Ki Tavo

Ki Tavo. La source de la joie : le rapport à la spiritualité

Nous comprenons parfaitement que le bonheur d’un homme qui loue une maison ne peut être complet, car il sait que celle-ci ne lui appartiendra pas et qu’un jour ou l’autre, il devra la rendre à son propriétaire. De la même façon, nous ne jouissons des bienfaits de ce monde qu’à la manière d’une location, et la joie qu’ils nous procurent sera toujours imparfaite car le « bail » finira bien par venir à expiration

Ki Tavo. La source de la joie : le rapport à la spiritualité

« Parce que tu n’auras pas servi l’Eternel ton D.ieu avec joie et contentement de cœur » (Dévarim 28,47)

Lorsqu’un homme se dévoue de façon authentique au service de son Créateur, explique rav Sim’ha Zissel, le Saba de Kelm (‘Hokhma OuMoussar tome II chap.161), son cœur est inévitablement inondé de joie.

En effet, explique-t-il, chacun comprend que les valeurs du Monde futur sont sans commune mesure avec celles de ce monde-ci. Aucune similitude ne peut être trouvée entre eux, car hormis la différence qualitative – qui nous dépasse totalement –, il est également impossible de comparer leurs contenus respectifs. Tout d’abord, parce que la vie sur terre est limitée dans le temps ; à cet égard, notre existence ici-bas est appelée « la vie d’une heure ». Cette réalité met en évidence la vanité absolue des valeurs matérielles, en comparaison de celles – éternelles – du Monde de la récompense. Ainsi, nous comprenons parfaitement que le bonheur d’un homme qui loue une maison ne peut être complet, car il sait que celle-ci ne lui appartiendra pas et qu’un jour ou l’autre, il devra la rendre à son propriétaire. De la même façon, nous ne jouissons des bienfaits de ce monde qu’à la manière d’une location, et la joie qu’ils nous procurent sera toujours imparfaite car le « bail » finira bien par venir à expiration.

Non seulement la jouissance des valeurs physiques est limitée dans le temps, mais de surcroît, nous en ignorons totalement la durée ! Nul ne sait s’il dispose de ses biens matériels pour une période de dix ans, d’un an, voire encore moins. Mais ces préoccupations ne s’appliquent nullement aux valeurs spirituelles du Monde futur. A cet égard, la joie que celles-ci procurent est immensément supérieure à celles des avoirs matériels. Le roi David l’a d’ailleurs clairement exprimé : « Elles sont plus désirables que l’or, que beaucoup d’or fin » (Téhilim 19,11). Il en résulte donc que lorsqu’un homme est attaché à D.ieu, à Sa Tora et aux mitsvot, il éprouve une élévation spirituelle qui l’emplit de joie et de satisfaction. A la mesure de ses efforts pour renouveler sa découverte du Créateur et construire un lien avec Lui, la joie qu’il éprouve se renouvellera elle aussi continuellement, jusqu’à devenir infinie ! En ce sens, nos Sages disent des trois patriarches, Avraham, Its’haq et Ya’aqov, qu’ils « couraient devant D.ieu comme des chevaux » (cf. Sanhédrin 96a) – c'est-à-dire que leur découverte de l’Eternel allait chaque jour en grandissant, ce qui les amenait à s’élever toujours davantage.

Ceci apporte un éclairage intéressant sur notre verset : « Parce que tu n’auras pas servi l’Eternel ton D.ieu avec joie et contentement de cœur. » En clair, ne t’étonne pas que tous ces fléaux s’abattent sur toi, car « tu n’as pas servi l’Eternel ton D.ieu » – tu n’as en fait servi que ta propre personne ! Ce n’est pas à D.ieu que tu t’es dévoué, mais à tes désirs et tes tentations ! Nos Sages disent que le Second Temple fut détruit à cause de la haine gratuite qui régnait au sein du peuple juif (Yoma 9a). Ce sentiment est en effet un symptôme hautement révélateur de la situation spirituelle des hommes : celui qui hait son prochain n’aime en vérité que lui-même. Par conséquent, la totalité de son service divin n’est orientée que vers ses propres intérêts, qu’à la satisfaction de sa cupidité ou de sa soif d’orgueil. Et la preuve que « tu n’as pas servi l’Eternel » – mais seulement toi-même – réside dans le fait que tu n’as pas éprouvé de joie dans la pratique des mitsvot. L’absence de joie témoigne incontestablement qu’il ne s’agissait pas d’un « service de D.ieu », mais d’un « service de soi-même », comme le dit le ‘Hovot HaLévavot : « Nous révérons notre estomac, et non notre Créateur. »

Cet extrait est issu du livre « Lekah Tov » publié par les éditions Jérusalem Publications, avec leur aimable autorisation. Tous droits réservés.

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