Haazinou

Haazinou. La richesse – un danger pour la spiritualité

Certaines communautés habillent notre sainte Tora de riches étoffes, la parent de perles et de pierres précieuses. On orne les parchemins sacrés de belles enluminures argentées, on les conserve dans des Arches somptueuses en bois et en or finement ciselé. A Sim’hat Tora, les membres de ces communautés chantent et dansent en son honneur, et pensent ainsi se rendre quitte de leur devoir envers elle. Mais la Tora n’a que faire de tous ces artifices cérémonieux lorsque ces mêmes hommes l’excèdent et ne lui manifestent aucune considération. Faisant fi de ses exhortations, ils consomment des viandes interdites, profanent le Chabbat et méprisent tout ce qui lui est sacré

Haazinou. La richesse – un danger pour la spiritualité

 « Engraissé, Yéchouroun se révolte : tu étais trop gras, trop replet, trop bien nourri. Il abandonne le D.ieu qui l’a créé, il méprise son Rocher protecteur » (Dévarim 32,15)

« “Il méprise son Rocher protecteur“ – il L’a insulté et dédaigné, comme il est écrit : “Ils avaient le dos tourné au Sanctuaire de l’Eternel“ (Yé’hezqel 8,16). Or, nul mépris n’est pire que celui-ci. » (Rachi)

Si « Yéchouroun engraissé » le conduit à « insulter et dédaigner D.ieu », il est donc certain que la pauvreté sied à Israël. Le ‘Hafets ‘Hayim (commentaire sur la Tora) explique cette idée à l’aide de la parabole suivante :Deux sœurs se marièrent à la même période, l’une à un homme très riche et la seconde à un miséreux. Chacune partit s’installer de son côté, et pendant de nombreuses années, la grande distance qui les séparait les empêcha de se rencontrer. Un jour, la seconde sœur décida d’aller rendre visite à son aînée, et entreprit le long voyage jusque chez elle. En arrivant devant la demeure de son beau-frère, un laquais vint aussitôt la débarrasser de ses affaires et la pria de le suivre jusqu’au salon, où l’attendait la maîtresse de maison.Le faste et la richesse transparaissaient dans chaque coin de ce somptueux logis. En traversant les couloirs et les salles, elle fut ébahie par le luxe et l’opulence. Mais son émerveillement atteint son comble lorsqu’elle vit arriver une dame vêtue d’habits splendides, parée de bijoux brillant de mille éclats. La nouvelle venue mit un temps à réaliser que cette personne aux allures princières n’était autre que sa sœur. Après d’émouvantes retrouvailles, les deux femmes s’installèrent confortablement et commencèrent à s’entretenir de choses et d’autres. Dès le début de la conversation, l’invitée remarqua toutefois que sa sœur n’avait pas bonne mine : son visage émacié reflétait tristesse et frustration. Ne pouvant contenir son trouble, elle lui fit part de ses impressions.

Des larmes amères commencèrent alors à couler sur les joues de la riche propriétaire. Elle donna finalement les explications suivantes : « Vois-tu, ma chère sœur, mon mari possède une immense richesse, au point qu’il est considéré comme l’une des plus grandes fortunes du pays. Tout ce que je lui demande, il me l’achète, et rien ne me fait défaut. Mais ceci n’a aucune valeur à mes yeux, car il me traite comme une servante : il n’a que faire de mon opinion et me méprise publiquement. Ne t’étonne pas si je te dis que ton sort est bien meilleur que le mien. Tu es peut-être pauvre, tu n’as pas ni perles ni diamants au cou, tu n’as pas de serviteurs qui satisfont tous tes besoins, mais tu as l’estime de ton mari. Il s’enquiert toujours de ton point de vue et ne manque jamais de te manifester du respect en présence d’invités. Estime-toi heureuse, ma sœur, car tu n’as rien d’une servante, tu es au contraire une femme digne et respectée. Quant à moi, que m’importent toutes ces richesses, puisque je ne peux donner mon avis, même pour des questions d’ordre domestique ! »

Il en va de même pour notre sainte Tora, explique le ‘Hafets ‘Hayim. Certaines communautés l’habillent de riches étoffes, la parent de perles et de pierres précieuses. On orne les parchemins sacrés de belles enluminures argentées, on les conserve dans des Arches somptueuses en bois et en or finement ciselé. A Sim’hat Tora, les membres de ces communautés chantent et dansent en son honneur, et pensent ainsi se rendre quitte de leur devoir envers elle.Mais la Tora n’a que faire de tous ces artifices cérémonieux lorsque – parallèlement – ces mêmes hommes l’excèdent et ne lui manifestent aucune considération. Faisant fi de ses exhortations, ils consomment des viandes interdites, profanent le Chabbat et méprisent tout ce qui lui est sacré. Or, la Tora crie à qui veut bien l’entendre : « Otez-moi tous ces apparats, débarrassez-moi de ces perles et de ces joyaux, pourvu seulement que vous cessiez de me piétiner ! »D’autres communautés, beaucoup plus modestes, sont incapables de vêtir la Tora aussi précieusement, car ses membres ne peuvent pas se permettre de la parer avec magnificence. Mais ils ont néanmoins à cœur de s’attacher à chacune de ses paroles, et s’en remettent scrupuleusement à toutes ses décisions. Ce qui, à n’en pas douter, constitue la plus belle marque d’honneur qu’on puisse lui manifester. Cette pauvreté est assurément bien plus précieuse aux yeux de la Tora que de grandes richesses accompagnées de mépris !

Cet extrait est issu du livre « Lekah Tov » publié par les éditions Jérusalem Publications, avec leur aimable autorisation. Tous droits réservés.

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