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« A moi, cela ne pourra jamais m’arriver ! » Les parents d’un enfant oublié dans une voiture témoignent

Au moment où nous décidons de traduire cette interview, et en ces chaudes journées d’été, nous avons appris, il y a seulement quelques heures, qu’un bébé d’un mois a été miraculeusement sauvé d’une voiture dans laquelle il avait été oublié en plein Bné Brak. Voici ici un témoignage important et poignant, rappelant aux familles que l’on n’est jamais à l’abri d’une catastrophe…

Nous sommes en fin d’après-midi, dans le chaleureux salon de la famille Charabi, résidente de la petite localité de Harcha, à quelques kilomètres au nord de Jérusalem. A travers les fenêtres ouvertes, l’époustouflant panorama  qui s’étend à perte de vue nous rappelle ô combien la terre d’Israël est magnifique. « Au loin à gauche on peut apercevoir les plages d’Ashdod. Vers la droite, on peut même voir ‘Hadera, et encore, il y a des jours où l’on voit encore mieux… » me confie Oriann, le père de famille.

Près de nous les enfants jouent tranquillement avec leur petit frère Tohar Yossef (3 ans) le quatrième enfant de la famille. Oriann et Efrat, tous deux âgés d’une trentaine d’années, sont les heureux parents de cinq enfants. Oriann est producteur musical et travaille également dans le domaine du tourisme et de l’évènementiel. Efrat quant à elle est secrétaire dans la Yéchiva qui se trouve près de leur domicile. Comme c’est le cas pour de nombreuses familles en Israël, leur situation financière est devenue plus compliquée depuis la propagation du Coronavirus. Mais là n’est pas le sujet de notre interview…

Voir Tohar, leur petit garçon jouer avec ses frères et sœurs n’est pas aussi simple que cela. En le regardant, des sentiments de joie et d’émotion submergent ses parents.

En fait, il y a deux ans, par une chaude journée d’été, Tohar est resté enfermé seul pendant un très long moment dans la voiture familiale. Grâce à une suite de miracles qui se sont enchainés, sa vie a été sauvée à la dernière minute.

Afin de sensibiliser le public à ce sujet et de sauver des vies, Efrat et Oriann ont décidé de témoigner et de raconter leur histoire personnelle, mêlant des sentiments d’angoisse et de peur à la joie et au soulagement.

« A moi, cela ne m’arrivera jamais ! »

« Nous sommes en été 2018. Cette année-là, nous avons pris quelques jours de vacances dans le Nord du pays. Nous avons loué un Tsimmer du lundi au jeudi. Quelques heures avant de prendre la route du retour, nous avons appris que mes beaux-parents allaient passer le Chabbat dans le Nord chez des amis. Nous avons décidé de louer un petit endroit pas loin pour passer le Chabbat avec eux. Le vendredi matin, nous nous sommes promenés dans la ville de Tsfat et  nous avons poursuivi notre route jusqu’à notre petite location. Nous nous sommes arrêtés pour acheter des fruits et nous sommes passés voir mes beaux-parents. L’une de mes belles-sœurs s’est mise à jouer avec Tohar, qui était alors un bébé d’un an.

« Nous devions encore effectuer quelques préparatifs avant Chabbat » nous raconte Efrat,  « nous avons alors laissé Tohar chez mes parents et nous sommes retournés  à notre appartement. Une heure plus tard, nous sommes retournés chez mes parents en voiture. Mon frère est venu par surprise nous rendre visite, et dans toute cette foule, ma sœur a mis le petit dans son siège-auto, pensant que nous allions retourner rapidement à l’appartement. Nous n’étions pas au courant que Tohar était dans la voiture… Avant de partir en vacances, nous avions pris soin de recouvrir la fenêtre de la voiture à l’aide d’un lange pour ne pas que Tohar ait le soleil sur lui pendant la route. Nous n’avions donc même pas vu, en passant devant la voiture que notre bébé s’y trouvait.

