QUAND LA SOLUTION EXISTE MAIS QU'ON NE LA VOIT PAS

| 14.08.17 | 15:02
QUAND LA SOLUTION EXISTE MAIS QU'ON NE LA VOIT PAS

Parfois, face à une difficulté, la question qui se pose n'est pas de savoir si une solution existe, mais si on serait prêt à l'accepter une solution qui existe.

Cette question se pose plus souvent qu'on ne le croit. En fait, elle est aussi fréquente que ces problèmes qui durent. Ces problèmes qui durent tellement que l'on peut se demander si la personne qui en souffre ne serait pas devenue son propre bourreau, en faisant justement en sorte que le problème dure.

Mais qui serait assez fou pour agir de la sorte ? Quel serait l'intérêt ? En analyse, on préfère la question : « quel serait le profit ? », du fait qu'à part les personnes hélas malades mentalement, l'homme ne fait rien sans s'être projeté au préalable. Dit autrement, les actes ont un but car ils ont une intention réelle, qui les porte, de l'idée à la réalisation. Une intention parfaitement calculée, même si celle-ci peut dérouter une tierce personne qui en serait le témoin, puisque ce témoin reste étranger à une logique entièrement subjective.

Aussi revenons à ces personnes qui entretiennent leurs problèmes, le plus souvent inconsciemment. Leur « profit » est donc… d'avoir des problèmes. En quoi est-ce un profit ? Quand une personne se définit par son rapport à l'échec, cela lui donne une fonction, une place. Une place peu enviable il est vrai, mais une place tout de même. Ce peut être la place de celui qui est à plaindre car la vie n'a pas été tendre avec lui. Ce peut être également la place de celui qui se met en scène dans un scénario délirant, par lequel il exprime à ceux qui l'ont étouffé jadis (même s'ils ne sont pas là pour le voir), le résultat de leur cruauté passée. Cela ressemble à un panneau indicateur sur lequel il serait écrit : « Voilà ce que vous avez fait ». Une dédicace posthume étrange, dérangeante, effrayante.

Nous comprenons à présent pourquoi il n'est pas exagéré de se demander si on serait vraiment prêt à accepter une solution qui existe. Peut-être préférerait-on considérer celle-ci sans vraiment la voir ; peut-être préférerait-on la refuser en bloc. 

La Torah évoque ces réactions que l'homme devant les solutions que la vie lui propose. Ou plutôt, que D.ieu lui propose. Car si on accepte de voir le monde comme une demeure gigantesque, le Maître de maison (Pirqei Avoth 2,15) en est incontestablement D.ieu ; quant à nous, les hommes, nous sommes en quelque sorte Ses invités. Or quand l'hôte demande à son invité de franchir une porte de sa demeure, accepter est bien la moindre des politesse !

Le début du livre de Chemoth raconte l'asservissement graduel des enfants d'Israël par les Égyptiens. D.ieu fait tacitement de Phar'o, roi d'Égypte, le responsable de l'esclavage auquel Il soumet Son peuple. Mais dans la Parachath Vaéra, l'issue au problème apparaît soudain. La « porte » que D.ieu présente donc aux enfants d'Israël et à toute l’Égypte, c’est la porte de la délivrance. Qui va croire en sa réalité ? Qui franchira cette porte, qui passera cette étape existentielle que D.ieu propose aux oppresseurs (à qui D.ieu offre de laisser partir ceux qu'hier encore ils accablaient) et aux opprimés (à qui D.ieu offre d'accepter une liberté à laquelle ils ont peut-être cessé de croire) ?

Nous observons trois comportements distincts, qui sont autant de leçons pour nous.

  • Moché croit à l’existence de cette porte. Puisque D.ieu avertit de la fin de l’exil, c’est tout bonnement que l’exil est terminé ! Moché est appelé le plus humble de tous les hommes (Chemoth 12,3). L’humilité est la faculté d’effacer sa propre volonté pour mieux laisser transparaître celle de D.ieu. Grâce à son humilité, Moché, l’homme de D.ieu (Tehilim 90,1) comme il est justement appelé, peut voir clairement la porte de la délivrance et l’ouvrir avec une foi parfaite.
  • Les enfants d'Israël entendirent Moché leur parler de cette porte, mais ils n’écoutèrent pas Moché, à cause du souffle court et de la dure servitude (Chemoth 6,9). Ils ne crurent pas que la porte, pourtant là, face à eux, puisse exister, et puisse encore moins être ouverte puis franchie. Pourquoi donc ? Parce qu’ils étaient désespérés. Parfois, la solution est là, devant nos yeux, mais nous refusons de la voir, nous refusons d’y croire car les soucis ou la tristesse nous aveuglent littéralement. Il faut alors espérer qu’un être sage et sensible trouve les mots pour nous aider à ouvrir les yeux, comme Moché sut le faire avec son peuple, si l’on peut dire.
  • Phar'o et son peuple étaient tout aussi aveugles. Mais contrairement aux enfants d'Israël, eux se sont délibérément aveuglés. C’est ce dont témoigna lui-même Phar'o quand il répliqua à Moché : « Qui est donc D.ieu, pour que j’écoute Sa voix ? » (Chemoth 5,2). Des trois attitudes, celle-ci est assurément la plus tragique. On ne trouve pas la porte, on ne trouve pas la solution, non parce qu’elles n’existent pas, non parce qu’on ne les voit pas, mais parce qu’on n’en veut pas de toute façon ! Vis-à-vis des Égyptiens, D.ieu a usé de rigueur, comme les dix célèbres plaies en témoignent.

Toutes les portes que D.ieu envoie sont des solutions à nos états, qui promettent (et permettent) le passage à un état supérieur. À ce titre, elles doivent être considérées avec foi et, autant que faire se peut, avec cette foi naïve de l’enfant mêlée à cette lucidité de l’adulte.

David Benkoel est coach et analyste
pour plus d'information voir http://www.torahcoach.fr

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