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Une cuillère de critique pour dix seaux d’encouragements

Parfois il faut faire des remontrances. Mais quand, comment et combien peut-on en faire ? C’est ce que nous allons voir dans cet article.

| 13.01.20 | 10:00
Crédit : Shutterstock
Il n’est pas possible d’éduquer des enfants en ne faisant aucune remarque ou remontrance. Parfois, il est essentiel d’utiliser notre main gauche pour repousser. Néanmoins, nous devons utiliser cet outil de façon tout à fait délicate, précise et utile.

Pour ce faire, nos Sages nous donnent deux conseils qui paraissent a priori, contradictoires. D’une part, il est écrit que c’est une Mitsva de faire des remontrances et celui qui néglige cette ordonnance prendra sur lui la faute qui en découlera.

D’autre part, il est écrit qu’il est interdit de faire une remontrance si l’on sait que celle-ci ne sera pas écoutée. De nombreuses conditions doivent être réunies pour être apte à émettre une critique, pour savoir qui est en mesure d’accepter la remontrance et qui ne l’est pas et tous ces détails doivent être étudiés.

Toutes ces conditions n’étaient pas encore actuelles lorsque Yaacov Avinou émit une remontrance contre son fils ainé, Réouven (dont la faute a été d’avoir déplacé la couche de son père dans la tente de Léa). Néanmoins, Yaacov était certainement apte à émettre une critique et savait exactement comment le faire, et Réouven quant à lui, était sûrement apte à accepter la remontrance de son père. Et pourtant, Yaacov Avinou a choisi d’attendre 48 ans avant de faire un reproche à son fils. C’est à la veille de sa mort qu’il s’est décidé à lui exprimer ses griefs. Et Rachi de nous expliquer (Dévarim 1, 3) : « (Yaacov a attendu autant de temps) pour ne pas que Réouven s’en aille et s’attache à Essav ». Nous parlons ici de la remontrance émise par Yaacov Avinou, notre patriarche ! Nous parlons d’une remontrance parfaite, sans cris ni drame. Nous parlons de la remontrance faite à Réouven, l’ainé des tribus, certainement le plus apte d’entre tous à accepter les paroles de son vénéré père. Et pourtant… il existe ce doute lointain que cette critique n’entraine Réouven à s’éloigner et à chercher à se rapprocher de son oncle Essav. C’est cela qui a fait peur à Yaacov et qui l’a motivé à attendre autant d’années pour exprimer sa remontrance.

Le Rav Pinkus zatsal (Ohel Myriam, Discours sur l’éducation) nous enseigne à partir de ce passage un enseignement fondamental pour nous, parents. Nous devons, nous montrer particulièrement vigilants avec cette arme dangereuse nommée ‘’critique’’. En effet, nous avons le « mérite » dans notre génération de voir de nombreux « tontons Essav » douteux dans les rues. Combien de tentations nous entourent au quotidien ? Combien de dangers guettent nos enfants au jour le jour ?  Et comme nous le dit si bien le Rav : « Nous devons nous retenir et ne pas donner de grands coups dans le tas. A l’époque, cela était peut-être utile. Mais de nos jours, il existe tellement de personnes mal intentionnées qui attendent avec avidité que nos enfants s’éloignent de nous pour se rapprocher d’eux. Ils s’inquiéteront ensuite sûrement de leur fournir « la chaleur » et « l’amour » nécessaires pour remplacer leurs parents et la maison de leur enfance. Que D. préserve ! »

Les tentations nouvelles de notre génération nous obligent, nous, les parents ou professeurs, à bien faire nos calculs et faire montre d’intelligence. Si notre enfant se sent rejeté, inutile et bon à rien, la rue aura vite fait de lui faire signe et de l’attirer vers elle. Les Sages de notre génération nous enseignent que pour chaque cuillère de remontrance, nous devons accorder dix seaux remplis d’encouragements et de compliments mêlés à un intérêt vif et réel des besoins de nos jeunes. C’est la dose recommandée. Et même ainsi, nous devons réserver notre critique et l’émettre seulement dans un moment propice, un moment où les cœurs sont proches et où nos paroles seront acceptées avec amour. Ce n’est que dans de telles dispositions que notre reproche aura peut-être une chance d’influencer et de permettre la réussite.

Le Pélé Yoets a ainsi merveilleusement bien résumé cette idée : « De la même façon que pour la guérison du corps les pratiques, les traitements et la médecine en général ont changé et ont évolué, il en est de même pour la guérison de l’âme : dans nos générations où l’insolence règne, de dures paroles ne feront qu’empirer la situation. Les remèdes d’antan ne pourraient guérir les maladies d’aujourd’hui ; il en est de même pour ce qui est de la santé psychologique. Ainsi, celui qui souhaite redresser ceux qui sont tordus, ne leur prodiguera que de bonnes et douces paroles. Et c’est alors que peut-être, ils entendront et ouvriront leurs cœurs comme il est dit (Proverbes 25, 15) : « Un doux parler brise la plus dure résistance ». En agissant ainsi, on éloigne l’hostilité et l’on n’entraine pas notre prochain à se diriger dans le mauvais chemin.
Que nous ayons ainsi tous le mérite de toujours accorder la bonne dose d’encouragements et d’amour et que nous éprouvions une grande satisfaction de nos enfants. Amen.