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Parents et Enfants

Où es-tu mon joli ballon ?

Un ballon qui s'envole au loin. Une crise de larmes. Une lutte contre la tristesse. Et une pensée. Une idée qui développe la foi simple et pure.

| 08.12.19 | 01:00
Crédit : Shutterstock
Récemment, je me suis rendue à un anniversaire avec mes enfants. La joie était au rendez-vous. La maison où se déroulait l’évènement était décorée pour la circonstance. Fleurs et ballons accrochés ornaient les murs et les chaises. Mes enfants étaient au comble de la joie : les anniversaires, c’est toujours extraordinaire !

Une fois la fête terminée, mes enfants ont eu le mérite de pouvoir emporter quelques ballons avec eux. Quelle joie ! Quels sourires ! Je dois préciser que les dits ballons étaient gonflés à  l’hélium. C’est à dire que l’on pouvait les tenir grâce à un fil solide accroché à l’extrémité. Chacun était tout fier de pouvoir tenir son ballon dans la main. Mais attention de bien garder le fil en main de peur qu’il ne s’échappe. Tant bien que mal, nous avons réussi à finalement tous rentrer dans la voiture (devenue légèrement trop petite pour tous nous contenir – c’est sans vous détailler l’espace vital qu’il nous restait une fois tout le monde casé, ballons compris !)

Il était tard. Les enfants étaient nerveux. Ils étaient serrés. Ils avaient chaud. Ils se disputaient déjà sur les couleurs de leurs ballons : « Moi je veux le rouge ! » « Pourquoi tu en as deux blancs ? » Bref, je passe les détails.
C’est au  moment de sortir de la voiture que tout a explosé. Sans que personne ne comprit comment, le ballon de mon fils trouva moyen de glisser entre ses doigts et… de s’envoler vers le ciel.

Il fallait voir mon petit garçon de 8 ans, pâle et démuni entouré de ses frères et sœurs qui n’avaient pas non plus l’air joyeux. Il ne restait qu’une demi-seconde avant la crise. Et quelle crise. Je n’aurais jamais imaginé que la fuite d’un ballon pouvait à ce point affecter un enfant. Avec le bébé dans les bras, j’essayais de calmer mon fils tout en lui disant que « ce n’est rien je vais t’en acheter un autre ».

Je crois qu’en montant, mes enfants ont réveillé tout l’immeuble ! L’euphorie du moment les avait tous contaminés et ils pleuraient à chaudes larmes, y compris le bébé qui, on ne sait pourquoi, a décidé de se joindre à la chorale…
Tant bien que mal, nous sommes enfin rentrés à la maison et c’est avec un soupir de soulagement que j’ai refermé la porte. Mon fils était inconsolable. Je n’ai jamais vu une telle peine dans ses yeux. J’avoue que j’étais quelque peu bouleversée de le voir ainsi. J’ai dû m’armer de patience et d’amour pour l’aider à se calmer.

A court d’idées, je lui ai dit, sans trop croire que cela fonctionnerait : « Mon chéri, tu as tellement de peine que ton ballon se soit envolé ? A ce point ? » Il me fit un léger oui de la tête, entrecoupé d’un sanglot. Mes autres enfants étaient aussi autour de moi pour entendre ce que j’allais dire. Puis je me suis adressée à ma fille de 3 ans : « Ma poupée, tu vois, ton frère a beaucoup de peine. Accepterais-tu de lui prêter l’un de tes deux ballons ? Est-ce que tu crois que tu peux être Mévatéret (renoncer en hébreu) ? » C’est avec bon cœur que cette petite chérie, haute comme trois pommes accepta. « Merci, mon ange, tu viens de faire une grande Mitsva ».

Je poursuivis : « Mon fils, tu as peur que ton ballon ne s’explose dans le ciel, c’est ça ? » « Oui maman » (Nouvelle crise de sanglots). « Tu sais, tout ce que fait Hachem est pour le bien. Il y a peut-être en ce moment un petit oiseau qui a mal à l’aile. Il a du mal à voler et il a miraculeusement trouvé ton ballon pour se poser dessus. Tu imagines, tu viens de sauver un oiseau, mon cœur ! »

Ne me demandez pas d’où j’ai trouvé cela, mais ce que je sais, c’est que ces paroles ont réussi à le calmer et nous avons même essayé d’imaginer d’autres scénarios joyeux pour son ballon. En fait, le message que j’ai voulu faire passer à mon fils est le suivant : on ne sait pas pourquoi le ballon s’est envolé, mais cela aussi c’est Hachem qui l’a décidé ! Et c’est pour le bien ! « Kol ma chéavid, Rahamana letav avid » Tout ce qui est perdu, l’est aussi pour le bien, même si nous ne le voyons pas…

Plus tard, je réfléchissais à cette grande peine qu’a eu mon petit garçon ! Il est vraiment sensible sur certains points. Les psychologues qui liront ceci diront sûrement qu’il a du mal à se détacher. Que la rupture lui est difficile : A-t-il vécu une rupture dans sa vie ? Une séparation difficile ? Non, je vous rassure, rien de tout cela. Mais je pense que chez certains enfants cela s’exprime de façon plus importante que chez d’autres, voilà tout. En fait, la solution est déjà là. La solution c’est la vie. C’est se relever malgré les échecs. C’est comprendre que nous perdons tous des choses. Nous vivons tous des déceptions et ce que nous devons faire c’est tout simplement avoir les bons outils pour y faire face. Pour surmonter les épreuves. C’est comme cela que l’on travaille sa Emouna, sa foi : sur les petites choses depuis le plus jeune âge.

Outre cette idée, je posais un autre regard sur cet évènement : ce ballon qui s’est envolé, m’a fait à moi aussi de la peine.
Où es-tu mon joli ballon ?
Où t’envoles-tu ?
Ce ballon, il est un  peu comme mon enfant : où es-tu mon enfant ?
S’il te plait, ne t’éloigne pas, ne t’envole pas vers ta colère ! Mon chéri, lorsque je te vois ainsi, j’ai le cœur en peine. Je te vois tout rouge. Je vois tes larmes qui coulent. Je vois ta souffrance. Et quand tu seras grand, je la verrai aussi. Je verrai lorsque tu seras en colère contre un ami qui s’est « envolé », qui t’a tourné le dos. Je verrai lorsque tu seras déçu. Et je prie pour que tu sois fort. Pour que tu trouves en toi les forces intérieures pour dépasser cela. Pour grandir de cela. Mais ce que je sais, c’est que je te verrai aussi lorsque tu te rempliras d’espoir. Lorsque tu reprendras confiance en la vie, en l’amitié, en l’amour. Lorsque tu reprendras confiance en toi. Et c’est ainsi, avec une prière dans le cœur, que j’ai enfin pu m’endormir avant d’affronter une nouvelle journée pleine de défis… Des défis, petits et grands. Bref, les défis de la vie.

Audélia Hattab pour Hidabroot France