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Histoires de Tsadikims

Qui était le 'Hafets 'Haim ?

Il tenait une épicerie, a vendu ses livres d'une façon originale, et jusqu'à sa mort même une dent n'a pas manqué dans sa bouche. Qui était le 'Hafets 'Haïm, qui a été la plus grande autorité en Torah de sa génération ?

03.05.15 | 15:03
Qui était le 'Hafets 'Haim ?

Vendredi dernier, nous avons célébré l'anniversaire de décès de l'un des plus grands d'Israël et en particulier dans la période qui a précédé l'Holocauste, à savoir le rabbi Israël Meir Kagan de Radin, de mémoire bénie, ou de son surnom bien connu: le Hafets Haïm. De toute évidence, si nous essayons de décrire son niveau spirituel - nous constaterons que les mots sont réducteurs et limités, néanmoins, nous tenterons une brève description de celui qui est considéré comme le père de la mitsva (commandement) du « lachon hara », la médisance.

Un jour, alors qu'il était déjà âgé, l'un de ses étudiants a vu le « Hafets 'Haïm » son vénéré maître, marcher dans Radin, la ville où il a vécu et fondé sa Yeshiva, en direction de la Synagogue. Il était clair que ce dernier faisait de grands efforts pour marcher, car c'était l'hiver, et le sol était couvert de neige amoncelée. Un autre étudiant a remarqué que, malgré la difficulté, le Rav portait le sac contenant son châle de prière et ses tefillins. Aussitôt, l'étudiant s'est dirigé vers le Hafets haim, voulant au moins porter lui-même le sac, mais le « Hafets Haïm » a refusé et s'est écrié fermement: «il est interdit de faire travailler pour soi un étudiant de yeshiva qui étudie la Torah toute la journée! ». Pour beaucoup d'entre nous, la scène peut sembler quelque peu étrange. En effet, le « Hafets 'Haïm » respirait et vivait entièrement par et pour la sainte Torah. Il appréciait à leur juste valeur les gens qui consacraient leurs temps à l'étude approfondie de la Torah. C'est pour cela qu'il ne pouvait pas supporter l'idée de se servir d'un élève de Yechiva et par là lui ôter ne serait-ce qu'une infime partie de ses forces.

Alors, qui était le 'Hafets' Haïm, personnalité de torah la plus importante de de sa génération?

Le 'Hafets' Haïm est né le 11 Chvat, 6 février 1838, dans la ville de Zhetl, aujourd'hui en Biélorussie. Comme jeune homme, il a étudié la Torah auprès de Rabbi Nahum'ke de Horodna à Wilna, qui lui-même avait était élève de la célèbre yechiva de Volozhyne. Après s'être marié, il vécut dans la ville de Radin, où il a fondé la célèbre Yeshiva de Radin, qu'il a dirigé. Plus tard, il en a confié le contrôle à un de ses disciples les plus proches, Rav Naftali Trop de mémoire bénie. Durant toute la période où il a officié en tant que Rav, il n'a jamais voulu en faire son gagne-pain. Pour subsister, il avait ouvert une petite épicerie, ouverte quelques heures par jour, en plus de la recette de ses livres vendus anonymement.

Le 'Hafets Haïm a beaucoup œuvré pour rapprocher la rédemption finale. Il a encouragé les Cohanims (issus de la tribu de Lévi) à apprendre les lois de sacrifices et du travail au temple afin de se préparer pour la reconstruction du temple, et a été très impliqué dans le renouveau des lois concernant la parole. Il estimait que le non-respect de ces lois était une des principales raisons de la durée de l'exil. L'absence de grandes références sur le sujet, conduisant un manque de connaissances menant parfois au mépris.  C'est la raison pour laquelle il a décidé d'écrire un livre sur le sujet. Il a décidé d'appeler son premier livre consacré à ce commandement « hafets haim », désirant la vie. En s'exprimant sur le sujet, il déclara "les gens se sont habitués à dire ce qui leur passait par la tête sans s'interroger auparavant si ce n'était pas de la médisance ou du colportage ».

Pour réussir cette révolution et réintroduire cette mitsva tombée en désuétude, il adopta une manière originale. Il parcourait les villages dans une charrette avec ses livres et criait aux passants: « Qui est l'homme qui désire la vie? ». Les foules de curieux, qui pensaient naïvement qu'il vendait une potion de longévité ou un nouveau médicament pour sauver des vies s'amassaient,  et le Hafets 'Haïm leur remettait le livre. Il citait le fameux verset de Michlei « qui garde sa langue du mal, garde son âme des troubles ». De manière générale, avec l'amour infini d'Israël qui l'inspirait, il n'a jamais été en mesure de comprendre comment on pouvait dire du mal d'un l'enfant du Tout-Puissant, alors que Dieu s'en afflige très certainement. Plus tard, il a édité de nombreux autres livres, le plus connu d'entre eux étant le « Mishna Broura », commentaire sur le « choulhan Arouh », dans lequel il a tranché de nombreuses controverses. Le « Michna Broura » est aujourd’hui l'un des piliers majeurs de la loi juive acceptés à la fois dans le public ashkénaze et aussi chez de nombreux séfarades. Le « Hafets Haïm » s'est aussi investi dans la promotion d'un réseau orthodoxe d'éducation pour jeunes filles, dirigé par Mme Sarah Schnirer. Il comprit bien vite l'importance de la femme dans la construction d'une maison juive, et a ainsi beaucoup fait pour que les filles d’Israël puissent recevoir une formation religieuse et civile pure, à l'abri de l'esprit des Lumières et des influences de la rue. Le réseau a finalement ouvert ses portes en Europe de l'Est en dépit de nombreuses difficultés.

En dehors de cela, il s'inquiétait pour l'existence physique et spirituelle de tous les juifs de la diaspora. Il a par exemple plus d'une fois pris personnellement contact avec des patrons d'usine partout dans le monde, pour leur demander de libérer les Juifs de leur travail le jour du sabbat. Dans ses dernières années, il est allé à wilna, en dépit de sa mauvaise santé, («la pureté des filles d'Israël est  plus importants que ma santé», répondit-il à sa famille, opposée à ce voyage), pour convaincre les femmes d'Israël de respecter les lois de la pureté familiale. Il a aussi mis en place des écoles pour garçons s'est soucié de leurs problèmes matériels. Il n'a pas ménagé ses efforts en faveur des Juifs de Russie particulièrement éprouvés à son époque.

Vers la fin de sa vie, il a appelé un de ses élèves dans sa chambre et ouvrant la bouche, il lui a montré que malgré son âge, il ne lui manquait pas même une dent. Devant le visage étonné de l'étudiant, le « Hafets Haïm » expliqua que parce que toute sa vie il avait gardé farouchement sa bouche et sa langue, et avait pris soin de ne pas parler mal de tout peuple d'Israël - Mesure pour mesure, Dieu avait conservé toutes ses dents. Le 'Hafets' Haïm est décédé le 24 Elloul, laissant derrière lui des dizaines de milliers d'élèves du monde entier endeuillés.

De nombreuses personnes ont vu leurs prières exaucées lorsqu'elles ont commencé à étudier deux lois quotidiennes dans le livre du « Hafets Haim » sur la médisance.