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Interview

La fille du Rav Kanievsky nous raconte la vie dans la maison de ses parents

« D’un point de vue matériel notre niveau de vie était bas. Nous étions à l’étroit. Mais mon père nous faisait sentir que la Torah était au dessus de tout. » La Rabbanite Kolodetsky dans une interview nostalgique sur la maison de ses parents.

| 31.12.19 | 11:21
La fille du Rav Kanievsky nous raconte la vie dans la maison de ses parents
Il est tôt ce matin-là. Un vent frais souffle dans les rues encore endormies de Bné Brak, cette vile de Torah. Néanmoins, la synagogue Lederman de la Rue Rachbam est animée comme si nous étions déjà au beau milieu de l’après-midi. C’est en cet endroit que commence la journée de la Rabbanite Kolodetsky, la fille du prince de la Torah Rav ‘Haïm Kanievsky  chlita et de la Rabbanite Batchéva Esther Kanievsky.
Depuis le décès de la Rabbanite en 2011, sa fille la remplace dans ses nombreuses activités. Chaque jour, ce sont des centaines de femmes qui affluent afin de recevoir une bénédiction, un conseil, un avis ou juste une accolade chaleureuse de la Rabbanite. Une étreinte qui redonne des forces pour la journée, la semaine et même bien au-delà.
Je n’ai pas cessé d’essayer de diriger notre entretien vers ses nombreuses activités pour les femmes d’Israël dont j’ai été témoin tout au long de ma présence sur les lieux. Mais à chaque fois, la discussion revenait sur sa mère la Rabbanite Batchéva ou sur son père, le Gaon Rav ‘Haïm Kanievsky chlita. La Rabbanite me dit qu’en fait, toutes ses forces, elle les puise de ses parents exemplaires : « Mes années d’enfance sont celles qui m’ont construite. Toute ma vie je la dois à mes parents ».

La mère de tout le quartier
La maison de la famille Kanievsky d’il y a plus de 50 ans était une maison pleine de vie. Il n’y avait pas un seul instant qui ne soit pas consacré à une activité. Une fois c’est une femme qui doit accoucher en plein milieu de la nuit qui veut juste s’asseoir sur la vieille chaise du Steipeler zatsal (le beau-père de la Rabbanite) afin de mériter d’avoir un bon accouchement. Une autre fois c’est une femme au cœur brisé qui n’a pas une tranche de pain à offrir à ses enfants. Parfois ce sont des célibataires qui veulent ressentir la proximité avec la Rabbanite. De la bonté 24 heures sur 24. C’est dans cette atmosphère qu’a grandi la Rabbanite Léa Kolodestky. C’est cet oxygène qu’elle a respiré depuis son jeune âge.

Quels souvenirs ou quelles histoires gardez-vous en mémoire de la maison où vous avez grandi ?
« Ma mère était une femme exceptionnelle. Elle aimait prodiguer du bien aux autres. Depuis mon enfance (et sûrement même avant) j’ai vu ma mère faire toujours preuve d’un don de soi exceptionnel. Elle passait son temps à donner aux autres en renonçant  à son confort personnel. Et elle faisait cela avec beaucoup de patience. Elle allait très souvent rendre visite aux malades et le peu d’économies qu’elle avait, elle l’utilisait pour aider une mariée dans le besoin ou pour d’autres indigents. Elle agissait toujours avec intelligence et sensibilité. Il est important de signaler qu’aucun membre de la famille n’a jamais souffert de ces nombreuses activités. Maman trouvait toujours le temps de nous préparer convenablement pour l’école et pour nous accompagner. L’après-midi, à notre retour, la maison était toujours propre et ordonnée. Pas un seul ustensile ne se trouvait dans l’évier. Sur le feu, mijotait notre repas qui nous était servi avec beaucoup d’attention et d’amour, malgré des matinées bien remplies. »

Elle réussissait tout de même à vous accompagner à l’école ?
« Oui bien-sûr. Non seulement elle nous accompagnait mais on la surnommait « l’autobus du quartier » : nous emmenions aussi les enfants des voisins. Lorsque l’une de nos voisines se sentait faible ou qu’elle était partie à l’hôpital pour donner naissance, c’est elle qui gérait leur maison. Chaque seconde était utilisée pour faire le bien. Ma mère était une femme active et débrouillarde : elle parvenait à aider des dizaines de femmes et à les sortir de situations compliquées. Et cela, elle parvenait à le faire tout en gérant un foyer béni de nombreux enfants ainsi qu’en répondant aux besoins de son mari géant en Torah afin qu’il ait l’esprit libre de toute occupation et qu’il puisse se consacrer à l’étude de la Torah. Elle était l’adresse pour les orphelins. Elle était liée à chacun de tout son cœur, dans les joies, comme dans les peines… »

Comment vous sentiez-vous en tant que petite fille de parents si grands ? Est-ce que cela vous demandait de renoncer à certaines choses ou de respecter certaines obligations ?
« Oui, c’est sûr que cela demande un certain renoncement de soi. Mais je dois préciser que l’éducation à la maison était douce, agréable et joyeuse avec le sentiment que ceci doit être notre objectif dans la vie. Nous avons toujours eu un sentiment d’élévation et de satisfaction. Nous accomplissions notre mission de façon naturelle, de la même manière que de nombreux autres foyers de Torah mènent leur vie dans cette perspective. Il est vrai que d’un point de vue matériel, notre niveau de vie était bas. Nous étions certes à l’étroit, car  nous étions 8 enfants à dormir dans une petite chambre remplie d’armoires mais cependant, nos parents nous faisaient sentir que nous vivions ainsi pour la Torah et que cela n’était en fin de compte pas si gênant. »

L’inspiration divine de mon père
Mes mains tremblent lorsque j’écris le nom du prince de la Torah le Gaon Rav Haïm Kanievsky chlita. Les miracles et les histoires prodigieuses que l’on raconte au sujet du Rav ont traversé les mers et les océans. La Rabbanite peut-elle nous décrire un peu son lien avec son vénéré père ?
La Rabbanite prend une profonde inspiration avant de répondre : « Ce qui est ancré en moi depuis mon jeune âge c’est l’histoire de la vie de mon père, sa sainte étude de la Torah, sa raison d’être. Son étude était et est permanente : 365 jours par an. Nous avons grandi dans cette ambiance de Torah : la Torah c’est notre vie. La Torah est belle est agréable. La Torah est plus importante que tout. Je pense que mon père a mérité une chose rare, qui n’est accordée qu’à quelques très rares personnes dans la génération : l’inspiration divine. Cela n’est pas un sujet dont on parle généralement devant tous, mais puisque vous me posez la question, je vais vous raconter une chose que je n’ai pas oubliée. Quand j’étais enfant, mon père a écrit un livre sur les lois concernant les sauterelles. En effet, il existe dans la Torah des lois précises sur les types de sauterelles dont la chair est permise ou interdite à la consommation. Généralement, les signes distinctifs se repèrent sur le corps de la sauterelle. Un jour, mon père eut besoin de vérifier une chose à ce propos et devait examiner le corps d’une sauterelle. Mon père chercha dans nos livres d’école pour voir s’il s’y trouvait une quelconque explication sur les sauterelles, mais tout était trop vague pour que cela ne l’aide clairement. Mon père était dans le doute. Soudain, à notre grande surprise, une sauterelle a fait irruption sur le mur du couloir de notre petite maison. Pendant quelques minutes la sauterelle resta dans la même position et mon père put l’examiner afin de pouvoir déterminer les détails dont il avait tant besoin. Ajouter un seul mot à cette histoire serait superflu… »