Rééh

Rééh. Les récompenses et les punitions évoquées dans la Tora

On ne voit jamais quelqu’un être récompensé pour s’être abstenu de faire le mal, ni être puni pour ne pas avoir réalisé une bonne action. Dans le modèle de la Tora, il existe une notion de bénédiction aussi bien pour le respect de ses commandements que pour l’absence d’infraction. Pourtant, si les mitsvot apparaissent comme une obligation dont on ne peut se soustraire, pour quelle raison devrait-on mériter une bénédiction en contrepartie ?

Rééh. Les récompenses et les punitions évoquées dans la Tora

« Voyez, Je vous propose en ce jour la bénédiction d’une part, et la malédiction de l’autre » (Dévarim 11,26)

« Le Saint béni soit-Il dit : Ce n’est pas pour leur mal que Je leur donne la bénédiction et la malédiction, mais pour leur faire savoir le droit chemin qu’ils doivent suivre, et afin qu’ils puissent recevoir une récompense. D’où le savons-nous ? De ce qui est dit dans ce contexte : “Voyez, Je vous propose en ce jour… “ » (Dévarim Rabba 4,1)

L’usage en vigueur dans la plupart des sociétés, remarque rav Its’haq Blazer (Kokhvé Or chap.20), consiste à récompenser les bonnes actions et à punir les actes mauvais. C’est ainsi qu’agissent les hommes entre eux, et c’est selon ce modèle que les pouvoirs publics gèrent les citoyens qu’ils gouvernent. Cependant, on ne voit jamais quelqu’un être récompensé pour s’être abstenu de faire le mal, ni être puni pour ne pas avoir réalisé une bonne action. S’il est admis qu’on punisse le meurtrier ou le voleur, on ne conçoit guère qu’il faille récompenser celui qui ne tue ni ne vole son prochain. Inversement, il arrive souvent qu’un gouvernement récompense un citoyen s’étant illustré par un haut fait, mais on ne voit jamais un homme puni parce qu’il aurait manqué à se distinguer de la sorte. Autrement dit, une action méritant une récompense ne suscite jamais de punition par son absence, car ici-bas, on ne reconnaît que l’acte concret et non le défaut d’acte.

Mais dans le modèle de la Tora, il existe une notion de bénédiction aussi bien pour le respect de ses commandements que pour l’absence d’infraction. Or à priori, ce système semble échapper au bon sens : si les mitsvot apparaissent comme une obligation dont on ne peut se soustraire, pour quelle raison devrait-on mériter une bénédiction en contrepartie ? Et si la bénédiction a effectivement lieu d’être, pourquoi « maudire » ceux qui s’abstiennent de respecter cette obligation ? En vérité, il existe une situation similaire dans notre monde, dans la relation qu’entretient un père avec son fils. Lorsqu’un père éduque son enfant et lui ordonne de suivre le droit chemin, il lui promet de grandes récompenses en contrepartie de son obéissance. Et parallèlement, le père menace son fils de s’exposer à de lourdes punitions s’il s’écarte du chemin qu’il lui conseille. Là encore, la question surgit : quel est le sens de cette dualité ? Pour y répondre, il convient de distinguer deux types de récompense et de punition : certaines sont attribuées en vertu des actes passés, d’autres surviennent en prévision du futur. Par exemple, lorsqu’un homme découvre chez lui un cambrioleur en train de chercher à le dépouiller, il ne s’en prend pas à lui pour l’éduquer, pour le remettre dans le droit chemin. Les coups qu’il lui porte n’ont pour but que de le faire payer pour avoir osé pénétrer chez lui par effraction et avoir cherché à lui causer un préjudice. De même pour la récompense : lorsque quelqu’un se voit attribuer une gratification pour un fait de bravoure ou de générosité, c’est à l’égard des actes passés qu’il la reçoit.

En revanche, lorsqu’un père châtie son fils, par exemple parce qu’il refuse d’étudier, les choses se présentent alors sous un tout autre angle. Le père n’a rien à « faire payer » à son fils, et a encore moins de raisons de chercher à se venger de lui, puisqu’il s’agit somme toute d’un enfant encore irresponsable. Lorsqu’un père punit son fils, son intention est uniquement en prévision du futur, pour que l’enfant apprenne à le craindre et à lui obéir. C’est également dans le même esprit qu’il le récompense : loin d’être une rétribution pour les efforts fournis, la volonté du père est essentiellement d’encourager son enfant à persévérer dans le droit chemin. Par conséquent, lorsqu’une récompense ou une punition sont attribuées à quelqu’un en prévision de l’avenir, aucune contradiction ne subsiste : elles ne surviennent pas en référence des actes passés, mais seulement pour maintenir l’homme ou le remettre dans le droit chemin. A cet égard, la bénédiction et la malédiction de D.ieu envers les hommes sont en tous points similaires à l’éducation qu’un père donne à son fils : elles ne sont pas la conséquence de nos actes passés, mais plutôt un message pour le futur. C’est en ce sens que nos Sages disent : « Ce n’est pas pour leur mal que Je leur donne la bénédiction et la malédiction, mais pour leur faire savoir le droit chemin qu’ils doivent suivre. » Et ils en veulent pour preuve ce qu’énonce le premier verset de notre paracha : « Voyez Je vous propose en ce jour… » – car si la bénédiction et la malédiction survenaient en contrepartie des actes accomplis, elles n’auraient pas lieu d’exister conjointement, comme nous l’avons vu. Il ne fait donc aucun doute que leur rôle est à finalité éducative, pour nous enseigner la voie à suivre.

Cet extrait est issu du livre « Lekah Tov » publié par les éditions Jérusalem Publications, avec leur aimable autorisation. Tous droits réservés.

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