Si seulement j’avais su à ce moment-là que mon petit bébé était, en fait, enfermé dans la voiture par cette chaleur…

Nous sommes retournés à notre appartement, et, tout en terminant les préparatifs du Chabbat j’ai dit à mon mari une phrase qui me fait encore trembler en y pensant aujourd’hui : « C’est bien que Tohar soit chez mes parents et que nous puissions nous préparer tranquillement ». Si seulement j’avais su à ce moment-là que mon petit bébé était, en fait, enfermé dans la voiture par cette chaleur… Plusieurs fois, j’ai répété à Oriann d’aller chercher la bouilloire de Chabbat dans le coffre de la voiture, mais à chaque fois, il avait d’autres choses à faire. Chabbat approchait, et finalement, il s’est dirigé vers la voiture pour aller la chercher.

D’une voix tremblotante, Oriann poursuit : « Je me dirige vers la voiture et ouvre le coffre. Miraculeusement, le Saint-béni-soit-Il a dirigé mon regard vers le siège du conducteur. Et qui vois-je ? Tohar, notre petit garçon, évanoui sur le siège. Dès cet instant, tout s’est passé tellement vite. Je me jette vers lui tout en me demandant si ce que je vois n’est pas  un cauchemar. Je ne comprends pas comment cela a-t-il pu se passer. En le prenant dans mes bras, je me demande ce qu’il fait là. Comment est-ce possible ? Il devait être chez mes beaux-parents. J’étais en train de repenser à toutes les histoires sur des enfants oubliés dans les voitures. J’étais toujours remonté contre ces parents qui oublient leurs enfants. Comment peut-on oublier un enfant dans une voiture ! On n’oublie pas notre téléphone, mais notre enfant, oui ? Et voilà que cela m’arrive à moi ! Toutes ces pensées se bousculent pendant que je le sors de la voiture. J’avais toujours pensé que cela ne m’arriverait jamais et voilà que je me prenais une claque en plein visage.

J’ai vu mon enfant complètement inconscient. Brûlant. Brûlé. Tout rouge. Il était apparemment dans son siège-auto, mais il a dû tenter de se libérer et se mettre devant pour essayer de sortir, mais sans succès. C’est d’ailleurs l’un des nombreux miracles qu’il y a eu dans cette histoire : s’il était resté dans son siège-auto, je ne l’aurais pas vu ! J’ai ouvert la porte et je l’ai pris dans mes bras. Il était évanoui. Il a légèrement ouvert les yeux, sûrement parce qu’il avait enfin pu avoir un peu d’oxygène. Ses yeux roulaient dans leurs orbites. J’ai cru que quelque chose avait été touché dans son cerveau. Par une telle chaleur et sans oxygène, les cellules peuvent brûler ! »

« J’ai alors explosé en pleurs »

« J’ai couru vers la maison, tout en voyant Efrat se diriger vers moi. En effet, en sortant mon fils de la voiture, je n’avais pas arrêté de crier. Mon épouse avait dû m’entendre au loin. Soudain, elle s’est figée. Ce n’est que grâce à l’aide d’Hachem que j’ai pu agir vite et comme il faut. Je me suis dirigé en courant vers la salle de bains en criant « Hachem, Hachem, sauve-le, je t’en prie. » Je n’ai jamais prié de la sorte. J’ai agi comme un automate. Comme s’il ne s’agissait pas de mon fils. A ce moment-là je n’ai fait appel qu’à la logique. 0 sentiment.

 « Je savais que la chose la plus importante était de le refroidir. Je lui ai versé de l’eau tout en essayant de le réveiller. Sa tête n’arrêtait pas de retomber. J’ai compris que c’était un très mauvais signe. »          

« Ces moments ont été les plus durs de notre vie » raconte Efrat. « Nous étions là, et nous ne savions pas quoi faire. Les enfants me demandaient s’il était vivant. Je leur ai dit que je ne savais pas. Je voulais appeler les secours, mais, j’étais tellement angoissée, que je ne me rappelais pas le numéro. J’ai appelé mes parents. En quelques minutes, les secours et la police sont arrivés sur place. Par la suite, nous avons du subir un interrogatoire, chose qui nous a également traumatisés mon mari et moi.

