Peut-on faire la Amida 2 fois ?

20.06.19

Question

Question : Chalom, vous allez être un peu étonné de ma question, comment peut-on à ce point être distrait, mais je me suis dit que je devais demander la question, et que ça soit une kapara pour ma négligence. Alors, la question elle est qu'il y a de ça quelques jours, je manquais beaucoup de sommeil, et après le travail je devais me rendre à un mariage. Aussi, j'y suis parti et après la H'oupa un arvit a été organisé sur place, alors j'ai fait arvit. Tout d'un coup, quand j'étais en pleine amida, je me suis rappelé que j'avais déjà fait arvit après le travail. A la vérité, je ne savais pas quoi faire, alors dans le doute, je me suis arrêté net, je ne sais pas si j'ai bien fait, mais j'aimerai bien savoir ce qui faut faire dans un cas pareil. Merci d'avance pour votre réponse !
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, tout d'abord, je tiens à vous rassurer, vous n'êtes pas si distrait que cela, je connais d'autres personnes à qui cela est arrivé. De plus, il faut savoir que ce cas fait l'objet d'un siman entier dans le Choulh'an Aroukh, le siman 107 dans Orah'H'aïm, c'est donc qu'il considère que cela peut arriver.
Aussi, béézrat Achem, nous allons essayer d'y répondre.

La guémara de Bérakhot 21 a rapporte que Rabbi Eliézer dit que si quelqu'un est en doute s'il a prié, il n'a pas le droit de refaire son amida. Par contre, Rabbi Yoh'anan pense qu'il n'y a aucun problème à prier plusieurs fois pendant toute la journée. Rachi au nom du Bahag, les Tossafot, le Rif, le Roch et le Choulh'an Aroukh, (107, 1) tranchent la halakha comme Rabbi Yoh'anan. La guémara poursuit et ramène l'opinion de Chmouel, que si une personne se trouve au milieu de la amida et qu'il se rend compte qu'il a déjà prié, il se doit d'arrêter de suite. Apparemment, tout le monde est d'accord avec les propos de Chmouel, alors qu'il semblera, qu'il soit en contradiction avec Rabbi Yoh'anan. Les Richonim répondent à cette contradiction de 3 façons :
  1. Les Tossafot ramènent le Ri qui répond que Rabbi Yoh'anan parle dans le cas où on est en doute si on a fait son amida, mais si on est sûr d'avoir prié, on n'aura pas le droit de la refaire une 2ème fois.
  2. Le Rif pense que Rabbi Yoh'anan ne concerne que lorsqu'on prie sans minian, lorsqu'on a déjà fait ses tfilot obligatoires. C'est ce qu'on appelle une téfilat nédava, comme un don que l'on offre à Achem, de la même façon qu'on le faisait au temps du Bet Amikdach. C'est pour cela que cela ne peut être fait que par une personne et pas par un minian, car il n'y a pas de sacrifice non-obligatoire et public. Par contre, les propos de Chmouel, qu'il faut s'arrêter au milieu de sa téfila, ne concernent que lorsqu'on a commencé en pensant que c'est obligatoire et ensuite qu'il se rende compte qu'il a déjà prié. Puisque ce n'est pas possible de faire une amida à moitié obligatoire et l'autre moitié "nédava".
  3. Enfin, il y a le Rabénou Haï qui pense que Rabbi Yoh'anan ne parle que lorsqu'on a déjà prié et qu'on veut faire une téfilat nédava, il faut rajouter quelque chose en plus pour que cela pas une simple répétition, comme un cadeau qui se doit d'être personnel et non pas une imitation. Chmouel, par contre parle quand on n'a pas rajouté, c'est pour cela qu'il faut s'arrêter de suite.
Le Choulh'an Aroukh tranche comme le Rambam et le Roch, qui penchent comme le Rabénou Haï, qu'on ne peut faire une téfilat nédava que si on y rajoute une chose nouvelle, et pas comme le Rif qui ne sollicite pas cette condition. Quant à celui qui se rend compte qu'il a déjà prié, le Choulh'an Aroukh ramène ce qu'a dit le Rif, que ce n'est pas possible de faire moitié nédava, moitié obligatoire. Bien que le Rachba pense qu'il peut continuer, le Bet Yossef tranche comme la plupart des Richonim qu'on doit s'arrêter de suite.

Le Biour Halakha rapporte que la prière de Arvit, dans la guémara est considéré comme facultative. Aussi, on aurait pu penser que celui qui commence son Amida de Arvit en croyant qu'il ne l'a pas encore faite, et qu'il se rappelle qu'il l'a déjà faite, pourrait continuer. En effet, toute la raison pour laquelle il faut s'interrompre, c'est pour ne pas faire une prière à moitié obligatoire et à moitié facultative, mais puisque Arvit est facultatif, on pourrait croire qu'on peut la continuer même si on se rend compte qu'on l'a déjà fait. Cependant, il conclut qu'étant donné qu'aujourd'hui elle est devenue obligatoire, on devra donc s'arrêter. Il semblerait que cela soit l'avis du Choulh'an Aroukh et du Ben Ich H'aï, parachat michpatim, 14, car ils ont dit cette halakha sans énoncer de différences entre les différentes tfilot. De même, le Or Létsion (tome 2, chap. 45, 34) pense de cette façon en ajoutant que bien que le Rachba permet de continuer à toutes les tfilot, et que le Rambam pense qu'à Arvit, il convient de continuer, on fera comme ce qu'il ressort du Choulh'an Aroukh, c'est-à-dire de s'interrompre même à Arvit. Toutefois, le Kaf Ah'aïm (107, 12) et le H'azon Ovadia (h'anoucca, p. 191) écrivent qu'à Arvit on continuera en rajoutant une demande nouvelle en s'appuyant sur les avis qui ne sont pas d'accord avec le Biour Halakha. Il convient de rajouter ce que marque le Choulh'an Aroukh (107, 1), qu'à chabbat et à Yom tov, on ne fait pas de tfila nédava, et donc ces jours là même à Arvit, il faudra s'interrompre dès qu'on se rend compte que l'on a déjà prié. La raison est car on n'apportait pas de sacrifices facultatifs ces jours là.

En conclusion, si on se rend compte au milieu de la Amida qu'on a déjà prié, il faut s'arrêter de suite, mis à part à Arvit de h'ol (en semaine), où on continuera, en pensant qu'on fait une téfilat nédava (prière facultative), et on rajoutera une demande personnelle dans une des bénédictions du milieu (de la 4ème à la 16ème) en rapport avec la brakha. Il faut que cette demande soit nouvelle et qu'on n'a pas l'habitude de la faire.
Béatslah'a et à bientôt !