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Vayigach

Rav Zamir Cohen - Le respect de chacun

La grandeur d’âme de Yossef Hatsadik

| 03.01.20 | 09:36
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Au moment où Yossef, vice roi d’Egypte, dévoila sa véritable identité à ses frères, la Torah écrit : « Yossef ne put se contenir malgré tous ceux qui l’entouraient. Il s’écria : « Faites sortir tout le monde d’ici ! » Et nul homme ne fut présent lorsque Yossef se fit connaitre à ses frères. »

Il n’est pas écrit dans le verset que Yossef ne put se retenir de leur révéler qu’il était leur frère. Ce qu’il ne pouvait supporter c’est que les gardes égyptiens, du plus important des soldats à la plus simple des sentinelles, les entourent au moment de cette révélation. Et Rachi de nous expliquer : « Yossef ne put supporter que les Egyptiens soient présents et voient la honte de ses frères lors de son dévoilement ».
Le Midrach Tanhouma (Vayigach 5) voit en cet acte de bravoure exceptionnelle et ce sacrifice de soi un enseignement profond pour chacun d’entre nous. « Yossef s’est mis en grand danger. Car si ses frères en étaient venus à le tuer, personne n’en aurait rien su. (…) Yossef a pensé : « Il vaut mieux que je me fasse tuer plutôt que de faire honte à mes frères face aux Egyptiens ».

Yossef savait pertinemment, que lorsque ses frères apprendraient que le vice-roi d’Egypte qui se tenait devant eux n’était autre que leur frère vendu des années auparavant, ils s’attendront à ce que celui-ci savoure sa vengeance. Mais en choisissant de rester seul face à 11 frères forts et costauds, ceux-ci comprendront qu’ils ont la possibilité de s’attaquer à lui et pourront aller jusqu’à le tuer. D’autre part, Yossef savait que s’il se dévoilait en présence de ses gardes égyptiens, ses frères subiraient une grande honte. La rougeur leur monterait au visage avant que celui-ci ne vire au blanc cireux. Yossef a donc préféré risquer sa vie plutôt que de faire honte à ses frères en public.
Nous voyons également ce comportement exemplaire avec Tamar qui a préféré se faire condamner plutôt que de faire honte à Yéhouda.
Rabbi Chimoon Bar Yo’hay nous enseigne : « Mieux vaut pour l’homme de se jeter dans une fournaise ardente que de faire pâlir autrui en public ». En réalité, qu’y a-t-il de si grave à « faire pâlir » autrui ? Et pourquoi devons-nous tellement faire d’efforts pour ne pas en arriver à humilier quelqu’un ?
Quand on humilie quelqu’un, on le touche à deux niveaux : on le brusque physiquement mais on blesse aussi son âme, sa Néchama. Dans le Talmud (Baba Métsia 58b) il est expliqué que lorsqu’une personne a honte, son sang monte jusqu’à son visage (d’où le rougissement) mais qu’ensuite, le sang redescend et le visage devient pâle. Ce processus est considéré par Hachem comme un véritable meurtre : on ne fait pas couler le sang, mais on ne lui fait faire qu’un seul tour, ce qui n’est pas moins grave.

La Néchama –l’âme- est nommée aussi Kavod (Honneur, respect), comme il est écrit (Téhilim 30, 13) : « Da la sorte, mon âme Te chantera sans relâche » : la Néchama chante en permanence des louanges au Créateur. Le mot hébraïque « Kavod » possède les mêmes lettres que le mot « Kaved » (lourd/imposant). Ainsi, l’âme est imposante, importante et de grande valeur et c’est pour cela qu’elle est aussi nommée « Kavod ». En faisant honte à autrui, on dénigre l’importance et la valeur de sa Néchama : on le touche ainsi non seulement physiquement (en entrainant les changements de couleur du visage) mais aussi psychiquement en affectant son âme !

C’est pour cette raison que le Talmud nous rapporte (Baba Métsia 58b) que trois fautes ne permettent pas à la personne de sortir du Guéhinam (l’enfer) (si celle-ci ne s’est pas repentie et ne s’est pas excusée) : celui qui a commis un adultère, celui qui a fait honte à son prochain en public et celui qui a fait une mauvaise réputation à son prochain. »

Nous apprenons donc de ce passage l’importance d’être extrêmement vigilant à ne pas faire honte à autrui. Que ce soit un directeur envers ses collaborateurs, un homme envers son épouse ou vice-versa ainsi qu’un maître envers son élève ou encore un parent envers son enfant. En effet, même si les enfants doivent être éduqués, il est strictement interdit de les blesser ou les humilier lorsque l’on prononce une critique, car l’enfant aussi possède une âme et a besoin de respect. Ainsi, il est écrit dans les maximes des pères (4, 12) : « Que l’honneur de ton élève te soit aussi cher que le tien propre ».
Chabbat Chalom