Vaethanan

Vaethanan. Toutes les sciences apparaissent dans la Tora

L’impasse paraît infranchissable : comment pouvons-nous étudier la Tora, alors qu’elle ne contient pas les connaissances nécessaires à la comprendre ?

Vaethanan. Toutes les sciences apparaissent dans la Tora

« Observez [ces lois] et pratiquez-les ! Ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des nations […] elles diront alors : “Il ne peut être que sage et intelligent, ce grand peuple !“ » (Dévarim 4,6)

La Tora – cette Science divine à laquelle nous vouons notre étude – est extrêmement laconique, remarque le ‘Hatam Sofer dans le Torat Moché (sur la paracha de Chémot). De ce fait, nous avons souvent le sentiment que pour comprendre ses enseignements, il est parfois nécessaire d’aller chercher dans d’autres domaines de la connaissance les informations qui y font défaut. Par exemple, il est impossible de maîtriser parfaitement les lois de la néoménie si l’on n’est pas quelque peu versé en astronomie. On ne peut également envisager de juger et condamner une personne coupable de sorcellerie, tant qu’on ne possède pas quelques rudiments en la matière. De même, comment pourrait-on déclarer qu’une bête est viable ou non, si son anatomie nous est inconnue ? Pour qu’un Lévite puisse entonner dans le Temple des chants de toute beauté, il lui fallait nécessairement maîtriser l’art de la musique, et pour partager la terre d’Israël entre les différentes tribus, de solides notions de géodésie étaient nécessaires. Et de fait, lorsqu’on étudie les trente-neuf travaux interdits le Chabbat, les textes talmudiques laissent apparaître que nos Sages étaient compétents dans de nombreux travaux artisanaux, comme le filage, le tissage ou le tannage.

Or, de prime abord, rien de tout cela ne semble figurer dans la Tora, et d’ailleurs, aucun ouvrage talmudique ne se consacre à ces sujets. A contrario, les nations du monde ont toujours fait preuve d’un grand intérêt pour les sciences, et ont produit une abondante littérature dans tous ces domaines. On a donc naturellement le sentiment que pour combler ces lacunes et comprendre convenablement la Tora, nous n’avons d’autre choix que d’aller puiser à leurs sources et nous inspirer de leur savoir.Toutefois, cette perspective ne semble guère envisageable : nous sommes tenus de « nous absorber dans la Tora jour et nuit » (Yéhochoua’ 1,8) et à cet égard, les Sages (Pirqé Avot 5,22) nous enjoignent expressément de « ne jamais la délaisser » ! Lorsqu’on demanda à un Sage de la Michna s’il était permis d’étudier les « sciences grecques », il répondit que la chose n’était autorisée qu’à une heure de la journée qui ne serait « ni jour, ni nuit »… De surcroît, la Tora nous enjoint de « ne pas apprendre à imiter les nations » (Dévarim 18,9), car D.ieu n’éprouve aucune satisfaction à nous voir plongés dans leurs livres d’étude ! L’impasse paraît donc infranchissable : comment pouvons-nous étudier la Tora, alors qu’elle ne contient pas les connaissances nécessaires à la comprendre ?La réponse est qu’en dépit de son verbe extrêmement concis, la Tora possède en vérité des dimensions incommensurables. En effet, il n’y a aucune sagesse au monde qui ne soit évoquée d’une manière ou d’une autre dans la Tora ! A ce titre, il ne fait aucun doute qu’entre les mots « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois… » sont évoquées par allusion toutes les sciences nécessaires à la sanctification de la néoménie, et assurément bien plus que ce que Maïmonide découvrit dans les ouvrages astronomiques non-juifs. Si on est capable de lire et d’interpréter la Tora convenablement, on y trouvera absolument tout le savoir universel !