Tohar s’est éveillé au bout de deux minutes. Nous étions tellement heureux de le voir se réveiller. L’ambulancier a annulé l’hélicoptère qui est parfois appelé dans ce type de situation. Quand j’ai compris que notre fils était hors de danger, j’ai éclaté en pleurs. C’était un trop plein d’émotions. C’est sûr qu’aujourd’hui encore, je suis traumatisé. Lorsque je l’amène le matin au jardin d’enfants, je le serre fort dans mes bras, submergé par l’émotion. A la fin de ma journée de travail, lorsque je rentre dans ma voiture brûlante, je suis paniqué. J’ai des souvenirs qui me remontent de cette effroyable journée.

Une demi-heure avant Chabbat, nous avons été conduits en ambulance à l’hôpital de Tsfat pour des examens complémentaires. Grâce à D. son état s’est rapidement amélioré. Les médecins nous ont dit que c’était un véritable miracle. Si cela s’était produit dans les heures les plus chaudes de la journée, ou s’il était resté quelques minutes de plus dans la voiture, il n’aurait pas survécu. Sur la route de l’hôpital, j’ai posé la question à notre Rav pour savoir si, dans le cas où nous serions libérés de l’hôpital pendant Chabbat, je pouvais demander au non-juif de nous reconduire. Je savais que Tohar avait besoin de sa mère et qu’elle avait besoin de lui, de le serrer dans ses bras. Le conducteur était très compréhensif et à la sortie de Chabbat, je l’ai appelé pour le remercier. Je lui étais tellement redevable de nous avoir raccompagnés auprès de notre famille. »

« La Tsédaka sauve de la mort »

« Voilà toute l’histoire. Mais il y a eu d’autres signes de miracles que nous avons vécus. Ce vendredi matin là par exemple, nous étions à Tsfat. Nous avons tourné dans les magasins et à l’entrée de l’un d’eux  se tenait un homme qui, pour quelques pièces de Tsédaka, distribuait des petits feuillets du Tsadik de Yavniel. Généralement, Oriann ne donne jamais de Tsédaka aux gens qu’il ne connait pas, mais cette fois-ci, je lui ai demandé de donner quelques pièces à cet homme. Oriann a mis le fascicule dans sa poche, et nous avons quitté les lieux. Ce n’est que le Chabbat matin que j’ai aperçu le feuillet posé de côté  dans l’appartement. Le titre semblait s’adresser à nous : « Réfoua Chelema », « guérison complète ». Je n’arrivais pas à le croire. Je me suis mise à feuilleter le livret : tous les chapitres apportaient des paroles de réconfort, de soutien et de foi pour ceux qui se rendent à l’hôpital et qui vivent des épreuves de santé. Il parlait également de la Tsédaka qui sauve de la mort et que si l’on doit se rendre à l’hôpital c’est que l’on a un certain Tikoun (réparation) à faire en ces lieux.

Faites toujours tout ce qui est en votre pouvoir pour être certain de savoir exactement où se trouve chacun de vos enfants.

« Deux semaines plus tard, nous avons organisé une immense Séoudat Odaya, un repas de remerciements et de louanges pour le miracle que nous avons vécu. A cette époque, nous étions toujours sur nos sous, à faire attention à chaque centime dépensé. Mais pour ce qui a été de cette Séouda, nous n’avons rien compté.

Plus de 150 personnes sont venues écouter le miracle. C’était très émouvant. Nous avions vraiment besoin de remercier Hachem le Créateur du monde qui nous a sauvés et a sauvé notre petit garçon.

Depuis cet incident, je dis à tout le monde que je croise, surtout à ceux qui ont la responsabilité d’enfants : Ne dites pas que cela ne pourra jamais vous arriver ! Cela peut arriver à n’importe qui, même aux personnes les plus responsables du monde. Faites toujours tout ce qui est en votre pouvoir pour être certain de savoir exactement où se trouve chacun de vos enfants. Je ne souhaite à personne de vivre ce que nous avons vécu. Il s’agit là de la vie humaine. Et pas n’importe quelle vie. La vie des êtres qui nous sont les plus chers au monde. »

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