Noa'h

Parachat Noa’h. Réserves à l’égard des biens d’autrui

Certaines personnes qui se flattent d’une grande piété, connaîtront peut-être le châtiment du guéhinom. D’autres, bien moins prétentieux, auront un sort bien meilleur ! Prenons garde à ce qui ne nous appartient pas en tirant exemple de la génération du déluge.

Parachat Noa’h. Réserves à l’égard des biens d’autrui

« Parce que la terre, à cause d’elles, s’est remplie d’iniquité, Je vais donc les détruire avec la terre » (Béréchit 6,13)

« “Le terme de toutes les créatures est arrivé à Mes yeux“ – pourquoi tant de rigueur ? Parce que la terre “s’est remplie d’iniquité [‘hamass]“. Qu’est-ce que l’on considère comme de “l’iniquité“, et qui se différencie du “vol“ proprement dit ? Rabbi ‘Hanina expliqua : le “’hamass“, c’est le vol commis sur une valeur inférieure à une prouta [la plus petite valeur monétaire]. C’est ainsi que la génération du Déluge agissait : un homme sortait avec une caisse remplie de lupins, l’un venait lui voler une valeur inférieure à une prouta, le second venait lui voler la même quantité et tous s’assuraient qu’il ne pourrait jamais récupérer son dû devant un tribunal. » (Midrach Rabba 31)

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Contrairement à ce que l’on a l’habitude de croire, remarque rav Yé’hezqel Lewinstein (dans son Or Yé’hezqel-Emouna, p.154), à cette époque, l’humanité n’était pas profondément mauvaise et scélérate, puisqu’il apparaît ici que les hommes avaient à cœur de fauter de manière « autorisée ». Pourtant, cette attitude ne leur épargna pas le terrible châtiment qui s’abattit sur eux. De fait, lorsque l’on est sincère et intègre dans sa crainte du Ciel, on réalise combien abrupte est la route menant à la vie du Monde futur. Beaucoup n’y auront certainement pas accès et certains, qui se flattent d’une grande piété, connaîtront peut-être le châtiment du guéhinom.C’est cette revendication qui se dégage du verset de Haazinou (Dévarim 32,7) : « Souviens-toi des jours antiques, médite les annales de chaque siècle », que Rachi commente en ces termes : « “Souviens-toi“ – des actes des premiers hommes, qui attisèrent Son courroux ; “Médite les annales des siècles“ : la génération d’Énoch que D.ieu inonda avec les eaux de l’Océan, et la génération du Déluge qu’Il fit engloutir. » Par ces allusions, le verset nous enjoint donc de méditer les événements de ces époques et d’en dégager la définition réelle d’une « faute » et la punition qui en découle.

En effet, en voyant son prochain subir un châtiment rigoureux, tout homme en tire naturellement une leçon et se retient d’autant de commettre la même infraction. C’est dans cet ordre d’idées que le Chant d’Haazinou nous dicte de tirer les leçons de la punition qui frappa les hommes de la génération du Déluge.Nous avons souvent tendance à croire que ce qui arriva en ces temps reculés ne nous concerne plus. Mais il n’en est rien : l’Administration divine qui conduisit au Déluge ne s’est en aucune façon modifiée, et c’est exactement la même Autorité qui dirige le monde aujourd’hui. Seuls les sots se persuadent qu’ils peuvent vivre en toute quiétude, convaincus qu’ils partageront toujours le sort du peuple juif – alors qu’en réalité, il se pourrait qu’à l’instar de l’époque du Déluge, un seul homme Juste puisse mériter de subsister sur terre.

Le gaon rav Eliyahou Duchnitzer zatsal était le directeur spirituel de la yéchiva de Lomza, en Pologne. Animé de profonds scrupules à l’égard des biens d’autrui, il s’attachait à ne jamais léser qui que ce soit, quelle que soit la somme d’argent en jeu. En sa qualité de responsable de la yéchiva, l’électricité de sa maison – une masure exiguë au sol de terre battue – lui était dispensée gracieusement, en raison de quoi il se montrait, dans son utilisation, parcimonieux à l’extrême. Lorsqu’il prenait son repas du soir, il avait coutume d’éteindre la lumière électrique et d’allumer à la place une lampe à pétrole, expliquant que « pour manger, on peut se suffire d’une telle lumière ». Dans ses dernières années, il adopta la même attitude lorsqu’il restait penché de longues heures sur ses livres d’étude : « Lorsqu’on atteint un certain âge, faisait-il remarquer, il y a davantage à craindre que l’on en vienne à s’endormir au milieu de l’étude… Et pendant ce temps, le compteur continue à tourner sur le compte de la yéchiva ! »
Ce formidable respect des biens d’autrui se manifesta en de nombreuses autres occasions tout au long de sa vie.Sa femme, qui tenait un commerce de volailles, possédait un chat. Lorsqu’elle décéda, il soupçonna qu’en vertu de lois de l’héritage, ce chat devienne sa propriété et qu’il soit donc tenu responsable des dommages que la bête pourrait venir à commettre. En conséquence, il réunit trois hommes et en leur présence, il déclara solennellement renoncer à tout droit sur ce chat en le déclarant hefqer.

