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Hannouca

Le message de ‘Hanouka : Suis-je à plaindre ? by Léa Bennaïm

Pourquoi est-ce si dur parfois de remercier ? Pourtant, cette capacité à voir le bien en nos vies semble au contraire être un acte procurant satisfaction.

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Dans quelques jours nous allons célébrer la fête de ‘Hanouka. Nos sages insistent sur la place que la reconnaissance occupe durant ces 8 jours. Ces derniers ont été fixés comme des jours où nous exprimons à D. notre reconnaissance pour les miracles passés… et ceux que nous vivons chaque jour.

Nous devons remercier et louer D. pour tout ce que nous possédons, pour tous les événements positifs de nos vies, pour toutes les personnes que nous aimons, pour tous les bienfaits dont nous sommes conscients  mais aussi pour tous les miracles dont nous bénéficions et que souvent, nous ne remarquons même pas.

Cette fête de ‘Hanouka est la dernière à avoir été instituée par nos Sages. Rabbi Nahman de Breslev parle de celle-ci comme d'une forme de Bikour 'holim (visite aux malades) : en ces jours d'hiver, en cette période de fin d'exil, où l'obscurité est si grande, D. vient en nos demeures pour nous éclairer et sa visite a la force même de nous guérir de tous nos maux. Car oui, nous sommes malades. Malades de ne pas pouvoir voir Hachem et d'être loin de lui, malades de ce si long et douloureux exil. Tous nos problèmes prennent leur source dans la difficulté à découvrir et à voir la main bienveillante de D. Rabbi Nahman parle de הסתרה שבתוך ההסתרה, d’un double voile qui cache la présence divine.
 L'Admour de  Slonim lui-même parle de ‘Hanouka et de l'allumage de la ‘Hanoukia comme d'un remède, d’un médicament.
Pour mériter de vivre pleinement ‘Hanouka, nos Sages nous expliquent que nous devons remercier et louer D. pendant toute la fête et, grâce a cela, nous parviendrons à Le louer et Le remercier toute l'année.

Etre reconnaissant est le propre du juif. Le juif, en hébreu Yéoudi, du verbe Léodot, remercier, est dans son essence un être reconnaissant. Jusqu’à ce que les épreuves l'accablent et qu'il commence à ressentir de la difficulté à voir et ressentir que D. l'aime. Alors remercier devient pour lui un challenge et pas des moindres. Rabbi Nathan de Breslev nous explique que justement, quand une personne se sent loin de D., accablée par les problèmes et où, même prier devient difficile, alors justement, le remerciement lui permettra de reprendre confiance en l'amour que D. lui porte. Remercier lui permettra alors de renouer ses liens avec Hachem, ces liens que les épreuves ont défaits.
Mais pourquoi est-ce si dur parfois de remercier ? Pourtant, cette capacité à voir le bien en nos vies semble au contraire être un acte procurant satisfaction.

Dans la Parachat Vayichla'h que nous avons lue ce précédent Chabbat nous découvrons certaines réponses à cette difficulté que nous éprouvons à dire merci.
Lorsque Yaakov combat l'ange d’Essav, il finit par lui demander son nom. Mais celui-ci ne lui répond pas : le mal change régulièrement de masque. Il cherche par tous les moyens à nous éloigner de D. Ses arguments changent selon les caractéristiques de sa proie ou selon son humeur. Notre devoir est  de le débusquer ! Qui est-il ? Quelle petite voix aujourd'hui me pousse à ne pas remercier, à mettre le focus sur mes problèmes ? Nous avons tous notre propre penchant, nos propres voix intérieures qui savent très bien nous convaincre que « nous sommes réellement à plaindre ». Le remerciement se transforme alors en une lointaine illusion.

A nouveau, lors de la rencontre d’Essav et Yaakov nous découvrons un secret susceptible de contrer ce mauvais penchant qui ne veut pas nous voir vivre dans la gratitude envers notre Créateur. Apres des années, lorsqu’Essav revoit son frère il lui dit : "Je possède beaucoup". Ce à quoi Yaakov, lui répond : "Je possède tout".
Voila le secret : En effet, Essav  sait qu'il possède beaucoup, mais cela n’est pas suffisant. Le regard de Yaakov est à l’opposé. Pour Yaakov, rien ne lui manque. Il possède tout, et celui qui possède tout, est empli de reconnaissance envers Celui qui lui a prodigué toutes ces bontés.
Dans notre vie de tous les jours, la difficulté à remercier est souvent due à notre tendance à nous plaindre, à nous voir comme de pauvres personnes envers qui la vie est cruelle. Non, nous ne sommes pas ingrats, à D. ne plaise, mais il  nous manque encore tant de choses…
Tel Haman dans l’histoire de Pourim, qui, malgré tout ce qu'il possède est tellement abattu de voir Morde'haï refuser de se prosterner face à lui." Plus rien n'a de valeur !", dit-t-il.

La difficulté réside dans le fait que "les manques" dans nos vies prennent le dessus sur le bien. Dans cette petite voie intérieure qui nous murmure que nous sommes à plaindre. Que la vie est injuste envers nous, que « si…. et si… » alors « nous serons enfin véritablement heureux… »
‘Hanouka vient nous guérir et nous rappeler que la voie vers la guérison est justement celle du remerciement. Là où nous avons du mal, nous reprenons confiance et nous nous efforçons de lutter contre ces pensées obscures pour laisser briller l'amour d'Hachem en nos cœurs et ainsi éclairer nos vies. Faisons l’effort de développer une vision positive de nos vies. Essayons d’affuter cette capacité à être sensible au bien que D. nous prodigue.

Comme cette petite fiole d'huile pure que les Maccabim trouvèrent et que le Rav Chmoulevits considère comme « Un baiser d'Hachem », apprenons nous aussi à être sensibles aux baisers quotidiens de D…
 
Léa Bennaïm, fondatrice de LéOvdekha Béemet est conférencière en Israël. Dans le cadre de son association, elle organise des cours et des conférences en Israël mais également des voyages sur les Kivré Tsadikim en Israël et en Ukraine. Vous pouvez la contacter au 054-550-23-38