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Développement de la personnalité

Aveuglés par notre propre vision des choses

Pourquoi tous les experts pensaient qu’Alfred Dreyfus était réellement coupable ?

| 30.12.19 | 01:00
Crédit : Shutterstock
Il est difficile de changer sa personnalité. Même si l’on nous donne les meilleures raisons de le faire. Même si au fond de nous-mêmes nous connaissons la vérité, il est très difficile de changer de comportement. Parfois, cette difficulté nous pousse à fermer les yeux face à la réalité et pire, nous pouvons même en arriver à voir ou à imaginer des choses qui n’existent pas. Nous avons tendance  à voir uniquement ce que nous voulons voir. Tout le problème réside dans notre subjectivité : nous sommes tellement profondément touchés et impliqués que nous n’arrivons pas à percevoir la réalité telle qu’elle est. C’est comme si l’on se soudoyait nous-mêmes. Et à ce propos nos Sages nous disent : « Soudoyer les érudits les rend aveugles ».

L’affaire Dreyfus
Nous connaissons tous l’histoire d’Alfred Dreyfus. Cet officier juif jugé coupable en 1894 d’avoir trahi la France. Un bordereau avec des informations importantes transmises à l’Allemagne a été retrouvé dans les bureaux de l’armée. Une enquête a été immédiatement ouverte et très rapidement, différentes « preuves » (qui, soit dit entre nous, étaient motivées par l’antisémitisme latent qui régnait à l’époque) ont été découvertes. Trois preuves principales ont conduit à la déchéance de cet officier de l’armée française sur la place publique puis à son emprisonnement pendant de longues années.

Quelles étaient donc ces preuves ? La similitude de son écriture avec celle du bordereau suspect fut la première des preuves apportées. Les enquêteurs ont ensuite fouillé dans la vie personnelle d’Alfred Dreyfus et sont remontés jusqu’à ses années d’école et d’études. En questionnant les professeurs, ils ont découvert qu’il avait appris plusieurs langues et qu’il avait une excellente mémoire. Et c’est ainsi que ces trois données ont mené à l’erreur de nombreux enquêteurs. Un espion doit connaitre plusieurs langues et avoir une très bonne mémoire…

Pourquoi étaient-ils tous tellement convaincus de la culpabilité de Dreyfus ?
Pendant de nombreuses années et jusqu’à tout récemment, cette question n’a cessé de tarauder certains. Certains affirment que les haut-gradés de l’armée l’ont accusé à tort parce qu’ils en avaient reçu l’ordre. Mais la plupart des historiens ne  retiennent pas cette version. Ils affirment plutôt que les enquêteurs en question ont réellement cru que les preuves apportées contre le capitaine Dreyfus étaient assez évidentes pour prouver sa culpabilité. Des preuves sans aucune valeur ont paru aux yeux de très nombreuses personnes comme pourtant assez solides pour envoyer un homme en prison à perpétuité !

Heureusement, pour lui, le capitaine Dreyfus n’a pas fini ses jours sur l’Ile du Diable : la vérité a enfin pu être dévoilée et le vrai coupable a été condamné. Un officier du nom de Picard croyait également en la culpabilité de Dreyfus. Jusqu’au jour où le doute s’insinua en lui : le coupable était peut-être un autre homme.
En effet, il découvrit que la transmission d’informations à l’Allemagne se poursuivit même après l’emprisonnement de Dreyfus.             

Il découvrit également qu’un autre officier avait une écriture étonnamment ressemblante à celle du bordereau suspect. Picard transmit alors ses découvertes à ses supérieurs, mais à sa grande surprise il se confronta à une nonchalance choquante : ses supérieurs décidèrent d’ignorer ces nouvelles preuves. « Quelles preuves apportes-tu ici ? » lui dirent-ils. « Au maximum, cela nous montre qu’il y a un autre espion parmi nous qui a appris à imiter l’écriture de Dreyfus et qui continue ses opérations malgré l’arrestation de Dreyfus… Mais cela n’enlève rien à la culpabilité de Dreyfus… »

Finalement, le colonel Picard réussit, après dix années d’acharnement (durant lesquelles il a lui-même été emprisonné à plusieurs reprises pour non allégeance à l’armée), à faire libérer le capitaine Dreyfus et à faire inculper le véritable coupable.

Qu’est ce que cela vient nous apprendre sur le cerveau humain ?

On appelle «  raisonnement motivé », la tendance de l’homme à chercher constamment à imposer ses propres idées et à prouver le bon fondement de sa raison sans pour autant chercher la vérité mais  uniquement en cherchant à servir ses propres intérêts. C’est une sorte de stratégie de justification erronée.

Ce sont des pulsions inconscientes qui se trouvent en nous, comme des peurs ou des désirs qui tracent la façon dont  nous allons interpréter les choses, souvent à contresens. C’est cela qui nous pousse à ne croire que les arguments qui nous arrangent. Les autres idées ou preuves que nous entendons nous paraissent alors comme de terribles ennemis.

Bien entendu, cette tendance a une influence considérable sur notre vie, sur les valeurs que nous défendons, sur notre mode de pensée, sur nos relations sociales, sur nos décisions. Cela a parfois même une influence sur notre santé.
La grande problématique c’est que ce raisonnement motivé nous fait croire, à tort, que nous sommes objectifs dans notre jugement et que nous agissons de la meilleure manière qui soit, alors que c’est tout le contraire qui se produit.

Nous avons donc ici un exemple parfait qui nous fait comprendre à quel point l’homme peut être trompé par la recherche de son propre intérêt, à quel point il peut se voiler la face, ignorer la vérité et malheureusement, entrainer de nombreuses personnes dans son sillon infernal.
En revanche, lorsque l’homme s’accroche à la vérité, sans compromis aucun, il parviendra à ses fins et les autres admettront finalement l’immuable vérité.