Le Ramban, dans son commentaire sur le verset : « Ceci est l’histoire des générations de l’humanité » (Béréchit 5,1), rapporte au nom de rav Cherira Gaon que par le biais de diverses interprétations, ce verset renferme le savoir du décryptage des lignes de la main et des traits du visage. Et de fait, il n’y a rien d’étonnant à ce que toutes les sciences soient incluses dans la Tora : celle-ci fut le plan et le modèle sur lequel le Créateur S’appuya pour créer le monde. Il est donc logique que toutes les dimensions de l’existence y figurent.L’intelligence [bina] est la capacité de déduction. Lorsque les nations voient que le peuple juif n’étudie que la Tora et qu’il parvient à maîtriser les sciences, sans pourtant se consacrer le moins du monde à leur étude, elles ne peuvent que s’exclamer : « Il ne peut être que sage et intelligent [navon], ce grand peuple » – seule une intelligence hors norme peut lui permettre de déduire tant de connaissances, uniquement à partir de la Tora.Dans ce contexte, il est intéressant de lire ces quelques lignes que le Ramban rédigea dans la préface à son commentaire sur la Tora :

« Tout ce qui a été énoncé par prophétie – l’Œuvre du Char et l’Œuvre de la Création, toutes les connaissances qui leur sont liées, ainsi que tous les savoirs issus des quatre éléments de la nature – la force minérale, la croissance végétale, les êtres animés et le pouvoir de la parole – furent enseignés à Moché, autant le principe de leur création, leurs pouvoirs respectifs, leur essence, leur influence que leurs limites. Tout ceci a été écrit dans la Tora, explicitement ou par allusion, et nos Sages disent à ce sujet : “Cinquante Portes d’intelligence furent créées dans le monde, toutes s’ouvrirent devant Moché sauf la dernière […]. Or tout ce que Moché reçut apparaît dans les mots de la Tora soit de manière explicite, soit par allusion, ou par le biais des guématriotes [valeur numérique attribuée aux lettres], par la forme de ses lettres régulières ou par celles dont la forme est singulière, comme les lettres inversées, les lettres déformées ou autres, ou par l’extrémité des lettres ou de leurs couronnes…Nous possédons une autre tradition authentique, selon laquelle toute la Tora est composée des Noms du Saint béni soit-Il, en cela que les mots se partagent pour composer de nouveaux mots, comme si nous disions par exemple qu’à la place de lire : “Béréchit bara Elokim“, nous lirions : “Béroch itbéra Elokim.“ Et ainsi de suite pour toute la Tora, sans parler du système d’“associations des mots“ et des guématriotes. »

Dans l’ouvrage Péer HaDor (tome IV, p.127), on peut lire le récit suivant au sujet du ‘Hazon Ich : « Ses connaissances dans le domaine médical, aussi vastes que profondes, étaient une énigme impénétrable. Il maîtrisait les fondements de la médecine d’une manière telle qu’il était impossible de ne pas s’en ébahir. De grands scientifiques, des professeurs de renommée mondiale, étaient systématiquement stupéfaits de l’entendre évoquer des notions considérées par le profane comme inaccessibles. L’un d’eux raconta : “J’ai vu de mes propres yeux comment le ‘Hazon Ich, confronté à un cas très rare, que les médecins de l’époque n’envisageaient que du point de vue théorique, sut diagnostiquer le problème avec une formidable clairvoyance, et conseiller les chirurgiens sur la manière exacte d’opérer.“Comment a-t-il acquis cette science ? Qui lui a dévoilé les secrets de l’anatomie humaine ? Où a-t-il puisé les connaissances nécessaires pour traiter mille et une maladies ou affections ? C’était là le secret de cet homme, à qui furent dévoilés les mystères de la création de l’être humain. Ce qui ne fait aucun doute, c’est que le ‘Hazon Ich maîtrisait chaque maladie dans ses moindres détails. Il savait les chances et les risques que comportait chaque intervention et connaissait de manière pénétrante le niveau de chaque praticien et l’efficacité de chaque traitement. Si bien que sa compréhension dans ce domaine lui permettait de trancher la Halakha appropriée à chaque cas : était-il permis ou interdit d’intervenir ? S’agissait-il d’un mal impliquant un danger de mort ? Ou le risque de la perte d’un organe ? Etc. »

Cet extrait est issu du livre « Lekah Tov » publié par les éditions Jérusalem Publications, avec leur aimable autorisation. Tous droits réservés.

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