Transporter le chabbat dans une aire de jeux.

19.06.19

Question

Question : Bonjour, je sors avec mes enfants le chabbat dans une aire de jeux. C'est un espace complètement fermé de tous cotés. Aussi, je voulais savoir si on pouvait déplacer des objets aà l'intérieur. En effet, les enfants enlèvent leur manteau et on voulait savoir si on pouvait les faire passer d'un endroit à un autre, tout en restant dans cette aire de jeux. Merci d'avance pour votre réponse.
 

Réponse

Réponse : Chalom ouvrakha, votre question est très intéressante, mais aussi extrêmement pointue, puisqu'elle touche aux halakhot relatives à l'interdiction de transporter des objets le chabbat. C'est pour cela, que je vous propose de voir ensemble, béézrat Achem, les définitions des différents domaines, ou cet interdit est mis en pratique.
Le Choulh'an Aroukh, Orah' H'aïm, 345, 1 dénombre 4 différents domaines où les règles de cet interdit seront différentes :
  1. Le réchout ayah'id, c'est-à-dire le domaine privé, qui est un endroit d'au moins 4 sur 4 tfah'im, (32 cm d'après le Rav H'aïm Naé, ou 38.4 cm selon le H'azon Ich) entouré de séparations hautes de 10 tfah'im, (80 cm d'après le Rav H'aïm Naé, ou 96 cm selon le H'azon Ich), on y ale droit de transporter des objets sur toute la surface. Ce sont par exemple nos maisons.
  2. Le réchout arabim, domaine public, ce sont les rues et les places qui sont larges de minimum 16 amot, (7.68 m ou 9.21m), qui ne sont pas toiturées et n'ont pas de séparations. Ensuite, le Rama rajoute une autre condition, c'est qu'il y est au moins 600 milles personnes qui y passent. D'après, le Choulh'an Aroukh, les rues des grandes villes remplissent donc ces conditions. Il y est interdit de transporter plus de 4 amot. Il n'est pas permis de faire passer un objet du réchout ayah'id au réchout arabim.
  3. Le carmélit, un domaine neutre, car il n'est ni réchout arabim, ni réchout ayah'id. Ce n'est pas tout à fait un domaine public car il ne sert pas au passage d'un grand nombre de gens, mais il ne peut être domaine privé car il n'a pas de séparations. La mer, les vallées ou les endroits où les magasins mettent leur étalage sont considérés comme carmélit. De par leur dimension ou leur coté peu pratique, l'endroit ne permet pas de pouvoir circuler librement et l'empêche de prendre le nom de domaine public. Il a les mêmes règles, plus ou moins que le domaine public, sauf que l'interdit est d'ordre rabbinique, contrairement au réchout arabim, où celui qui porte un objet 4 amot enfreint un ordre de la Torah. Il faut également qu'il est une surface d'au moins 4 tfah'im. Il n'est pas permis de passer une chose du carmélit à un autre domaine ou à l'inverse.
  4. Le makom ptour, c'est un espace qui est plus petit que 4 sur 4 tfah'im, plus haut que 3 tfah'im. On aura le droit de passer quelque chose d'un autre domaine au makom ptour et à l'inverse.
Tout ceci, n'est pas exhaustif, car les détails qui peuvent changer la désignation de chaque domaine sont nombreux. Juste rajoutons en un auquel vous avez fait allusion dans votre question, à savoir la propriété. Si une cour fermée avec des séparations de 96 cm de haut, de tous les cotés appartient à plusieurs propriétaires, les H'akhamim ont vu que cela ressemble à une rue où circulent plusieurs personnes et qui est la propriété de plus d'une personne. Aussi, ils ont demandé que les différents propriétaires s'associent sur une certaine quantité de pain et qu'on le dépose dans une des maisons, montrant ainsi que la cour n'est attenante qu'à cette maison, comme si, qu'il n'y avait qu'un propriétaire.
Maintenant, regardons ensemble à quel groupe peut ressembler une aire de jeux ?
Apparemment, cela ressemble au réchout ayah'id, domaine privé, puisque vous dîtes qu'il est fermé de tous cotés. Quoiqu'il faut faire attention à vérifier 3 détails importants :
  1.  Comment est faite l'entrée. En effet, si l'entrée est plus large que 4.80 m et  qu'il n'y a pas au dessus un linteau, ce sera estimé comme une brèche dans les méh'itsot, (séparations), et cela ne sera plus considéré comme entouré de tous cotés passant alors au stade de carmélit où il est interdit de porter à l'intérieur.
  2. De plus, il y a lieu de vérifier à qui appartient cette aire de jeux. Est-ce que c'est la propriété de la municipalité et donc on n'aura pas besoin de érouv, car alors c'est considéré comme appartenant à une seule personne, puisque c'est le conseil municipal qui détient le pouvoir de décider les changements à faire. Si, par contre, cela est sous la copropriété d'un immeuble, il faudra vérifier s'il y a plus d'un juif dans cette copropriété, car dans ce cas, on aura besoin d'un érouv.
  3. Enfin, il faut s'assurer que cet espace ne répond pas à la définition du "karpéf", dont parle le Choulh'an Aroukh siman 358. Qu'est-ce que le karpéf ? C'est une arrière-cour, comme qui dirait un terrain vague qui se situait derrière les maisons, et qui ne servait pas vraiment à l'habitat. C'est une surface entourée de séparations hautes de 10 tfah'im, et qui devrait répondre à la définition de réchout ayah'id. Mais à cause de sa grande surface et qu'elle ne sert pas vraiment à habiter, on peut facilement l'assimiler à un domaine public, s'il commençait à être trop grand.  Aussi, les H'akhamim ont interdit de porter, dans un terrain de plus de 50 sur 100 amot, 1150 m² ou 1680 m², c'est-à-dire environ 34 sur 34 m ou 41 sur 41 m, ce qui représente plus ou moins la surface d'un immeuble. Ceci, seulement dans le cas où ce terrain, n'a pas de maison à l'intérieur. Ou alors même s'il a une habitation, dans le cas où il n'y a pas d'accès direct du logement à cette cour. Ou également, s'il y a une maison, mais elle a été construite après les murs qui entourent ce terrain, car cela démontre que les séparations n'ont pas été faites pour habiter à l'origine.

En conclusion, il n'est pas évident de transporter dans une aire de jeux car pour la plupart des cas, elle est considéré comme un karpéf. C'est-à-dire qu'elle a souvent plus de 40 m sur 40m, et qu'il n'y a pas d'habitation à l'intérieur, il ne sera pas permis d'y transporter. J'espère que les quelques éléments que je vous ai donné, vous aideront à savoir la halakha et de la comprendre. Quoiqu'il en soit, les détails étant nombreux, je vous conseille de prendre contact avec un Rav, pour qu'il puisse vous demander les questions qui permettront de voir, est-ce que des détails importants n'ont pas été omis.
Béatslah'a et kol touv !
(Yom 2, 14 Sivan, 5779).