Emor

Emor. Le degré de responsabilité de chacun dépend de son niveau spirituel

Nous ne sommes pas tenus de chercher quel est le devoir « des hommes » en général. Chaque individu doit savoir quel est « son » devoir, celui auquel il est personnellement astreint

Emor. Le degré de responsabilité de chacun dépend de son niveau spirituel

« Parle aux Cohanim, fils d’Aharon, et dis-leur : “Nul ne doit se souiller par le cadavre d’un concitoyen“ » (Vayiqra 21,1)

Les Cohanim sont soumis à de nombreuses lois spécifiques, qui prennent la forme de privilèges comme de devoirs. Ils se distinguent ainsi du reste du peuple juif qui n’est pas concerné par ces différentes règles. De la même façon, le Cohen Gadol est soumis à des obligations et possède certaines prérogatives, qui le distinguent des autres Cohanim. Il apparaît donc, remarque rav Meïr Rubman (dans le Zikhron Meïr), que chaque individu doit servir son Créateur en fonction de son propre niveau spirituel.Ce principe est énoncé par le Ram’hal, dans les premiers mots du Messilat Yécharim : « Le fondement de la piété et la racine d’un authentique service [divin] consistent pour l’homme à découvrir et à savoir quel est son devoir dans son monde. » Nous ne sommes pas tenus de chercher quel est le devoir « des hommes » en général. Chaque individu doit savoir quel est « son » devoir, celui auquel il est personnellement astreint. Et puisque cette démarche constitue « le fondement de la piété et la racine du service divin », il apparaît que même l’érudit accompli et craignant le Ciel, tant qu’il n’est pas conscient de son rôle spécifique dans le monde, est semblable à quelqu’un qui construirait une maison sans fondations ou qui planterait un arbre dépourvu de racines.Ceci apporte un éclairage intéressant à ce récit rapporté par la Guémara. Les faits se déroulèrent au terme des douze années d’isolement que vécurent Rabbi Chim’on bar Yo’haï et son fils Rabbi El’azar :

« Ils virent des hommes qui labouraient et qui semaient. L’un dit : “Comment ces hommes peuvent-ils renoncer à la Vie éternelle, pour se consacrer à une vie provisoire ?“ [Dès lors,] toute chose sur laquelle leur regard se posait brûlait aussitôt. Une Voix du Ciel leur dit : “Etes-vous sortis de la grotte pour détruire Mon monde ? Retournez-y !“ Ils pénétrèrent alors à nouveau dans la grotte et y demeurèrent pendant douze autres mois. On proclama alors : “Même le châtiment des mécréants dans le guéhinam n’excède pas douze mois.“ Une Voix du Ciel leur annonça donc : “Sortez de votre grotte !“ A ce moment, à chaque fois que Rabbi El’azar endommageait quelque chose, Rabbi Chim’on le réparait. Il lui dit : “Mon fils, le monde peut se suffire de mon mérite et du tien“ » (Chabbat 33b).

Visiblement, lors de leur première sortie de la grotte, ces deux maîtres jugèrent le monde à l’aune de leur propre niveau moral. C’est pourquoi ils l’évaluèrent avec la plus grande sévérité, et ne pouvaient concevoir que des hommes puissent renoncer à l’étude de la Tora – la clé du Monde éternel – au profit d’une vie éphémère. En raison de cette intransigeance, ils furent punis et durent rester dans la grotte douze mois supplémentaires, afin de ne pas en venir à détruire le monde. Lors de la seconde sortie de la grotte, ils s’étaient élevés spirituellement, au point que tous les dommages que causait Rabbi El’azar par son regard étaient aussitôt réparés par son père. C’est en ce sens que Rabbi Chim’on dit à son fils : « Le monde peut se suffire de mon mérite et du tien » – la plupart des hommes ne sont pas tenus d’atteindre notre niveau, et ils n’ont pas à renoncer à leurs occupations quotidiennes. Pour eux, le monde obéit aux lois de la nature, et ils doivent travailler pour gagner leur subsistance.A leur niveau, Rabbi Chim’on et Rabbi El’azar avaient effectivement le devoir de ne s’adonner qu’aux valeurs de la Vie éternelle. En revanche, les hommes de condition morale plus modeste peuvent, quant à eux, s’adonner à la fois aux occupations spirituelles et à celles de la vie matérielle, conformément à l’adage : « Il convient d’associer l’étude de la Tora aux usages de ce monde. » Néanmoins, même ces personnes doivent considérer la Tora comme l’essentiel de leur vie, et placer les activités matérielles au second rang.

Il en résulte que chaque jour, nous devons aspirer à nous élever davantage, afin de demeurer dans une dynamique de progrès spirituel constante. En effet, chaque effort fourni nous élève et nous place face à de nouvelles responsabilités. Ainsi, « notre devoir dans notre monde » devient jour après jour supérieur, et nous invite à évoluer toujours plus haut.Dans ce contexte, nous pouvons lire dans le Pniné Rabbénou HaQéhilot Ya’aqov (p.76) une belle explication sur le texte talmudique suivant : « Assis dans la maison d’étude [pendant un jour de fête], Rabbi Eli’ézer avait enseigné toute la journée les lois relatives à la fête. Un premier groupe d’élèves sortit. Il dit à leur propos : “Ceux-là doivent avoir chez eux de grosses barriques de vin !“ Un second groupe s’en alla et dit à leur sujet : “Ceux-là doivent avoir des fûts de vin !“ Un troisième groupe sortit et il déclara à leur encontre : “Ceux-là possèdent apparemment des cruches !“ Au sujet du quatrième groupe, il dit : “Ceux-là ont certainement des fioles de vin !“ Lorsque le cinquième groupe s’en alla, il annonça : “Ceux-là doivent avoir des verres de vin !“ Enfin, un sixième groupe se prépara à sortir. Le maître dit : “Quant à ceux-là, qu’ils soient maudits !“ » (Bétsa 15b).

Comme l’explique Rachi, Rabbi Eli’ézer souffrait beaucoup de voir ses disciples renoncer à ses enseignements pour aller prendre leurs repas de fête. C’est pourquoi il se montra moins sévère avec les derniers groupes qu’envers les premiers, car ils avaient fait l’effort de demeurer un peu plus dans la maison d’étude. Or étonnamment, lorsque vint le tour du sixième groupe, il fit preuve de la plus grande intransigeance, et les traita de manière encore plus sévère. Pourquoi cette différence ?Selon rav Ya’aqov Israël Kanievski, cela indique que lorsqu’un élève de yéchiva renonce à l’étude, le blâme pesant sur lui est proportionnel au nombre d’années qu’il a passées dans la maison d’étude. En ce sens, Rabbi Eli’ézer traita les premiers groupes de propriétaires de « barriques », de « fûts » et de « cruches », car, comme l’explique Rachi : « Ces hommes étaient avides de plaisirs et ne faisaient pas d’efforts pour entendre des paroles de Tora. » En clair, ils ne s’étaient pas encore imprégnés de l’esprit de la Tora et n’avaient pas goûté à la douceur de ses enseignements.En revanche, un homme immergé dans le monde de la Tora qui renonce à l’étude est infiniment plus condamnable. D’où l’intransigeance dont fit preuve le maître envers le sixième groupe d’élèves, lorsqu’ils tournèrent le dos à ses enseignements.

Cet extrait est issu du livre « Lekah Tov » publié par les éditions Jérusalem Publications, avec leur aimable autorisation. Tous droits réservés.

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