce qu'on risquerait gros et qu'à notre époque, les gens n'écoutent pas mieux avec des coups. Le Choulh'an Aroukh (Yoré Déa, 303,1), rapporte qu'on a le droit d'arracher l'habit de son Rav, si l'on sait qu'il y a du chaatnez (mélange de lin et de laine). C'est-à-dire que même si cela peut faire honte, il est permis d'empêcher une faute involontaire. Par contre, le Rama pense que c'est uniquement quand la avéra est délibérée, qu'on peut faire honte.

Il arrive souvent qu'on préfère se taire en préconisant le fameux principe qu'il est préférable que celui qui faute, le fasse sans faire exprès, plutôt qu'on lui explique l'interdit, et que cela devienne pour lui volontaire, car on sait qu'il continuera de transgresser malgré la remarque. Il convient de savoir que cette règle n'est valable que si les 3 conditions suivantes sont réunies :
  1. La remontrance ne sera pas acceptée d'une façon à 100% sûre.
  2. L'interdit ne compte pas parmi celles qui sont écrites clairement dans la Torah.
  3. Celui qui transgresse le fait sans savoir que c'est interdit et non pas quand il fait exprès.

En tous cas, s'il y a une chance que ce reproche soit accepté, il faut le faire même si le issour (l'interdit) est d'ordre rabbinique. Quand on sait par avance que nos paroles ne seront pas écoutées, si c'est un interdit clairement marqué dans la Torah, si on se tait, on ne risque pas de partager la punition du fauteur, cependant le devoir de tokhéh'a subsiste tout de même. Ainsi pense le Rama (Orah' H'aïm, 608), par contre le Smag et les Tossafotes (rapportés dans le Biour Halakha) pensent qu'on est dispensé dans un cas pareil de faire des reproches… Aussi, le Biour halakha conclut qu'il est écrit "tu réprimanderas ton prochain" d'où ressort cette obligation de faire des tokhah'ot ne concerne que ton prochain qui accomplie la Torah comme toi mais si c'est un méh'alel chabbat (transgresse le chabbat) devant tout le monde ou celui qui ne veut pas faire une mitsva délibérément, il perd ce titre et donc, on n'a pas le devoir de lui faire des remarques. Enfin, le Biour Halakha ramène le Séfer H'assidim que cette mitsva ne concerne que quand on a un lien avec le fauteur et qu'on peut se permettre de lui faire des remarques sans qu'il nous en tienne rigueur. Mais s'il risque de nous haïr ou qu'il vienne à se venger contre nous, on en est dispensé.

En conclusion, si c'est quelque chose qui est fait exprès, on fera la remarque quand même. Mais s'il risque de nous en vouloir, jusqu'au point de se venger ou de nous haïr, il vaut mieux se taire. Il faut savoir, qu'à partir du moment où on ne le connaît pas, il y a de fortes chances, qu'il puisse vouloir nous haïr à cause d'une remarque. C'est pour cela que c'est préférable de ne faire de remarque qu'au gens proches, car on a une influence sur eux et qu'il y a une chance de pouvoir les changer. En effet, il est écrit "tu ne haïras pas ton frère", et juste après "réprimande ton prochain" (Kédochim,19, 17), car le reproche doit venir par l'amour de notre prochain et le souci de le voir trébucher. Non pas, par envie d'exhiber ses défauts.
Béatslah'a et je me tiens à votre disposition si vous avez besoin de plus de précisions.