Choftim

Choftim. Eviter les contradictions internes

Les Tossefot (sur ‘Houlin p.121b) affirment que la plus pénible question que l’on trouve dans le Talmud est celle qui consiste à opposer l’avis d’un Sage à ce qu’il soutient lui-même par ailleurs. Ceci est également vrai pour chacun de nous, dans notre quotidien.

Choftim. Eviter les contradictions internes

« Sois entier avec l’Eternel ton D.ieu ! » (Dévarim 18,13)

« Suis-Le avec intégrité en Lui faisant confiance, et ne cherche pas à connaître l’avenir. Au contraire, tout ce qui t’arrivera, accepte-le avec simplicité. Tu seras alors avec Lui, considéré comme Sa part. » (Rachi)

La mitsva d’être « entier avec l’Eternel » englobe de nombreuses notions, remarque rav Aharon Kotler (Michna Rabbi Aharon p.183). L’une d’elles – qui doit être l’un fondement essentiel dans notre conduite – consiste à éviter toutes formes de contradictions internes. Il nous incombe d’être entiers avec nous-mêmes, selon notre véritable niveau, et de ne pas laisser les contradictions nous envahir. De fait, le plus grand blâme que l’on puisse faire à l’homme est d’être incohérent, autant dans sa personnalité que dans son comportement. Les Tossefot (sur ‘Houlin p.121b) affirment que la plus pénible question que l’on trouve dans le Talmud est celle qui consiste à opposer l’avis d’un Sage à ce qu’il soutient lui-même par ailleurs. Ceci est également vrai pour chacun de nous, dans notre quotidien.

Dans la paracha de Ki Tétsé, la Tora annonce : « N’aie pas dans ta bourse deux poids inégaux […] deux mesures inégales, une grande et une petite » (Dévarim 25,13-14). Outre l’interdiction de posséder des poids faussés, ce verset nous met également en garde de ne pas adopter une attitude de « deux poids, deux mesures », l’une pour nous-mêmes et l’autre pour autrui. Lorsque nous convenons qu’une conduite est droite et juste, nous devons la suivre en toutes circonstances, faute de quoi nous nous rendrions coupables de posséder « deux poids inégaux ».Dans la prière Ountané Toqef, que de nombreuses communautés récitent à Roch Hachana, nous disons : « Chacun appose sa signature sur son propre jugement. » Ceci est une allusion au fait qu’au moment du Jugement céleste, chaque individu reconnaîtra ses propres actes. Le Midrach affirme en effet que chacun approuvera son propre verdict, et le Talmud ajoute que lorsque les mécréants arrivent au guéhinam, ils déclarent : « Ton jugement est juste ! Tu as bien fait de nous condamner ! » (‘Erouvin 19a). En effet, D.ieu souhaite que les hommes reconnaissent la justesse de la sentence qui les frappe. Quels griefs pèseront alors sur nous, si nous avons conscience du bien-fondé du Jugement divin tout en maintenant par ailleurs une attitude contradictoire ?! Car même si des intérêts personnels nous incitent à ne pas en tenir compte, il est cependant aisé de reconnaître notre erreur.Le Bet Halévi et d’autres commentateurs expliquent en ce sens le reproche formulé par Yossef à ses frères lorsqu’il se dévoila à eux : « Je suis Yossef ! Mon père vit-il encore ? » (Béréchit 45,3). Bien des années plus tôt, lorsque Yossef rapportait les manquements de ses frères à leur père, Yéhouda lui avait reproché de ne pas tenir compte de la peine que cela pouvait causer à Ya’aqov. A présent, Yossef lui retourne le reproche en lui faisant remarquer que lorsque lui et ses frères décidèrent de le vendre, ils ne tinrent également pas compte de la détresse dans laquelle ce geste allait plonger leur vieux père… De la même façon, les remontrances que D.ieu adressera à chaque homme dans les Temps futurs seront « selon sa propre aune » – c'est-à-dire à la mesure de sa conscience et de son attitude personnelle.

Un autre enseignement de nos Sages s’inscrit dans la même ligne : « Tout talmid ‘hakham qui n’est pas dur comme le fer ne mérite pas le titre de talmid ‘hakham » (Ta’anit 4a). Le véritable érudit en Tora doit faire preuve d’une cohérence à toute épreuve, faute de quoi il ne mérite pas ce titre, car ses contradictions témoignent d’une faiblesse et d’un manque de droiture. Le Midrach dit également en ce sens : « Tout talmid ‘hakham qui est dépourvu d’entendement [da’at], même une charogne est préférable à lui » (Vayqra Rabba 1,15). Cette forme d’intelligence appelée da’at est le résultat de la sagesse [‘hokhma] et du discernement [bina], et lorsqu’elle fait défaut, les contradictions s’accumulent à tous les niveaux. La gravité du bitoul Tora – qui consiste à ne pas gaspiller un instant que l’on peut consacrer à l’étude – s’adresse à tous les Juifs. Toutefois, pour ceux qui ont la capacité d’étudier, et à plus forte raison pour ceux dont la Tora est l’occupation principale, cette exigence sera proportionnelle à leur « propre aune ». Par conséquent, même si ces hommes étudient mais qu’ils ne le font pas de manière cohérente, ou encore pire, s’ils s’interrompent fréquemment dans leur étude – quelles que soient leurs excuses – il y aurait là une contradiction.

Il en est ainsi également des qualités morales : la pire des aberrations consiste à utiliser de bonnes aptitudes à de mauvaises fins. En effet, toute qualité possède un aspect positif et peut être mise au service du Créateur. Malheureusement, l’homme peut inverser les comportements et employer, par exemple, son enthousiasme pour commettre des fautes, mais faire preuve de paresse pour servir D.ieu. Là encore, il s’agit d’une contradiction entre les qualités que l’on possède, et ce que l’on en fait. C’est à ce sujet que la Tora nous enjoint dans ce verset : « Sois entier avec l’Eternel ton D.ieu ! »

Cet extrait est issu du livre « Lekah Tov » publié par les éditions Jérusalem Publications, avec leur aimable autorisation. Tous droits réservés.

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