Une Torah de vie

Les honneurs funèbres

Comment honorer nos défunts ? Lois et histoires

Les honneurs funèbres

La mitsva

La Torah nous ordonne d’enterrer les morts, comme il est écrit : « Tu auras soin de l'enterrer le même jour » (Déutéronome/Dévarim 21,23).

Cette obligation incombe à tout un chacun : même un sage âgé – ou encore le maître de la génération – à qui il ne sied guère de prendre part à un enterrement, devront néanmoins s’occuper des devoirs funèbres envers les morts.

Rabbi Israël s’affaire pour enterrer un mort

Lorsque Rabbi Israël Salanter séjournait dans la ville de Kovno, une femme très pauvre décéda. Les membres de la ‘Hévra Kadicha (service funéraire) de Kovno et ceux de Slobodka se disputèrent la responsabilité de prendre en charge l’enterrement de cette pauvre femme. Chacun prétendait que ce devoir incombait à l’autre. Cette discussion eut lieu à la synagogue, au beau milieu de la prière de cha’harit. Alors que l’assistance s’apprêtait à réciter le Chemoné Essré, Rabbi Israël interrompit sa prière, retira ses Téfilin et appela ses élèves à le rejoindre pour enterrer cette femme. Rabbi Israël expliqua : « Il s’agit d’une halakha : si un mort n’a personne qui se charge de l’enterrer, toutes les mitsvot sont repoussées jusqu’à ce qu’il soit inhumé. »

Ajourner l’enterrement

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On doit s’efforcer de ne pas ajourner un enterrement, comme il est dit : « Tu ne laisseras pas sa dépouille passer la nuit… » (Deutéronome/Dévarim 21,23), car cela constitue une grande souffrance pour le défunt. En outre, il faudra s’efforcer de l’enterrer avant le coucher du soleil. Néanmoins, si cet ajournement est décidé en l’honneur du défunt, par exemple pour laisser à ses proches le temps d’arriver, pour se procurer les accessoires mortuaires, ou encore pour annoncer son décès publiquement, la chose est permise.

Interrompre l’étude la Torah

On doit interrompre l’étude de la Torah pour accompagner un défunt jusqu’à sa dernière demeure. Cette règle n’a été énoncée que pour un enterrement où l’on ne parvient pas à réunir dix personnes. Si la personne décédée est un Talmid ‘Hakham, chacun devra interrompre son étude jusqu’à ce que six cent mille personnes prennent part au cortège funèbre. En outre, si ce Talmid ‘Hakham enseignait la Torah, il n’y a aucune limite au nombre des participants à la procession funèbre, tout un chacun devra interrompre son étude pour s’y rendre.

Une personne qui n’est pas en train d’étudier la Torah au moment de l’enterrement devra, quant à elle, s’y associer invariablement, quelle que soit la qualité du défunt. De nos jours, on doit interrompre son étude pour n’importe quelle personne décédée. En effet, il n’existe plus vraiment de personnes qui ne connaissent pas au moins quelques versets de la Torah ou quelque enseignement des Sages. On a coutume de suivre cette ligne de conduite pour toute personne, même pour un enfant en bas âge.

Dans les écoles

Cependant, en aucun cas on n’interrompra l’étude des enfants étudiant la Torah dans les écoles. De même, les écoliers et leurs professeurs ne devront pas interrompre leur étude pour prendre part à une procession funèbre, car ils sont tenus de respecter l’emploi du temps imposé par l’école.

Interrompre son travail

Lorsqu’il y a un mort dans une ville, tous ses habitants doivent interrompre leur travail jusqu’à ce qu’il ait été enterré. Mais si certaines personnes se chargent de l’enterrement (un comité funéraire par exemple), les autres habitants pourront continuer leur travail. Toutefois, au moment où le mort est conduit vers sa dernière demeure, tout le monde est tenu d’interrompre son travail.

Une grande ville

Dans les grandes villes où les enterrements sont fréquents, la coutume veut qu’on n’interrompe son étude que lorsqu’on connaît le défunt ou les endeuillés, ou si la procession funèbre passe devant nous.

Accompagner le mort (lévaya)

Quiconque assiste à un convoi mortuaire et ne prend pas part à la procession transgresse l’interdit de « loeg larach » [narguer le pauvre]. Pour cette faute, il mérite d’être placé en anathème (nidouï). Il convient par ailleurs d’accompagner le mort en parcourant au minimum la distance de quatre amot (environ 2 mètres). Il n’est pas obligatoire d’accompagner le défunt jusqu’au cimetière. On doit cependant veiller à ce qu’au moins dix hommes restent présents au moment de l’enterrement, même si cela implique un grand dérangement. Ceci, de manière à pouvoir dire le Kaddich et la bénédiction des endeuillés, et pour que le défunt ne quitte pas ce monde délaissé.

Un enterrement à Jérusalem

Rav Yossef ‘Haïm Zonnenfeld, le rav de Jérusalem, avait à cœur de prendre part à tous les enterrements des érudits de sa ville. Il grimpait avec la procession funèbre jusqu’au mont de Oliviers, et n’en repartait qu’une fois que la tombe avait été refermée. En 1899, une procession funèbre sortit du quartier juif de Jérusalem en pleine après-midi, la veille du second jour de fête de Pessa’h. En approchant du mont des Oliviers, l’assistance découvrit soudain un spectacle effarant : un cortège composé de plus de trente mille Arabes arrivait de Jéricho et marchait en direction du mont des Oliviers, pour un pèlerinage que les musulmans appellent « Nabi Moussa ».

Une rencontre avec ces milliers d’Arabes, enflammés par un esprit religieux, signifiait un danger certain pour le petit groupe de Juifs prenant part à l’enterrement. Aussitôt, on décida que seuls les plus jeunes se rendraient jusqu’au cimetière, et s’efforceraient d’y conduire le corps le plus rapidement possible, avant que le cortège arabe ne les aient rejoints. On demanda donc au Rav Zonnenfeld de rentrer chez lui aussitôt, pour éviter de s’exposer aux pèlerins arabes.

Mais le Rav refusa de rebrousser chemin : tel un jeune homme, il se précipita en courant jusqu’à la grande route menant au sommet de la montagne, et avança tout droit à la rencontre de la procession des fidèles musulmans. Lorsque les premiers pèlerins l’eurent rejoint, il se dressa au sommet d’un muret et fit signe au Cheikh arabe qui dirigeait le cortège de s’arrêter. A la surprise de ses compagnons, celui-ci obtempéra et fit signe à ceux qui le suivaient de s’arrêter sur-le-champ. Le Cheikh se dirigea ensuite vers Rav Yossef ‘Haïm, le salua et lui déclara que c’est uniquement par respect pour lui et le renom dont il jouit, qu’il avait accepté d’interrompre ainsi la marche des pèlerins. Le Rav le remercia, et indiqua à la procession funèbre qu’elle pouvait reprendre sa marche en direction du cimetière. Après l’enterrement, ils durent cependant attendre longtemps au sommet du mont des Oliviers, jusqu’à ce que la foule d’Arabes les dépassent et que la route se libère. Lorsqu’ils arrivèrent à Jérusalem, la prière d’arvit du soir de la fête de Pessa’h avait déjà commencé…

 « La Torah commence par un acte de bonté et se termine par un acte de bonté… Elle se termine par un acte de bonté comme il est dit : “Il fut enseveli dans la vallée du pays de Moab…“ »

Cet extrait est issu du livre « Une justice de paix, Une société fondée sur les principes de la Torah » publié par les éditions Jérusalem Publications, avec leur aimable autorisation.

 

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