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''Vous êtes viré !''

Le visage du directeur du Talmud Torah pâlit. Au moment même où il visitait l'école avec un donateur potentiel, un désordre incroyable régnait dans une des classes. Les chaises étaient renversées, les enfants jouaient aux voitures tamponneuses, et le pire, l'enseignant était au sol et jouait avec les enfants

| 04.09.16 | 21:20
''Vous êtes viré !''
« Il prit ensuite le Statut qu'il déposa dans l'arche; il appliqua les barres à l'arche, plaça le propitiatoire par-dessus  (Chemoth 40, 20) »
Nos Sages ont dit que l'arche soutenait ceux qui la portaient. Ce ne sont pas ceux qui portaient l'arche qui la maintenaient : cela veut dire, ajoute le Rav Aharon Lewin de Reicha, que la Torah d'Israël conduit dans la juste direction ceux qui l'étudient. Dans les autres sciences, les découvertes ou les doctrines sont dirigées pas la volonté de leurs auteurs vers les directions qu'ils désirent.
A l’inverse, la Torah exige de ceux qui l'étudient qu'ils adaptent leurs avis et façons de penser à ce qu'elle enseigne.
De même, on peut ajouter que les traits de caractère ne doivent pas guider l'homme, mais c'est à lui de soumettre ses penchants, en dominant complètement ses colères et ses envies, sa recherche des honneurs et des plaisirs. Nous devons nous régenter par notre cerveau, et non pas l'inverse.
Lisez ce qui peut arriver quand ce n'est pas le cas.

Tout le monde se rapelle sauf lui...

L'histoire suivante nous a été envoyée par Rav Néta-Shlomo Silber de Monsey qui l'a lui-même entendue du Rav Haim Feivel Shnebalg auquel elle a été personnellement racontée par son acteur principal, le directeur d'une grande école.
 
"Dans mon école" a raconté le directeur, "il y a de très nombreux enseignants, avec lesquels je m'entends très bien, mis à part un professeur qui excelle dans le désordre et la négligence. Tout ce que je conclus avec lui, il l'oublie peu de temps après...
Quand par exemple, je décide de mettre en œuvre un nouveau règlement pour les enseignants, ils l'appliquent sans problème, sauf lui... Il ne se rappelle tout simplement pas qu'on lui a indiqué quelque chose ou fait exactement l'inverse.
Je l'aurais licencié depuis longtemps, mais cela me poserait un problème. Bien que, personnellement je ne puisse pas le supporter, tous les enfants qui ont passé par sa classe étudient de manière exemplaire. Même les élèves problématiques se développent étonnement bien dans sa classe. Les parents lui sont également acquis, et à chaque réunion de parents d'élèves, c'est lui qui récolte le plus de louanges.
Je n'avais pas d'autre choix que de l'accepter tel qu'il était, et de continuer à l'employer dans le Talmud Torah, avec tous ses caprices.
J'ai fait abstraction de tout, jusqu'à ce que la conduite scandaleuse de ce maître a dépassé toutes les limites au cours d'un évènement surréaliste.

Il a tout entendu

Le nombre d'écoliers de notre structure allant en grandissant, l'immeuble à notre disposition est devenu trop petit. J'ai appris qu'un magnat souhaitait offrir un complexe à une école à la mémoire de ses parents. J'ai pris contact avec lui et nous avons convenu d'une visite dans nos locaux.
En préparation de la visite, j'ai rassemblé tout le personnel en leur expliquant qui était la personne qui allait venir. Je leur ai annoncé que notre homme entrerait dans chacune des classes et qu'il fallait s'assurer que tout soit propre et ordonné, ainsi que garantir l'attitude respectueuse des enfants.
Le professeur qui me causait les ennuis participait également à cette réunion et a entendu avec ses collègues les instructions. A cette période, il avait annoncé à ses élèves que s’ils lui donneraient entière satisfaction en étudiant avec assiduité tout un traité de Michna, ils leurs donnerait un cadeau. Lequel ? Des voitures tamponneuses... C'est à dire que tous les enfants renversent leurs chaises et les font voyager à travers la classe en essayant de tamponner leurs voisins.
Les écoliers savaient et avaient bien compris qu'en étudiant très sérieusement ils auraient droit à une journée récréative et c'est pourquoi ils se sont attelés à finir le traité de Michna en se prêtant même à un examen validant leurs connaissances.
Le jour venu, la personnalité que nous attendions tous visitait notre école, classe après classe. Il  était impressionné par le sérieux des élèves et les méthodes d'apprentissage mais aussi par l'ordre et la propreté méticuleuse de chaque espace. Ceci est resté vrai jusqu'au moment où il a ouvert la porte de la classe de l'enseignant distrait. Dès que la scène est apparue, j'ai été au bord d'une crise cardiaque grave...
C'était exactement le moment choisi par le professeur pour récompenser l'assiduité de ses élèves en jouant aux autos-tamponneuses. Notre honorable visiteur a découvert une scène effrayante de désordre monstre, toutes les chaises étaient renversées, les enfants roulaient au sol et un brouhaha indescriptible régnait. Et comme si ce n'était pas suffisant, l'enseignant lui-même était assis par terre, et jouait avec les enfants...