Un jour, rav Eliyahou confia sa veste de Chabbat à un tailleur pour qu’il y exécute quelques raccommodages. Le vendredi suivant, il alla reprendre son habit et paya au tailleur la somme convenue. Mais lorsqu’il arriva chez lui, il s’aperçut que l’artisan avait cousu sur l’habit un bouton supplémentaire dont il n’avait pas passé la commande. De crainte de commettre une forme de « vol » en utilisant ce bouton qui n’avait pas encore été payé, il s’abstint durant tout ce Chabbat de porter son habit…Un jour, entre la prière de min’ha et celle de ’arvit, il déposa une lampe chez un réparateur d’articles ménagers, le chargeant d’un menu travail. Ce dernier avait coutume de prier tous les soirs la prière de ‘arvit à la yéchiva, et c’est pourquoi, en s’y rendant ce jour-là, il emporta avec lui la lampe réparée avec l’intention de ne pas demander au Rav de paiement pour son modeste travail. A la fin de l’office, l’électricien ne put attendre que rav Eliyahou achève sa prière, dans laquelle il s’étendait toujours longuement, et il alla donc déposer lui-même la lampe à son domicile. Le lendemain matin, aux petites heures du jour, le réparateur se rendit comme de coutume à la yéchiva, bien avant la prière de cha’harit, pour y suivre son cours quotidien de Tora. Mais quelle ne fut sa surprise de découvrir rav Eliyahou l’y attendant de pied ferme, son porte-monnaie à la main ! Ne cachant pas son étonnement, il demanda au Rav ce qui l’amenait si tôt à sa rencontre, ce à quoi il s’entendit répondre sur un ton rempli de sagesse et de modestie : « L’interdiction de la Torah de ne pas ajourner au lendemain le salaire d’un ouvrier est-elle donc sans importance ? »

Après qu’il ait élu domicile à Péta’h Tiqva en Terre d’Israël, l’un des membres de sa communauté, lui-même originaire de Lomza, s’apprêta à effectuer un voyage en Pologne. Peu avant son départ, cet homme alla prendre congé de rav Eliyahou. En apprenant sa destination, le Rav lui demanda si son déplacement le mènerait également à Lomza. A la réponse affirmative de son ami, il lui formula la requête suivante : plusieurs années auparavant, il avait acquis un ouvrage dans une librairie de la ville tenue par une veuve ; mais par la suite, il avait réalisé que le prix payé pour ce livre semblait dérisoire au regard de son importance. Tenaillé par sa conscience, il craignait de ne pas avoir payé la valeur réelle de son achat. Il demanda donc à cet homme s’il pouvait avoir l’obligeance de se rendre dans cette boutique, de vérifier auprès de la veuve si la somme payée correspondait réellement à la valeur du livre et le cas échéant, lui verser la différence.

L’homme promit au Rav de s’acquitter de cette mission, et c’est ainsi qu’il se retrouva quelques jours plus tard dans la fameuse boutique de livres du quartier juif de Lomza. Or, à peine la propriétaire entendit-elle l’objet de sa visite qu’elle lui répondit en s’exclamant : « Mais pourquoi rav Eliyahou vous envoie-t-il ? Il a pourtant déjà délégué plusieurs personnes pour cette même affaire… Dites-lui simplement que la somme qu’il a payée pour ce livre est tout à fait honnête, et qu’il ne me doit plus un seul centime ! »Un Chabbat, rav Eliyahou se rendit chez un membre de la communauté qui organisait un kiddouch en l’honneur d’une réjouissance familiale, où se réunirent de nombreuses autres personnes. Au moment de quitter les lieux, il demanda à parler à la maîtresse de maison et – après avoir formulé de nombreuses bénédictions – il se confondit littéralement en excuses : « Il se pourrait qu’au moment où j’ai prononcé le kiddouch, un petit peu de vin se soit renversé sur la nappe. C’est pourquoi je vous prie de me pardonner, et dans la mesure où les convives sont nombreux, daignerez-vous être indulgente envers toute personne qui aurait pu également faire de même par mégarde ? » Évidemment, la maîtresse de maison accepta de bon cœur de répondre à la requête du Rav (d’après l’ouvrage Marbitsé Tora ouMoussar,  tome II p. 243).

Cet extrait est issu du livre « Lekah Tov » publié par les éditions Jérusalem Publications, avec leur aimable autorisation. Tous droits réservés.

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