L'enseignant a essayé de se justifier

Mon visage est devenu blanc comme linge. Je ne pouvais pas croire qu'il me faisait ça. Immédiatement, je me suis platement excusé auprès du magnat, pour le spectacle désolant qui lui était offert. Même le professeur s'est excusé pour l'apparence négative de sa classe.
Pourtant, malgré ces excuses, j'ai fermement décidé d'en finir avec cet homme. Dès que le visiteur a pris congé, j'ai convoqué l'enseignant dans mon bureau et lui ai dit "prends tes affaires et pars. De tes propres mains, tu as détruit d'un seul coup un projet pour lequel je m'étais longuement investi. Il est évident qu'après ce qu'il a vu, on n'entendra plus jamais parler de ce riche bienfaiteur !"
Le professeur a à nouveau essayé de se justifier en disant qu'il avait oublié les instructions que j'avais donné. Mais cette fois, je n'ai pas été dupe. Je lui ai même crié "comment est-ce possible, prends tes affaires et pars." Choqué, il m'a dit "je voulais juste vous dire que j'ai dix enfants à nourrir, et vous me laissez sans subsistance !" 
Mais je ne voulais rien savoir, je lui ai dit "ça ne m'intéresse pas, tu m'as causé un tel dommage que je ne te dois plus rien".
Comprenant qu'il ne tirerait plus rien de moi, il a quitté l'école, la tête basse.
Mais avant que deux jours ne se soient écoulés, un de mes enfants s'est cassé le pied. Le lendemain, un autre de mes fils s'est cogné contre une vitre et s'est sévèrement blessé. Deux jours plus tard, ma fille s'est retrouvée le cou bloqué et ne pouvait plus la bouger. Et pour couronner le tout, ma femme est tombée dans la rue et s'est cassé une main et une jambe. »
Comprenant que cette succession de problèmes n'était pas naturelle, le directeur de l'école s'est rendu chez un des grands en Torah de la génération pour lui exposer ses difficultés. "As-tu causé une peine à quelqu'un récemment ?" fut la réponse immédiate. Hochant de la tête en signe d'acquiescement, le directeur déroula toute l'histoire qui l'avait mené à licencier l'enseignant sans état d'âme.
Le sage a dit "ce que tu as fait est grave, va immédiatement concilier le professeur et sache que tu es en grand danger." Le directeur, sans perdre une minute et ravalant sa fierté a appelé le maître en le suppliant de lui pardonner et d'accepter de retourner à son poste.
Avec bonté, l'homme répondit qu'il pardonnait le mal qui lui avait été fait mais qu'il ne souhaitait pas retourner à son poste car il avait été recruté par une autre école.
La suite des évènements a été tout simplement incroyable.
"Une semaine plus tard" raconte le directeur, "je reçois une lettre de ce donateur qui m'invite à passer dans son bureau car il désire offrir les fonds nécessaires à la construction de la totalité du complexe scolaire que nous désirions. Dans sa lettre, il expliquait avoir visité de nombreuses institutions satisfaisantes, mais rien ne l'avait marqué comme ce qu'il avait vu dans notre école. La rigueur du contact entre le personnel et les enseignants l’avait gêné dans l’ensemble des établissements visités, contrairement au notre où des relations très chaleureuses existaient entre les professeurs et les élèves. Pour preuve, notre homme, assis au niveau des enfants, jouant avec eux. C'est exactement une école avec ce modèle de partage de savoir que je cherchais à aider et à lui offrir de nouveaux locaux", conclusion de cette lettre bouleversante.
"Mon ventre s'est retourné. Cette histoire a complètement modifié ma façon de regarder les choses. D. m'a clairement montré que nos yeux ne voient pas tout !"
Le Rav Shnebalg conclut en apprenant deux leçons de cette histoire. Tout d'abord, nous devons apprendre à dominer nos moments de colère. Souvent, nous nous mettons en colère contre une chose ou une personne et au même moment nous déversons sur elle des flots de paroles injurieuses que nous ne pourrons pas nous pardonner ultérieurement. Sans retenue aucune et en laissant libre cours à notre énervement, il est possible de tout perdre avec une seule parole.

C'est justement lorsqu'arrive une épreuve et que nous ressentons être à bout de nerfs que notre devoir premier est le silence.
Quand une personne est en colère, surtout quand elle a des raisons "vraies", elle doit savoir qu'il est impossible d'être maître de ses propos. La situation risque facilement de quitter toute proportion. La meilleure solution pour échapper aux conséquences désastreuses de ce type d'évènement est de se taire. Heureux l'homme qui met en application ce conseil.

La deuxième leçon que l'on peut tirer de cette histoire, c'est qu'une personne ne saura jamais d'où viendra son salut. Parfois, il nous semble qu'en employant certains moyens, nous arriverons à nos fins et Hachem nous prouve exactement l'inverse.
Notre devoir est de nous conduire avec droiture et demander à Hachem qu'Il nous conduise dans le bon chemin.

Extrait du livre « Bare'hi Nafchi » qui contient des enseignements du Rav Its'hak Zilberstein.